Critiques

CONVERSATIONS WITH FRIENDS (Critique Mini-Série) Un moment profond et intense…

SYNOPSIS: Frances est fine observatrice, cérébrale et perspicace. Bobbi, son ex-petite amie devenue sa meilleure amie, est sûre d’elle, franche et irrésistible. Malgré leur séparation trois ans plus tôt, Frances et Bobbi sont inséparables et font des performances de poésie sur la scène artistique de Dublin. Durant l’une de leurs représentations, elles font la connaissance de Melissa, une romancière plus âgée et fascinée par ce duo. Bobbi et Frances commencent à fréquenter Melissa et son mari, Nick, un bel acteur réservé. Alors que Melissa et Bobbi flirtent ouvertement, Nick et Frances entament une intense liaison secrète à leur plus grande surprise. Cette liaison va mettre à l’épreuve le lien entre Frances et Bobbi, obligeant Frances à reconsidérer sa place et l’amitié à laquelle elle tient tant. 

Conversations with friends est tiré du roman éponyme de Sally Rooney. La même autrice que pour l’adaptation de Normal People, (2020) qui a légitimement connu un remarquable succès. Identiquement à Normal people, l’action se passe en Irlande, et on retrouve entre autres Alice Birch à l’écriture des deux séries, ainsi que les mêmes producteurs et distributeurs. Même auteur, mêmes scénaristes, même univers, Autant dire à quel point, Conversations with friends suscite envie et curiosité. La première observation, la première sensation devant Conversations with friends est un méticuleux décryptage des sensibilités, notamment des 4 personnages principaux, Frances (Alison Oliver), Bobbi (Sasha Lane), Melissa (Jemima Kirk) et Nick (Joe Alwyn). Du fait notamment d’une écriture fine et intelligente et de situations rondement amenées, matinée d’une remarquable authenticité. On entre très vite en empathie, car il n’existe pas réellement de round d’observation, tout en demeurant toujours subtil dans la narration. 



C’est aussi et beaucoup l’univers des mots, de la poésie comme de la prose, de l’art avec des émotions dont on devine qu’elles vont être à vif, exacerbées, avec des personnalités sensibles, à fleur de peau. L’intrigue du quatuor amoureux s’installe assez rapidement. Le piège serait qu’il s’enkyste au fil des 12 épisodes, ce qui sera peut-être très légèrement le cas, mais sans pour autant nous donner envie de décrocher. Lors de toute la première partie, les atours de l’intrigue sont particulièrement charmants, l’atmosphère est globalement assez légère, même si la complexité affective est partout. Les contrastes, dans cette ambiance irlandaise donnent une coloration glamour et très pop, qui glisse tout seul dans un format d’épisodes de 30 minutes maxi, très bien pensé. La mise en scène est habile, avec une torpeur savamment travaillée, jamais longue, qui rebondit sans en faire trop, et dans des variations de couleurs, de tons, de plans qui permettent de rester assez scotché.



Le « Je réfléchis trop parfois » lors de l’épisode 3, pourtant dans un grand moment justement de lâcher prise, dit tellement de Frances, de ses turpitudes, de ce qui la ronge. Elle est somme toute assez bouleversante dans cette forme de pudeur craquelée. Conversations with friends, c’est les mots dans tous les sens, car au-delà de la poésie ou de la prose, c’est aussi l’omniprésence du SMS. Cette arme de destruction massive amoureuse du 21ème siècle. Chaque mot peut devenir sujet à la plus folle des interprétations. Et pire, un silence, même de deux heures peut rendre encore plus dépendant, accroc, addict à l’autre. Le manque du SMS, ou le manque de l’autre… Mais la série est aussi et surtout une variation sur la complexité du sentiment amoureux, qui comme souvent en pareil cas, pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Mais justement, c’est aussi la force de la crédibilité de Conversations with friends, dans ce non péremptoire, le sempiternel, perpétuel questionnement de l’abstraction des sentiments. C’est aussi une série sur la façon d’être à l’autre. Frances sera assignée à cette intenable place de seconde. Quand elle affirme que dans un bâtiment en feu, avec juste elle et Melissa, c’est cette dernière que Nick sauverait. Si on était dans la série, on serait tentés de lui répondre que l’on sait qui est la femme ou l’homme de sa vie, uniquement sur son lit de mort. Frances est encore amoureuse de Bobbi à sa façon et aime profondément Nick. Celui-ci aime sa femme Melissa mais ne semble plus pouvoir se passer de Frances. Si on ajoute que Melissa et Bobbi se sont embrassées, on se croirait dans un marivaudage resucé et peu avare en nouveauté. Ce qui n’est pas totalement faux, mais la constante banalité de certaines situations amoureuses est ici disséquée dans son réalisme brut. Il est donc question du formatage du cœur, qui ne pourrait aimer qu’une personne à la fois. Si la série ne prône pas l’adultère, qui serait d’ailleurs passé de mode selon de sérieuses récentes études (…), elle a le mérite et l’honnêteté de questionner sur les contradictions morales de s’autoriser à vivre autre chose, ou déjà ne serait-ce que d’en envisager l’hypothèse, début de la trahison. A nouveau, pas de réponse toute faite, pas de guide en prêt à penser. Conversations with Friends, c’est aussi une belle humilité.



Ce sont également les ressorts de la folie amoureuse, de la jalousie, jamais autant certes que Antonina Miliukova dans le sublime La femme de Tchaïkovski (2022), pour autant sur un mode très contemporain et charnel, la dissertation de la dislocation est ici très prenante et pénétrante. On y voit la violence dans le couple, avec le quasi incontournable déséquilibre dans l’intensité et l’ampleur de sentiments pas toujours parfaitement réciproquement ressentis. Sasha Lane donne au personnage de Bobbi une très belle énergie et beaucoup de convictions. Jemima Kirk est une Melissa presque lointaine et qui oscille parfaitement entre la liberté et la routinière quotidienneté, elle est touchante, troublante. Dans le rôle de Nick, Joe Alwyn toute en indécision et en complexité, au-delà d’une beauté très féminine dans ce quatuor où il est justement le seul homme, est très convaincant dans la contrariété des sentiments. Alison Oliver, dans le rôle de Frances crève l’écran… Elle est sidérante de sensibilité. Elle joue le mal profond avec un tel engagement, c’est une prestation toute en émotion, et de haute volée. Au final, Conversations with friends vient nous chercher sur nos glorieuses indécisions, nos sentiments de vide, de manque, qui viennent entraver la quête de la recherche pour tenter de trouver la paix intérieure. Si la série s’étire un peu dans son intrigue, rien de grave, tant l’esthétisme de la mise en scène est partout et aussi car on se retrouve forcément dans l’universalité du discours. Conversations with friends, c’est finalement la promesse d’un moment profond et intense.

Crédits: Canal+ / Hulu/ Element Pictures/BBC

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