Critiques Cinéma

EVERYTHING EVERYWHERE ALL AT ONCE (Critique)

SYNOPSIS: Evelyn Wang est à bout : elle ne comprend plus sa famille, son travail et croule sous les impôts… Soudain, elle se retrouve plongée dans le multivers, des mondes parallèles où elle explore toutes les vies qu’elle aurait pu mener. Face à des forces obscures, elle seule peut sauver le monde mais aussi préserver la chose la plus précieuse : sa famille. 

Si le concept n’est pas nouveau, il est clair que 2022 représente une nouvelle porte d’entrée cinématographique vers l’exploration du « Multivers » – l’idée selon laquelle il existerait une infinité d’autres univers parallèles au nôtre. Et dans cette optique, difficile d’éviter les comparaisons entre deux projets, aux racines et aux objectifs pourtant radicalement opposés. D’un côté, Marvel dégaine le grand jeu en envoyant valser son Doctor « Benedict Cumberbatch » Strange dans les méandres des univers parallèles sous la tutelle morbide et à tendance zombiesque de Sam Raimi ; de l’autre, les Daniels (le surnom du duo de réalisateurs Daniel Scheinert et Daniel Kwan) confrontent une patronne de laverie à toutes les vies qu’elle aurait pu mener – même les plus absurdes. Et pourtant, la différence entre ces deux propositions est clé. Avec un budget presque 10 fois moins important que le blockbuster, Everything Everywhere All at Once représente un cinéma indépendant et intimiste, tellement libre qu’il peut déployer une richesse jamais vu au cinéma – une richesse que Marvel a du mal à se permettre pour des raisons d’inclusion à son univers multi-partagé. Si bien que cette année, le vrai Multiverse of Madness n’est peut-être pas là où on le pensait (même si on aime le Strange quand même). Everything Everywhere All at Once raconte la folle histoire d’Evelyn, propriétaire d’un lavomatic, dont elle s’occupe avec son mari Wayward – qui souhaite divorcer – et sa fille Joy – avec laquelle elle entretient une relation un peu lourde. Evelyn subit des pressions de la part de la banque et peine à faire tenir sa petite vie calme debout quand elle rentre subitement en contact avec une version parallèle de son mari, qui lui explique qu’elle seule a le pouvoir de sauver l’entièreté du Multivers…



Un pitch des plus barrés pour un film qui regorge de bizarreries délicieuses conçues dans un chaos généralisé, vibrant au rythme d’une joyeuse anarchie décomplexée et un peu trash. Everything Everywhere All at Once est une œuvre d’une générosité créatrice folle, une explosion artistique complètement cintrée qui secoue l’intégralité du Multivers en piochant à travers des générations de cinéma pour concevoir son histoire de fin des mondes. Les Daniels convoquent le cinéma d’arts martiaux asiatique (les évocations à Jackie Chan, Bruce Lee et aux chorégraphies hong-kongaises sont légion) quand ils ne font pas directement intervenir Matrix, Spielberg, Park Chan-wook ou même Pixar (de la plus hilarante des façons). Tout ça ressemblerait à un bon vieux conglomérat gloubi-boulgesque indigeste s’il n’était pas maîtrisé avec une virtuosité irréprochable par les deux metteurs en scène, au sein d’un drame familial monstrueusement touchant qui ne manque jamais son coup pour croquer ses personnages dans son joyeux bordel visuel.



