Critiques Cinéma

LA PAGE BLANCHE (Critique)

SYNOPSIS: Eloïse se retrouve assise seule sur un banc parisien. Qui est-elle ? Que fait-elle là ? Elle ne se souvient de rien ! Elle se lance alors dans une enquête, pleine de surprises, pour découvrir qui elle est. Et si cette amnésie lui permettait de trouver qui elle est, qui elle aime, et de réinventer sa vie ? 

Adaptation libre de la bande dessinée éponyme de Boulet et Pénélope Bagieu, La page blanche est le premier long métrage pour le cinéma de Murielle Magellan (après Moi grosse en 2019 sorti directement à la télévision). La réalisatrice nous dit à propos de son héroïne qu’elle a « aimé immédiatement son inquiétude, sa quête… et l’alternance de poésie et de drôlerie que portait la BD« . « On devrait tous perdre la mémoire une fois dans la vie » nous dit La page blanche. C’est la question « Où sont passé mes souvenirs ? » qui se pose à Eloïse (Sara Giraudeau). C’est évidemment le thème majeur du film, et sa profonde et empathique réflexion. Et si ça m’arrivait ? je change de vie, je garde le meilleur. Va ainsi être déplié une douce variation sur nos choix, nos destins, nos mises à jour, comme sur nos téléphones. On recommence tout sur d’autres bases, on fait reset, C’est avoir la force de se dire : mais je ne suis pas une bonne personne, et profiter de cette amnésie de l’identité pour tout changer et tenter de se trouver vraiment. Ici, sans habilement jamais être tourné en dérision, l’amnésie sert surtout de prétexte au message de ce changement salutaire de personnalité, dans cette idée de faire le tri et d’être un peu moins con… C’est en somme la thérapie par le burlesque, la psychanalyse par le fantaisiste, toute en fraîcheur, en gentil onirisme, et clairement, dans La page blanche, ça passe nickel. Le film en forme de fable revend du charme par tonnes, et on en redemande volontiers. Avec des petits moments de bonheur et de grâce, comme quand Moby Dick (Pierre Deladonchamps), geek bien bien geek, expose sa théorie des mots de passe. Ces derniers sont très souvent le nom de son gamin, de son chat, de sa grand-mère etc… Moby Dick affirme que quand on perd son mot de passe, c’est donc qu’on se perd un peu soi… « J’aime les gens qui perdent leurs mots de passe« . C’est le droit à l’oubli, à la confusion, à l’absence de certitudes et de ce qui est trop péremptoire. C’est mignon frais, et intelligent.



Moby Dick, toujours lui, nous apprend aussi à regarder le plafond comme on ne l’a sans doute jamais fait. Son personnage attachant est une sorte de doux rêveur très déconnecté justement pour un réparateur du numérique, qui nous fait du bien avec ses t-shirts bariolés, funkys et rigolos, la déco de son appart. C’est tout un roman, et on prend. Il est à l’image de la façon qu’a Murielle Magellan de filmer Paris. Une capitale très romantique et poétique comme la place Emile Goudeau, majeure dans le film. La mise en scène de La page Blanche est pour le coup très colorée et pop. C’est un peu l’explosion permanente, c’est visuellement très fort, inventif de partout et envoie de belles ondes de positivité. Tout comme la musique de Cyrille Wambergue, qui joliment, doucettement, en pianotant, accentue ce vent de charme et d’espoir tout au long du film.


Sur la durée, et dans les choix finaux, ça se perd légèrement en conformisme, conventions et autres prévisibilités. C’est un peu manichéen sentimentalement, et même si comme Eloïse, forcément, on préfère le rêve à la réalité, sur la deuxième partie notamment, on voit quand même un peu tout arriver trop facilement. C’est un peu le problème récurrent de ces films si charmants, avec une idée de départ sacrément chouette et un message assez profond, fatalement ça s’étiole dans un ventre mou. Rien de dramatique cependant, tant notamment Sara Giraudeau compense par un sacré numéro. C’est juste que ça manquerait presque d’une légère outrance. C’est tout mignon, sans jamais pour autant être naïf ou niais. Comme s’il manquait un petit feu, mais avec une flamme qui est quand même hautement réconfortante et emporte la partie.



Pierre Deladonchamps nous éclate en Moby Dick et on en redemande. Tout comme Grégoire Ludig, dans son antithèse du matérialisme réussit dans son rôle de Fred à nous agacer prodigieusement d’une forme d’arrogance courtoise, bourgeoise et très contemporaine. A l’image du très léger mais particulièrement jubilatoire foutage de gueule de la novlangue très citadine, avec l’usage intempestif du « Grave« , véritable écorchure syntaxique… Et puis alors, il y a Sara Giraudeau… Mais alors, on ne voit qu’elle, c’est un bonheur, un poème, une chanson… Parfaite pour porter avec force ce clown triste d’Eloïse. Tout résonne dans sa partition. Il y a bien sûr cette scène anthologique du strip-tease dans le restaurant à ne surtout pas louper, tant on se marre avec elle ; Mais au-delà, sa vraie fausse niaiserie un peu constante, et globalement tout ce qui émane de cette charnelle candeur est à tomber. On ne demande qu’à la revoir dans ce registre et dans plein d’autres, et ça tombe bien, car pour elle en ce moment, les tournages se multiplient. Au final, La page blanche se manifeste par une belle élégance et beaucoup de fraîcheur. Très agréable un soir d’orage, comme le dit Sara Giraudeau, c’est très tendre, fantaisiste et très solaire. C’est vrai que l’on sourit beaucoup, on se questionne forcément pas mal, sans non plus se prendre la tête, et on passe au final un bien agréable moment.

Titre Original: LA PAGE BLANCHE

Réalisé par: Murielle Magellan

Casting :  Sara Giraudeau, Pierre Deladonchamps, Grégoire Ludig

Genre: Comédie, Romance

Sortie le:  31 août 2022

Distribué par: SND

BIEN

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