Critiques

ESPRIT D’HIVER (Critique Mini-Série) Une variation sur les destins qui basculent…

SYNOPSIS : En ce matin de Noël, Nathalie se réveille, hantée par un funeste pressentiment et l’impression que, quatorze ans plus tôt, lors de l’adoption de la petite Alice, quelque chose les aurait suivis chez eux. 

Esprit d’hiver est l’adaptation du livre éponyme de Laura Kasischke, paru en 2013. Le réalisateur de la mini-série de 3 épisodes est Cyril Mennegun, qui a notamment réalisé Louise Wimmer (2011), qui avait obtenu le César du meilleur premier film en 2013. Tout de suite, dans Esprit d’hiver, l’angoisse est latente, constante et s’installe avec une habile progressivité. Si l’on sent indubitablement le drame arriver, dans un premier temps, il existe comme une finesse scénaristique qui empêche toute prévisibilité, du ou, quand et comment. En sus, l’atmosphère assez suffocante très induite nous fait entrer dans le game sans véritable temps mort. C’est un huis clos, dans un esprit assez gothique, à savoir très sombre et froid dans ce chalet tout là-haut, comme enfoncé dans la neige. Parallèlement, la mise en scène joue sur des images claires, très peu d’obscurité, une ambiance glaçante, perturbante et malaisante qui monte crescendo.. Nathalie (Audrey Fleurot) reçoit des vidéos par SMS un peu spéciales dans cette grande maison contemporaine, stylée, bourgeoise mais aussi très froide autant dehors que dedans. On se dit dans un petit malaise, qu’il s’agisse d’elle, de Alice ou de Marc, que quiconque peut finalement être un spectre.

L’épisode 2 et notamment ce qui est dit par une sœur, en arrière-plan, sur la petite prête à être adoptée, contre du sonnant et trébuchant, à Nathalie devant son miroir est une formidable allégorie des mensonges que l’on se fait à soi. Ils assouvissent un désir d’enfant, mais en payant, et face à des interlocuteurs peu regardants. C’est l’ébranlement de la morale. Le miroir a fonction de révélateur. C’est une scène puissante. Ha, petit jump scare à un moment bouleversant, peut-être un tantinet facile, mais diablement efficace. En tous les cas, plus on avance, plus le huis-clos monte en tension, plus l’histoire familiale autour, notamment de l’identité d’Alice pose effroyablement question. C’est aussi une redoutable, assez effrayante et effarante variation sur les destins qui basculent presque au hasard. Pourquoi adopter cet enfant là et pas une autre ?… Des routes enneigées, possiblement accidentogènes mortellement, tout est un peu propice au drame du renversement. Ici, la caméra est inquiétante, elle joue sur des changements de plans très imprévisibles, des apparitions soudaines en s’attardant parfois sur chaque mouvement ou geste, sacralisant ainsi une torpeur assez flippante, mettant en scène comme un malaise, une impression que tout peut arriver n’importe quand.

Avis aux pourfendeurs du cinéma d’horreur archétypal ou aux angoissés de l’hémoglobine façon viande fraîche sur les murs, on est ici toute proportion gardée et à la française plus proche de Dark Water (2002) que de Saw (2004). On est plutôt dans l’ambiance portes qui claquent et froid qui entre. C’est à la fois la solution et un peu le problème… Car sans en dire trop, une petite lassitude s’installe une fois que le cadre de l’angoisse latente est posé. Le renouvellement est difficile. D’autant que la prévisibilité forte n’est pas démentie ou contournée et l’intrigue finalement pas tellement intrigante… En tout cas, avec quand même un petit air de déjà vu, et sur la durée, ça devient un peu gênant. Pour le dire sans le dire, le dernier épisode s’offre au classicisme. C’est même un peu déroutant, tant le rythme assez suffocant des deux premiers est toujours bel et bien présent, mais plus vraiment la surprise.

Dans le rôle d’Alice, Lily Taïeb nous fout bien les jetons… Elle est glaçante à souhait, et sa souffrance est telle qu’on devine presque un peut trop vite ce qu’elle n’est pas censée nous dire. En tous les cas, elle est assez envahissante et c’est pile ce qu’il fallait. Audrey Fleurot ne laisse pas non plus indifférente, tant elle est traversée par nombre d’émotions. Elle arrive parfaitement à faire monter la froide tension, et si sur la dernière partie, ce qu’on lui demande de faire est un peu convenu, elle se situe tellement dans l’incarnation de son personnage qu’elle ne faiblit pas en même temps que l’intrigue. Au final, Esprit d’hiver démarre très fort dans le premier épisode, puis stagne doucement dans le second et déçoit un tantinet dans le dernier. Pour autant, le spectacle est globalement plutôt chouette car il repose sur cette ambiance glauque, gelée et qui sous scotche pas mal. A voir tranquillement, en ayant fermé son double verrou…

Crédits: Arte

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