Ce sont ces trois personnages principaux qui composent le cœur du film : la fille complexe, morcelée par une identité particulière au sein d’une famille aux mœurs traditionnels et consumée par son pessimisme ; le père tendre et généreux à l’optimisme contagieux ; et la mère perdue dans les méandres du Multivers, au sein d’une vie dont elle ne voit que les défauts. Chaque protagoniste permet de saisir l’un des thèmes centraux du film, tous rassemblés sous la bannière de la famille et de ses imperfections logiques. Everything Everywhere All at Once pose aussi des questionnements existentiels sur le sens de la vie et sur son absurdité, en plongeant ses personnages dans les affres parfois malins et souvent risibles de l’infinité des univers parallèles. Et si vous n’aviez jamais quitté votre pays d’origine, et donc jamais épousé votre mari ? Et si vous étiez devenu maître des arts martiaux à la suite d’un entraînement particulièrement pointu ? Et s’il existait un monde où vous êtes heureux, mais où vos doigts sont des hot-dogs ? Autant de portes chaotiques mais bourrées de trouvailles foisonnantes pour explorer la complexité et l’absurdité de la réalité. Car pour voir son monde de la meilleure façon possible, ne faut-il pas d’abord voir tous les autres ? Car Everything Everywhere All at Once est une énorme réussite, une pépite immensément originale et génialement addictive qui ne s’arrête absolument jamais de balancer ses idées brillantes. Le montage de Paul Rogers est un TGV d’une classe absolue, complètement déluré et apocalyptique, témoignant de la richesse créative inarrêtable du duo de metteurs en scène, et donnant lieu aux séquences les plus stroboscopiques et hallucinantes de l’année. Tout ça sous l’image de Larkin Seitple et la musique hypnotisante de Son Lux, le film fait converger son corps tout entier vers les confins du Multivers pour toujours mieux scruter les âmes de ses personnages principaux qui composent à la fois le début, le milieu et la fin. Le Everything, le Everywhere et le All at Once – les 3 chapitres du long-métrage. En tête de proue, Michelle Yeoh accompagne la folie furieuse du récit avec une force et un charisme surhumains – la comédienne signant probablement le rôle le plus complet de sa carrière. Elle est suivie par le génial Jonathan Ke Quan qui oscille entre son caractère posé et silencieux et ses séquences de combat complètement surréalistes (a-t-on vu cette année plus cool que la baston au sac-banane ?). Stephanie Hsu campe avec du génie au bout des doigts la personnalité multiple de Joy, un personnage à la fois génial, hilarant et nihiliste qui donne au dernier acte du film de purs instants planants et profondément humanistes. On se souviendra également des performances délicieusement décalées de Jamie Lee Curtis en banquière mal aimable et de James Hong en grand-père surprenant.



En soit, Everything Everywhere All at Once a, dans ses premières installations, tout d’une proposition totale qui pourrait facilement se fracasser sur le rivage à force de vouloir trop en faire (le film a des airs de productions des Wachowskis, et on ne connaît que trop bien leur aspect clivant). Mais loin s’en faut, les Daniels signent avec cette monstrueuse œuvre synthétique et grandiloquente un moment de cinéma absolument gigantesque et aux aspérités entièrement uniques. Michelle Yeoh nous emmène vers le trou noir du Multivers – aka le premier Bagel Apocalyptique de l’Histoire du cinéma – pour faire vibrer le cœur de cette brillante déclaration d’amour au septième Art. Après avoir expérimenté avec le cadavre flatulent de Daniel Radcliffe dans l’étrange Swiss Army Man, les Daniels poussent les portes du cinéma le plus percutant et le plus universel, celui qui fait battre les cœurs trop vite en sautant sans prévenir entre tous les univers. En résulte une œuvre totale, grandiose, somptueuse, émouvante, hilarante et magique qui vous donnerait presque envie d’être un caillou, ou même un raton laveur… On sait qu’Evelyn serait contre ce petit excès de langage, mais difficile de terminer cette critique sans dire une ultime fois que Everything Everywhere All at Once est un putain de grand film. Et ce, dans tous les univers possibles.

Titre Original: EVERYTHING EVERYWHERE ALL AT ONCE

Réalisé par: Daniel Scheinert, Daniel Kwan

Casting : Michelle Yeoh, Ke Huy Quan, Jamie Lee Curtis …

Genre: Science Fiction, Action, Comédie
 
Sortie le: 31 Août 2022
 
Distribué par: Pathé Live
 
CHEF-D’ŒUVRE

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