Critiques

LES PAPILLONS NOIRS (Critique Mini-Série) Une différence, une singularité, une noirceur éclatante …

SYNOPSIS: Adrien, 40 ans, romancier tourmenté, écrit en attendant l’inspiration la vie d’illustres inconnus. Un vieil homme l’embauche pour lui raconter sa plus grande histoire d’amour : Solange, l’histoire d’une vie…

Olivier Abbou et Bruno Merle frappent un très grand coup, avec Les papillons noirs, que l’on pourrait jurer adaptée d’un roman, tant la série est littéraire et semble tirer une force et une puissance d’une œuvre majeure, mais c’est bel et bien la série l’œuvre majeure… Il y a bien une chanson de 1966, Les papillons noirs, que l’on entend à un moment dans la série, écrite par Monsieur Serge Gainsbourg qui nous parle des lueurs de l’aube imprécise dans les eaux troubles d’un miroir. Série qui avait fait sensation à la dernière édition du festival Séries Mania, autant le dire tout de suite, on est archis fans, car Les papillons noirs portent une différence, une singularité, une noirceur mais éclatante, c’est possiblement le choc de cette rentrée, et il vaut mieux ne pas passer à côté, tant les émotions sont comme vivantes devant ce bijou de série. Albert petit garçon semble connaître la même souffrance dans le regard que Albert (Niels Arestrup) vieux. Mais les yeux de l’enfant vont prendre vie à la première rencontre avec la petite Solange. Le choc d’une vie, le tournant, le basculement, la raison de sa présence ici. « Les bâtards », ces enfants de la honte, ces pointés du doigt. La haine des autres isolait Solange et Albert et surtout renforçait leur lien, en créant un commun basé sur le rejet. Comme un trouble à la Bruno Reidal (2022), dans cette construction par la haine, avec les désastreuses potentielles conséquences que l’on sait, comme un déterminisme mortifère. Deux anges déchus. Une violence assez extrême va s’inviter à la fête. On est dans le vrai, le brut, le cash. Les couleurs sont pétaradantes, notamment lors des flashbacks dans les années 70. La musique et les décorations sont bien psychés, on se marre un peu, et surtout on en prend plein les yeux et les oreilles. Encore une scène destructrice et dérangeante, mais d’une morbide splendeur : faire l’amour à côté d’un cadavre, telle une morbide célébration. C’est un peu l’emblème de la série, où se côtoient amour et mort dans un troublant vertige.



Les mots claquent dans le bouquin d’Adrien (Nicolas Duvauchelle). Cette histoire semble le dégouter dans sa vie d’homme, et il n’est pas au bout de ses peines, mais donne une inspiration géniale, folle et quasi inédite à l’écrivain. Cette inspiration n’est pas le fruit du hasard. Le cœur de la série va se poser là, comme un papillon… noir…. La couleur noire justement, chez le papillon évoque un tournant, peut-être la mort de quelque chose, mais aussi et surtout le début d’une nouvelle ère. Les papillons noirs, c’est une énorme beauté formelle, dans les saillants contrastes entre les passages baignés d’une luminosité ensoleillée des années 70 et les scènes de notre époque, façon polar glaçant, sombre, inquiétant. La chorégraphie de l’épisode 3 est presque trop brève, tant elle est trop sexy, pop et glam… Incroyable. La folie meurtrière de Solange et d’Albert se développe au fil de l’évolution et des épisodes dans une progressive énergie et des interactions inimaginables qui sont d’urgence à découvrir. Le plaisir du sang, celui du sexe, la vie d’Albert, un impressionnant sujet de roman pour Adrien. Légèrement brut de décoffrage parfois, mais tellement enivrant, tellement fou. Le bain de sang monte en puissance à mesure de l’ampleur des orgasmes de Solange et d’Albert



C’est aussi l’aspect impuni de leurs crimes qui porte comme une sidération. Dans les années 70, point question d’ADN, de profileurs, de cellules d’enquêtes dédiées etc… Le personnage d’Albert avec un Niels Arestrup de plus en plus désabusé et impressionnant avec en face Adrien, à mesure du récit, qui après avoir refusé pour ne pas laisser ses propres démons ressurgir, picole et clope de plus en plus. Adrien doit ressentir, pour s’emparer de l’histoire d’Albert et Solange, afin d’en faire un grand récit, une immersion, une dinguerie de roman. « L’essentiel, c’est ce qui passait dans notre tête, et ça peut pas se raconter, c’est là que t’entre en scène » lui dit Albert. Toute la clé narrative est ici, sur à la fois la résonance et l’impact de ce qu’il va lui raconter et de ce qu’il va devoir écrire. Plus les épisodes avancent, plus on acquiert la certitude qu’Albert est complètement frappé… C’est un enchevêtrement de noirceurs. La folie dans les yeux d’Arestrup devient peu à peu la même dans ceux de Duvauchelle. Comme une symétrie glaçante. L’épisode 5 va à une vitesse folle dans la précipitation des événements. Chaque scène prend une tournure un peu délirante, à l’image d’une bande son assez folle, très variée, et toujours exactement de bon goût. On est comme scotchés. Duvauchelle est beau comme un dieu, dans ses écorchures. C’est le rôle parfait pour ce mec à tomber de beauté névrotique. C’est à lui seul une sorte d’incarnation de la fêlure, c’est une immense interprétation, immense. Niels Arestrup, aux confins de la folie, va au-delà du mec désabusé, il est par moment comme une incarnation du mal, du tourment malin. Il est pour beaucoup une source d’inspiration, ce n’est pas ce rôle qui freinera le phénomène. Alyzée Costes est impressionnante dans l’incarnation de la douleur de Solange. Ce qu’elle va en faire est d’une splendeur maléfique. A noter également le plaisir de voir Alice Belaïdi, qui forme un couple touchant et engagé avec Duvauchelle. L’actrice prend avec force beaucoup de lumière.


Les papillons noirs, série véritablement évènement, C’est par moment terriblement terrifiant, dérangeant, malfaisant. C’est des twists et du flip. On pensera un peu à David Lynch, mais avec une virtuosité en propre. La série vient nous parler des choix que l’on fait pour sauver sa peau, en composant avec les fantômes pesants du passé. Il est question d’une forme de droit à l’oubli, à la reconstruction, à la renaissance. C’est profond, subtil, intelligent comme jamais, prenant, sanglant, c’est jouissif émotionnellement. A ne surtout pas rater, Solange et Albert eux, ne vous louperont pas.

Crédits :  Arte

6 réponses »

  1. Ahhhh Niels Arestrup…… la gamme totale du jeu d’un acteur! Il faut l’avoir vu dans Diplomatie avec le non moins excellent Dussolier…. Cette serie me reconcilie avec les productions françaises! Acteurs bien choisis, intrigue à la Dicker, bref tout est réussi……

  2. Scotche dès le début …vu toute la série dans la même nuit…puis le lendemain après midi …je recommanderais à mes proches !

  3. J’ai commencé, deux épisodes, pour le
    Moment c’est très bien. Mais une question me taraude : au cours du 2ème épisode, on assiste à une scène annoncée en Ariège, hors c’est tourné au lac du Salagou dans l’Herault !! Pourquoi ? Pourquoi ne pas annoncer la scène dans l’Hérault !?! Pourquoi faire simple quand…

  4. Quite disturbing scenes of violence and brutal sex that dehumanise all of us. This doesn’t serve upgrading human beings but exposes our primitive biological traits not in a critical way but in approval and endorsement envelop. It entrenches and popularise caveman behaviours not those of civilised society that we strive for.

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