Festival de la Rochelle 2022

LA COUR (Critique Fiction Unitaire) La cour des miracles…

SYNOPSIS: A peine arrivée dans sa nouvelle école, Anya, 10 ans, se révolte contre les garçons qui règnent sur la cour, devenue leur terrain de foot.

Après deux longs métrages qui nous avaient éblouis (Tu mérites un amour, Bonne mère), la comédienne et réalisatrice Hafsia Herzi s’essaye pour la première fois à un film de télévision avec La Cour écrit par Victor Jestin et Nacim Mehtar. Pour cette histoire qui se déroule dans une école élémentaire au cœur d’une classe de CM2, on est d’emblée immergés dans cette école et on suit les destinées de ces enfants auxquels il est impossible de ne pas s’attacher malgré les conflits, de plus en plus violents qui minent leur quotidien, jusqu’à ce qu’un voyage scolaire ne cristallise les effets de groupe en mettant en danger la vie d’un des enfants. En mettant au centre de son récit le harcèlement scolaire et la manière dont la violence s’exerce chez les plus jeunes, Hafsia Herzi réussit une fiction puissante qui parvient miraculeusement à éviter les lieux communs et qui évite de céder à la tentation du spectaculaire afin de rester en prise directe avec l’enfance.

Dans La cour, prodigieusement bien écrit, les dialogues mis dans la bouche des élèves sont d’une précision et d’une justesse telles qu’on n’a pas le sentiment de les voir jouer. Le naturel dont les enfants font preuve est réellement prodigieux d’autant que les situations conflictuelles qu’ils doivent interpréter n’ont rien de simples. Le langage guerrier qu’ils utilisent dans ce conflit larvé, la souffrance et la cruauté qu’ils provoquent sur les uns ou les autres, tout cela est traité avec un réalisme glaçant. Les adultes (les parents d’élèves, la directrice, les enseignants….) paraissent dépassés et à court de solutions et minimisent des situations amenées à s’envenimer. On notera la présence revigorante de celui qui était déjà génial dans Tu mérites un amour, Djanis Bouzyani, dans le rôle du surveillant, qui affiche un abattage réjouissant et qui est d’une drôlerie infinie. Clotilde Courau, Ludovic Berthillot, Lizzie Brocheré et Jérémie Laheurte sont les autres interprètes adultes de ce film immensément grand.

Ces jeunes garçons et filles qui se détestent et se désirent à la fois sont tous absolument éblouissants alors qu’ils ne sont pas professionnels mais la réalisatrice a su les diriger avec précision grâce à son expérience de l’improvisation. Ils sont tous d’une justesse et d’un naturel à tomber, la jeune  Lucie Loste Berset (Anya) en tête. Ils sont tantôt drôles, tantôt émouvants et se livrent à une véritable guerre de tranchées pour leur pré carré. Cette nouvelle guerres des boutons, moderne, tendre et parfois cruelle est un ravissement. Le film laisse passer une myriade de sentiments à hauteur d’enfant. Se transposent dans leurs mots les maux des adultes, la mise à l’écart à cause des différences de personnalités, la méchanceté gratuite, la violence, l’intimidation et la quête de soi… L’histoire quelque part est terrible mais laisse filtrer une émotion qui submerge dans les derniers instants. Sans jamais user de pathos, en restant droit dans son sujet et avec une délicatesse dont elle semble avoir fait sa profession de foi, Hafsia Herzi poursuit une œuvre d’une cohérence implacable qui prend une ampleur dont on souhaite qu’elle continue de monter crescendo sans jamais redescendre d’un cran.

 

Crédits: Arte / Albertine Productions

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