Critiques Cinéma

LE PÈRE NOËL EST UNE ORDURE (Critique)

SYNOPSIS: La permanence téléphonique parisienne SOS détresse-amitié est perturbée le soir de Noël par l’arrivée de personnages marginaux farfelus qui provoquent des catastrophes en chaîne. 

Oser écrire sur Le père noël est une ordure, c’est s’attaquer à un monument, c’est un acte d’outrecuidance, tant rarement un film fut marqueur d’une époque, tout en ayant si peu mal vieilli, 40 ans après, et pourra encore repasser lors des fêtes de fin d’année pendant 40 ans encore. Car ce n’est pas le cinéma, pour un succès modeste, mais bel et bien la télé et ses rediffusions multiples lors des vacances de fin d’année, tellement comme en contre phase de l’esprit de Noël, qui l’a rendu culte. Sorti en pleine canicule (déjà) lors de l’été 82, pour un film de Noël, avec la RATP et la ville de Paris qui avaient refusé la campagne d’affichage du film face à la vulgarité du titre mais surtout à «  l’atteinte au mythe enfantin  » (argument de l’époque). L’équipe du film a même fait croire à la Mairie, afin d’obtenir les autorisations de tournage, que l’œuvre allait s’appeler Les bronzés fêtent Noël. Et encore le titre originel était Le Père Noël s’est tiré une balle dans le cul !! Mais la troupe du Splendid elle-même s’est dit que ce n’était pas jouable ainsi… Mais même avec son titre édulcoré, tout demeure question de curseur. En effet, un des distributeurs du film, dans le sud de la France, avait fait rajouter un sticker au titre, mettant un « presque  » devant « une ordure  ». Car oui, si Le père Noël est une ordure est une comédie grinçante de Jean-Marie Poiré devant laquelle on explose de rire en permanence c’est aussi une description féroce d’une galerie de personnages assez mesquins, voire ignobles, chacun-e- dans leur classe, et leur caste. C’est une terrible et joyeuse provocation, une formidable satyre dont l’humour noir peut en effet faire l’effet d’une petite bombe. En effet, les critiques seront au moment de la sortie pour le moins assez divisées.

COLLECTION CHRISTOPHEL
© Trinacra Films / DR
Photo Jean Pierre Fizet


Un film culte, ce sont des répliques cultes, ce sont des moments cultes, des phrases cultes. Avec Le père noël est une ordure, à un moment chaque scène, chaque mot devient un panthéon patrimonial du 7ème art à la Française. Le meilleur hommage est très certainement de reprendre chronologiquement les morceaux de bravoure qui nous ont tant éclaté et continuent parfois même de nous servir dans la vie courante. On pourra écrire et chroniquer toutes les lignes de la terre, rien ne vaudra ce premier petit florilège au siège de SOS Détresse-amitié 17 rue Montmartre : « Je ne vous jette pas la pierre, Pierre  ». « Et Joyeux Noël Madame Musquin. Y’a pas d’mal  ». « C’est c’la oui . « C’est quand même très calme« . « Écoutez Thérèse, je n’aime pas dire du mal des gens, mais effectivement, elle est gentille  ». Les costumes caricaturaux et outranciers, le huis-clos, l’enchaînement des scènes, pas de doute possible, c’est bien une adaptation de la pièce de théâtre éponyme, qui date de 1979 de la troupe du Splendid. Adaptation assez libre, car des différences importantes existent, dans les rapports entre les personnages notamment, et également la fin, assez apocalyptique de la pièce et plutôt drolatique du film. Entre la psychorigidité mesquine de Madame Musquin (Josiane Balasko), dont le personnage n’existe pas dans la pièce de théâtre originale, le balai dans le … de Thérèse (Anémone) la pieuse coincée, et le cynisme bon teint de Pierre Mortez (Thierry Lhermitte), le décryptage acéré à l’acide de la chorale est d’emblée…. splendide !!

Ha tiens Michel Blanc, pour son dernier Noël, avant de mourir dans deux mois, au téléphone avec SOS Détresse, qui a besoin de parler à une femme :

« Comment vous appelez vous ? Je m’appelle Thérèse. Oui, je t’encule Thérèse, je te prends, je te retourne contre le mur, je te baise par tous les trous, je te défonce, je te mets Thérèse….  »

L’air offusqué d’Anémone dans ce moment d’anthologie, on l’a tous en tête…

Bon, et si on réparait l’ascenseur pour délivrer Madame Musquin, « Thérèse, si vous pouviez faire levier, je pourrais m’introduire« .

On enchaîne sur ce qui est peut-être LE moment parmi les moments, et c’est pas peu dire…. Échange de cadeau de Noël entre Pierre et Thérèse :

« Ohhhhhhhh….. Ohhhhhhhhhh…. Ahhhhhhhhhhh, oh, une serpillère, c’est formidable Thérèse. Je suis ravi écoutez. Non Pierre c’est un gilet. Bien sûr c’est un gilet, y’a des trous plus grands pour les bras.  »

«  Écoutez, si vous saviez ce que ça tombe bien, je me disais encore hier soir, qu’il me manquait quelque chose pour descendre les poubelles.  »

Évidemment, Preskovitch (Bruno Moynot) se pointe au plus mauvais moment, quand Pierre va faire découvrir sa toile à Thérèse. Comme chacun sait, il n’est pas venu les mains vides. « Ce sont les fameux Doubitchous de Sofia. C’est une fabrication artisanale, c’est roulé à la main sous les aisselles ».

