Critiques Cinéma

LES AMANDIERS (Critique)

SYNOPSIS: Fin des années 80, Stella, Etienne, Adèle et toute la troupe ont vingt ans. Ils passent le concours d’entrée de la célèbre école créée par Patrice Chéreau et Pierre Romans au théâtre des Amandiers de Nanterre. Lancés à pleine vitesse dans la vie, la passion, le jeu, l’amour, ensemble ils vont vivre le tournant de leur vie mais aussi leurs premières grandes tragédies. 

Valeria Bruni-Tedeschi, la réalisatrice au sortir de la projection de son film à Cannes se dit « un peu sonnée par les réactions de gens, car quelque chose de la nostalgie de la jeunesse touche les gens« . En effet, au-delà de raviver une époque, du théâtre des Amandiers à Nanterre sous l’égide de Patrice Chéreau et Pierre Romans, c’est un portrait empathique et universel de la jeunesse dans la folie de ses envies, de l’importance des amours naissants, où tout compte. Comme des souvenirs fantasmés, une autobiographie émotionnelle, que souvent Valeria Bruni-Tedeschi aime à filmer, extrait de son vécu, d’inspirations personnelles fortes, vu notamment dans Actrices  (2007), dont une partie sera d’ailleurs tourné aux Amandiers, ou également dans Les estivants (2018) où la réalisatrice évoquera une « autobiographie imaginaire « . Cette fois-ci, elle va s’inspirer plus directement de son expérience artistique naissante. Elle entrera en 1986 dans cette école éphémère des Amandiers, pour un film qu’elle a co-écrit avec Noémie Lvovsky et Agnès De Sacy.


Il est question d’une variation sur l’engagement dans l’art. C’est à la vie à la mort, ces thèmes sont récurrents. Tellement dans Les Amandiers, il est question d’une fureur de jouer, d’une fureur de vivre, d’un élan de vie, d’un tourbillon permanent. Il faut mourir sur scène. Ces jeunes destins, dans des excès de passion, dans une quête libertaire sans limites, consomment drogues, amours, sexes (y compris avec les profs), jeux, confusion entre réalité et scène, et se consument par tous les bouts. « Jouer est dangereux« , nous rappelle Chéreau. Stella, Etienne, Adèle et tous les autres vont expérimenter les mots du maître sur un peu tous les modes et tous les maux. Y compris ceux de l’époque, avec notamment le fléau du sida, qui faisait tomber une génération entière. La sensibilité du film est folle, à vif, à feu et à sang. Pour la déployer, entre autre le chef opérateur, Julien Poupard livre une photographie dans un esthétisme post-moderne, qui joue sur les intensités, et c’est très puissant. Nadia Tereszkiewicz (dans le rôle de Stella) prend notamment la lumière avec une force sacrément impressionnante.



Dans une mise en scène moins décousue et chargée que Les estivants (2018), Valéria Bruni Tedeschi livre ici une œuvre sincère, brute, mémorielle, où elle exhume dans cette formation à la vie au théâtre des Amandiers de Nanterre, ce qui a forgé un parcours, un destin, une œuvre, une façon de voir et de raconter le monde… Elle déterre ses souvenirs et enterre la bienséance dans cette école éphémère et polémique. C’est l’école de vie, mais c’est aussi la fin d’un monde que nous offre ici la réalisatrice : « On frôlait le danger, il y avait plus de sauvagerie dans notre façon de vivre  ». C’est par moment pour les apprentis acteurs, comme une impensable torture, avec l’hystérie comme mode de vie, avec des excès qui sont normés et une passion enivrante, dévorante, qui brûle pour tout, tout le temps. Sans faire du danger un art de vivre, l’intensité et cette forme de libertinage de la pensée, amène les élèves sur des chemins d’humanité passionnants et assez prêts d’une vérité. C’est troublant, bouillant, enflammé. Le film joue sur les ambiguïtés, et sans non plus faire l’apologie des extravagances de l’époque, montre les passions heureuses de Chéreau pour ses élèves et réciproquement.


L’incandescente Nadia Tereszkiewicz, double à l’écran de la réalisatrice, nous offre un jeu brûlant, une sensualité de chaque instant. Elle incarne cette rage, cette exacerbation des sentiments. Elle capte l’œil de la caméra et on ne sait plus qui fait tournoyer l’autre, tant elle semble en épouser les mouvements avec un naturel, une vérité, qui la rendent tellement vivante à nos yeux. Un régal, une merveille d’interprétation. Louis Garrel n’imite pas Chéreau, il l’incarne, dans ses fureurs, ses erreurs, son sadisme et dans tout son talent. Il se donne à son personnage, et au fil de ses rôles, Louis Garrel dégage une générosité croissante, qui est un diamant, son diamant… C’est beau, c’est pur, c’est lui et on l’aime vraiment. Et tous les autres, le reste de la troupe, Sofiane Bennacer, Micha Lescot (dans le rôle de Pierre Romans), Clara Bretheau, Noham Edje, Vassili Schneider, Eva Danino forment une chorale engagée et tellement convaincante de passions. Au final, Les Amandiers retrace une époque, et se pose comme une déclaration d’amour au spectacle vivant et à la jeunesse, dans la croyance à ses utopies. L’ensemble est très esthétique, sensible et prenant. Ça donne envie de jouer, et de croire en la force de l’art.

Titre Original:  LES AMANDIERS

Réalisé par: Valeria Bruni Tedeschi

Casting: Nadia Tereszkiewicz, Sofiane Bennacer, Louis Garrel…

Genre: Comédie dramatique

Sortie le: 16 Novembre 2022

Distribué par: Ad Vitam

EXCELLENT

 

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