Critiques Cinéma

FLEE (Critique)

SYNOPSIS: Pour la première fois, Amin, 36 ans, un jeune réfugié afghan homosexuel, accepte de raconter son histoire. Allongé les yeux clos sur une table recouverte d’un tissu oriental, il replonge dans son passé, entre innocence lumineuse de son enfance à Kaboul dans les années 1980 et traumatismes de la fuite de sa famille pendant la guerre civile, avant la prise du pouvoir par les talibans. Après des années de clandestinité en Russie, Amin – un pseudonyme – arrive seul à 16 ans au Danemark, où il rencontre le réalisateur qui devient son ami. Au fil de son récit et des douleurs enfouies, l’émotion resurgit. Aujourd’hui universitaire brillant installé avec son compagnon danois Kasper, le jeune homme confie un secret qu’il cachait depuis vingt ans.

D’emblée, nous sommes prévenus : «  C’est une histoire vraie. Elle est remémorée et filmée en temps réel. Certains noms et lieux ont été modifiés pour préserver l’anonymat des personnes.  » C’est bien le fil de l’intime que nous conte ici le réalisateur danois Jonas Poher Rasmussen. Il joue les interviewers de son meilleur ami, (ici nommé Amin) pour un film d’animation multi-primé, 24 fois, dont une à Annecy en 2021 avec le cristal du long métrage ou encore le grand prix du jury à Sundance, avec également une sélection à Cannes en 2020, 3 nominations aux oscars 2022. Le réalisateur définit ainsi sa démarche : «  Je ne voulais pas simplement faire un film de réfugié en me disant que j’allais trouver quelqu’un, lui parler et raconter son récit. J’avais un ami depuis 25 ans qui avait un passé secret et qui se trouvait à être réfugié. Ç’aurait pu être autre chose  ». Dès le propos introductif de Flee, Amin définit ce qu’est le véritable ancrage, une banalité pour nous, un trésor pour d’autres : « Le mot maison est un endroit où je me sens en sécurité, un endroit où je peux rester, c’est pas quelque chose de temporaire.  » On retrouve ici les mêmes couleurs sombres de l’exil que dans La traversée (2021), les mêmes regards de sang et de haine des obscurantistes que dans Persépolis  (2007) le même amour pour les siens que dans Ma famille Afghane (2021). La combinaison de ces trois pierres précieuses donne le diamant Flee.


Amin a 3 ans en 1984 à Kaboul, il écoute Take on me de A-Ha, avec son walkman rose dans la robe de nuit de sa sœur, dans des rues qui vont devenir de plus en plus conservatrices, premier contraste, premier choc. Flee fait partie de ces films rares, où dès le début, s’installe une émotion assez envahissante, comme une évidence que le moment va être empreint d’une grâce folle, d’une sensibilité totale, un instant de vérité qui va être unique. La force est partout, ce qui se comprend d’autant plus en lisant les mots suivants du réalisateur : » Il me racontait les moments de tendresse, les rires et toutes ces choses qu’on ne voit pas quand on se concentre sur les horreurs des réfugiés. Comme on discutait entre amis, j’ai eu accès à des nuances qu’on n’entend jamais. » « Tant que je suis là, rien ne pourra t’arriver  » ces phrases folles d’amour de parents. Sauf que… Très vite, papa n’est plus là. Oser des idées, emprisonnement, famille brisée… Puis la guerre, l’armée, l’enrôlement forcée d’un frère, une cavale… En tous les cas, deux enlèvements d’état pour une même fureur guerrière, insensée, inutile et puérile. « Les diplomates sont des bébés en chapeaux de soie jouant avec de la dynamite » disait le critique littéraire Alexander Woolcott.


L’alternance d’images d’animation et d’archives réelles crée comme une fascination. La construction narrative est à pleurer d’intelligence et d’esthétisme, entre d’une part la petite histoire de l’exil familial en images animées puis le bouleversant défilement d’archives réelles de désolation et de morts dans les rues. Intense beauté d’un cinéma qui montre la terrible barbarie des hommes. Des images qui font sempiternellement écho, c’est dur, et c’est irrationnel, con et lâche de choisir la mort de l’autre… La folie guerrière sans aucune frontière ni époque… Les passeurs, ces trafiquants d’êtres humains psychopathes, fantômes de l’apocalypse qui enferment et entassent 64 réfugiés dans un container, avec 26 enfants, dont un bébé de 8 mois. Tous sont morts… Et ce n’est qu’un exemple. Tout ça, car nulle part, on est chez soi, fuir les Talibans, arriver en Russie mais devoir la quitter tant dans ce pays, la famille afghane n’est rien, pays de corruption, et de confinement forcé. Et même arrivé dans des pays plus…. plus…. rien du tout… mais disons moins hostiles, Flee démontre avec une vérité glaçante que l’on est toujours pas à la maison… Il faudra encore prouver, justifier, se battre, d’autres armes, d’autres ennemis, l’administration, l’hypocrisie politique, la bêtise de certaines foules…. Les foules…. Il faut se balader le jeudi matin à 9H00 à Fontenay Sous-Bois, à proximité des bureaux de l’OFPRA pour contempler le spectacle des 400 personnes convoquées à la même heure… Après avoir traversé les montagnes, la mer, la terre dans des conditions dramatiques, jouant sa vie à chaque seconde, il faudra, comme dans Le procès (1962) d’Orson Welles, faire face à une autre folie totalitaire d’un système glaçant, celle-là sera bureaucratique.



L’image animée, parfois abimée est juste simple, belle et pure. La bande son assez étincelante, autant pop que bouleversante. En duo vocal, Kyan Khojandi et Damien Bonnard sont comme des virtuoses de la sensibilité. Le tandem fonctionne à merveille. Ils jouent pour une pépite, ils le savent et se mettent à la hauteur de l’œuvre. Cette histoire, cet incroyable parcours que l’on vous laisse découvrir, en en taisant les grandes lignes, est autant déchirant que puissant cinématographiquement, foncez, pleurez, aimez, vivez, c’est Flee

Titre Original: FLEE

Réalisé par: Jonas Poher Rasmussen

Genre: Documentaire, Animation

Sortie le: 31 Août 2022

Distribué par : Haut et Court

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