Critiques Cinéma

LES VOLETS VERTS (Critique)

SYNOPSIS: « Les Volets verts » dresse le portrait d’un monstre sacré, Jules Maugin, un acteur au sommet de sa gloire dans les années 70. Sous la personnalité célèbre, l’intimité d’un homme se révèle. 

Les volets verts de Jean Becker est une adaptation du roman du même non de Georges Simenon, paru en 1950. Jean-Loup Dabadie en signe le scénario en 2020 avant de mourir. Le livre est propice à convoquer le goût pour le souci de l’authenticité du moment d’antan de Becker, une atmosphère à la fois poétique et intense, vue bien sûr dans L’été meurtrier (1983), mais aussi dans un art subtil de la profonde légèreté avec lequel joue admirablement le cinéaste, aperçu entre autres dans Les enfants du marais (1999), et aussi dans Dialogue avec mon Jardinier (2007). Il réunit en prime dans Les volets verts deux monstres sacrés, deux icônes, que l’on aimait tant, que l’on aime encore et que l’on aimera toujours, Madame Fanny Ardant et Monsieur Gérard Depardieu, qui ont « joué » ensemble, une dizaine de fois avec évidemment le souvenir impérissable de La femme d’à côté (1981) de François Truffaut et dont la complicité est totale. Alors oui dans Les volets verts, la beauté du rapport de l’homme à la nature et l’esthétisme de la simplicité est toujours tellement présent, dans la plus pure patte Becker. L’homme tout petit, même Depardieu, face à l’infiniment grand. La poésie des mots et de l’atmosphère est bien là. Mais pas l’émotion, ou très peu et pas la force de ce qui nous lie, et c’est tout le problème du film. Une scène en particulier symbolise ce constat, après une partie de pêche entre Jules Maugin (Depardieu) (dans le roman, c’était Emile) et Félix (Poelvoorde), le bateau est en panne, immobilisé en pleine mer. Il repartira avec un coup de marteau. On aurait préféré hisser la grand-voile, comme Becker nous y avait tant habitué, et à partir à l’aventure face à une nature toujours impériale. Mais ça sera le bruit du coup de marteau qui va chercher le vrombissement du moteur. C’est mécanique et pas très poétique. C’est un peu tout ça Les volets verts. Le plaisir du geste formel dans l’importance de chaque son, et avec une indéniable qualité de la photographie, et quelques plans, parfois complaisants, parfois sincères, qui rendent une mise en scène finalement très classique, et sans singularité.



Le plaisir de voir Depardieu constamment à l’écran est pour autant évident. C’est tout le lien aux autres de son personnage Jules Maugin qui est ici déployé, avec Félix, mais aussi avec celle qu’il va prendre sous son aile, Alice (la délicieuse Stéfi Celma), ainsi que Maria (Anouk Grinberg), qui est un peu son bouffon du roi, la seule qui peut tout lui dire, lui rentrer dedans et tout se permettre, et bien sûr son histoire avec Jeanne Swann (Fanny Ardant). Histoire touchante que malheureusement on ne fait que trop effleurer, deviner, et qui contient trop d’ellipses. Si on devine l’intentionnalité du charme discret et les brûlures du non-dit, un peu plus du magnétisme Ardant-Depardieu n’aurait vraiment pas nuit. Les volets verts, c’est aussi filmer le jeu, et qu’il est intéressant de voir qu’au théâtre si pour le public, différent chaque soir, mais qui rit évidemment aux mêmes tirades, du prisme des comédiens, c’est par moment une source d’inépuisable lassitude, la représentation permanente. Passionnant évidemment.



Chaque film avec le roi Gérard devient comme un documentaire sur Depardieu, c’est une tarte à la crème de l’affirmer, mais d’autant plus dans Les volets verts, où il boit et mange à peu près chaque scène, ce qui certes doit le réjouir, mais il faudrait sans doute éviter le film testamentaire à chacune de ses apparitions. Le crépusculaire poussé à l’excès pourrait finir par devenir autant lassant que gênant. Pour autant, le plaisir de le voir est toujours aussi intense. Qu’il est beau, qu’il est fort, il envahit, il écrase, il occupe tout l’espace, et c’est comme ça qu’on l’aime tant.

Fanny Ardant, de plus en plus jeune, constamment radieuse, en permanence rayonnante entre dans le champ ici parfois sur un mode parfois lunaire, tout en charme discret et iconise chacune de ses apparitions. Poelvoorde est impeccable en bon copain compatissant, plein d’empathie et fait le job, on sent l’évidente complicité avec Depardieu, en scène comme à la ville. Stéfi Celma, confirme ici tout le talent qui a éclaté notamment dans Dix pour cent (2015-2020). Elle fait face à l’ogre et ne se fait jamais manger, au contraire, elle semble éprise d’une véritable douce affection, d’un respect, d’une fine intelligence et de beaucoup de malice. C’est un régal de la voir jouer, et très certainement que ça ne fait que commencer.  Au final, Les volets verts n’est pas un grand Becker, mais n’est évidemment pas dénué de charme pour autant, et se regarde ne serait-ce que pour la réunion de son duo fou de cinéma.

Titre Original: LES VOLETS VERTS

Réalisé par: Jean Becker

Casting : Gérard Depardieu, Fanny Ardant, Stéfi Celma…

Genre: Drame

Sortie le:  24 Août 2022

Distribué par: ARP Sélection

MOYEN

 

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