« C’est fin, c’est très fin, ça se mange sans faim  ». On a tous un peu dit ça au moins une fois pour faire le beau à table.

Allez, dévoilement de l’œuvre de Mortez, avec la phrase que nombre de personnes érige comme celle qui les éclate le plus : «  C’est là que je me rends compte que malheureusement, je vous ai beaucoup moins bien réussie que le porc  ».

L’irruption de Chouchou, à savoir Zézette (Marie-Anne Chazel) et Félix (Gérard Jugnot) vont rendre le film un tantinet criard, et va théâtraliser d’autant plus la narration. Et en même temps, c’est aussi vu de près et en toute ironie la précarité extrême dans tous ses états. « Joyeux Noël Félix » avec un grand coup de fer à repasser dans la tronche…

« Vous en étiez à peau de couille je crois« , Balasko refroidit Michel Blanc au téléphone en 9 mots, et nous, on n’arrête jamais de rire.



S’en suit forcément subjectivement le moment qui peut le plus faire hurler de rire, avec un iconique Jacques François dans le rôle du pharmacien : « J’arrive Bijou. J’ai un rendez-vous pour le réveillon chez Castel.  » Le fossé entre la bourgeoisie de l’apothicaire qui réveillonne au cœur du pognon parisien et la misère sociale de Felix est sidérante, et mine de rien envoie un sacré message. C’est un peu sérieux soudainement, sauf que…. Moment inoubliable, et à jamais ancré dans le patrimoine cinématographe français avec Jacques François, pour l’occasion amicalement bénévole sur le film :

« Mais qu’est ce qui passe ? Ma veste est pleine de cambouis. Mais qu’est ce que c’est que cette matière ? C’est d’la merde ? Non c’est Kloug  »…. Thérèse se marre, mais c’est surtout Anémone qui se fend la poire…

Comme elle, on enchaîne les fous rires, avec maintenant Zézette, qui fait face à l’administration française et a du mal à cocher les caches, en écrivant que Zézette épouse X : « Ca c’est tout la sécu ça, ça rentre pas dans les cases « .  » Ça dépend ça dépasse  » lui répond Katia… (Christian Clavier). Zézette enchaîne, en disant à Pierre : « Y’a un Monsieur très malpoli qui a téléphoné, il voulait enculer Thérèse. ». « Oui, mais c’est un ami ». «  Bon, ça va alors« . Madame Musquin, un peu déphasée, avec le triphasé : « Allez hop à Créteil« …



Ce qui est incroyable avec Le père Noël est une ordure, c’est que même visionné pour la 58ème fois, des micros détails nous avaient échappés. Comme quand Pierre se met soigneusement à l’autre bout du canapé, occupé par Katia, qui raconte ses histoires, pas toujours très passionnantes alors que par terre, trône et traine la serpillère, enfin le gilet !! Pendant ce temps-là, brève de comptoir de Zézette à Thérèse : « Parce que Felix, il a un très gros kiki« . Ce slow sur Destinée (1982) de Guy Marchand entre Lhermitte et Clavier. Et ce moment où Pierre est allongé avec la couleur de son costard à carreau qui se confond avec celle du canapé. Deux visuels inoubliables. A partir du meurtre accidentel du réparateur, le culte est moins présent, mais on ne décroche pas une seconde pour autant, tant notamment chaque personnage est au sommet de sa propre caricature. C’est davantage les scènes que les répliques qui vont entrer dans la mémoire, comme Pierre et Thérèse dans la douche, les yeux du lapin qui assistent au découpage du réparateur, comme une allégorie surréaliste au beau milieu d’une comédie, ou encore la cantine au zoo… Le casting est évidemment une incroyable chorale, et s’il est complexe d’extraire une prestation individuelle, avec l ’ironie poussée à l’extrême pour chacun des personnages furieusement et férocement enfermé dans sa caricature, avec une Marie-Anne Chazel méconnaissable en Zézette qui zozote et nous scotche, Une Anémone engoncée de drôlerie, Gérard Jugnot parfait dans l’affreux, sale et méchant père Noël, un Christian Clavier touchant de justesse hystérique, une Balasko insupportablement géniale, et un Thierry Lhermitte au sommet de la drôlerie. Avec des mentions pour Bruno Moynot, en Preskovitch insupportablement gentil et Jacques François anthologique. Le père Noël est une ordure au rythme délirant se regarde certes avec jubilation à période concernée, mais ça marche aussi toute l’année, alors ne nous privons pas de fous rires, et fêtons comme il se doit les 40 ans de ce géant…

Titre Original: LE PÈRE NOËL EST UNE ORDURE

Réalisé par: Jean-Marie Poiré

Casting : Anémone, Josiane Balasko, Marie-Anne Chazel…

Genre: Comédie

Sortie le:  25 août 1982

Distribué par: –

CHEF-D’ŒUVRE

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