Critiques

URGENCES (Critique Série)  NFS, Chimie, Iono pour la vie…

ATTENTION SPOILERS : 

Cet article révèle certains rebondissements et nous vous conseillons sa lecture après le visionnage de la série

SYNOPSIS : Le quotidien des médecins et infirmières travaillant au service des urgences d’un hôpital de Chicago.

« NFS, Chimie Iono  », les lecteurs se divisent immédiatement en deux catégories. De la nostalgie plein les yeux pour les un-e-s, de la perplexité que l’on espère gourmande pour les autres. Série forcément bavarde, constellée de grandes ou petites affaires médicales avec le drame de l’ongle incarné où du corps étranger coincé dans un ou plusieurs orifices que la décence nous garde bien de citer ici. Mais c’est aussi bien sûr les intrigues personnelles, professionnelles, affectives des infirmières, médecins, et finalement de tout le personnel travaillant au Cook County Hospital de Chicago. Avec peut-être ici ce qui fait la magie d’Urgences et le charme ultime de cette série, à savoir la façon dont on se prend d’empathie pour ces héros du quotidien, l’attachement fou à ces soldats de l’amour, qui sauvent des vies toute la journée et qui méritent bien d’être heureux dans la leur. C’est de l’humanité à vif. La série va donc aller titiller notre point C, à savoir nous cajoler le cœur, le briser parfois. C’est finalement à l’image de la géniale évolution du Docteur Carter (Noah Wyle), on va effectivement tout connaître avec lui, et on va s’identifier, un peu, beaucoup… Et en fait c’est ici toute la beauté splendide de cette série. Pendant 15 saisons et 331 épisodes, nos sublimes héros en blouse blanche vont se fader les pires situations imaginables, alternant tragédies poignantes et drolatiques incongruités. Les urgences c’est forcément la vie à plein… Rappelez vous les dernières fois où vous vous y êtes rendus, on n’oublie jamais… Et bien là, on est du côté des soignants… On change de pièce, on change de vie… Le « triage », notamment permet, d’autant qu’on est au cœur d’un hôpital public, qui plus est à Chicago, de scruter les problématiques des violences raciales, les stéréotypes du racisme, les ravages de la circulation des armes à feux, l’extrême pauvreté, l’isolement des personnes âges etc…  Urgences a débarqué sur France 2, au début de l’été, à la place d’Envoyé Spécial, c’était donc un Jeudi, le 27 Juin 1996. Au départ, c’est un scénario de Michael Crichton, le créateur de la série, un géant de presque 2.10 mètres, qui en 1974, de sa propre expérience d’interne, écrit le scénario de ce que va devenir Urgences. C’est une série chorale, qui feuilletonne, avec intrigues et sous intrigues qui perdurent, et très typique de l’époque. Comme NYPD Blue (1993) pour les séries policières… Crichton joue à fond la carte du réalisme, c’est son credo, sa volonté, son message. C’est 30 à 40 patients par jour, des médecins épuisés, frustrés, des patients agacés et lassés… L’hôpital public vieillot, pas fonctionnel, jaunasse, loin du clinquant Seattle Grace Hospital de Grey’s Anatomy (2005 à aujourd’hui), Mais tiens donc… Et si cette série d’hier outre atlantique nous disait quelque chose d’aujourd’hui en France…



Puis passage le dimanche soir, en prime, sacré pari… Pour remplacer le traditionnel film du dimanche. Et c’est devenu… LE rendez-vous du dimanche soir qui mettait du baume au cœur… Dans ce moment clé du petit vertige dominical d’avant la reprise du travail ou de l’école le lundi. Et puis cette histoire de Carol et Doug, ralala… Alors, ok, c’est un poil le cliché du toubib, en plus le beau pédiatre ténébreux avec l’infirmière… Mais au-delà, leur relation vient aussi parler de ce que traverse nombre de couples et encore aujourd’hui. Ils font partie de ces couples iconiques, au même titre que Ross et Rachel dans Friends (1994-2004) ou Meredith et Derek dans Grey’s anatomy (2005), dans le classique ballet du « Je t’aime moi non plus ». A cet égard, leur rupture quand Doug quitte Chicago dans l’épisode 15 de la saison 5, a relancé l’industrie du Kleenex… Et à tel point, qu’il fallait, mais alors, impérativement que Doug et Carol se remettent ensemble !!! Enfin, une love story qui finit bien. Alors quand Julianna Margulies quitte à son tour la série dans l’épisode 21 de la saison 6, le bien nommé l’Âme sœur, pour des retrouvailles avec Doug, cet épisode aura permis à Clooney de toucher beaucoup beaucoup de dollars pour 30 secondes d’apparition . Mais comme quand on aime, on ne compte pas…. On était quand même toutes et tous tellement heureux.  D’ailleurs, à la base, Julianna Margulies n’était pas prévue pour durer au casting, car Carole devait mourir au premier épisode, elle était même créditée au générique comme guest et finalement, son personnage plaisait tellement aux premiers fans qu’elle est passée d’invitée à récurrente, et tant mieux !!
Urgences a en commun avec X-Files (1993) d’être parmi les premières, qui pour toute une génération a entamé une addiction folle aux séries.



Mark Greene (Anthony Edwards), LE super héros, humaniste au grand cœur, le meilleur d’entre nous pour l’éternité. L’impétueux Doug Ross (Georges Clooney), qui va murir en douceur ; John Carter (Noah Wyle), le plus attachant, sans doute le héros du Cook County ; Susan Lewis (Sherry Stringfield), la battante rayonnante. Carol Hathaway, douce et militante ; Peter Benton (Eriq La Salle), le doux dur. Kerry Weaver (Laura Innes), la dure douce. Jeanie Boulet (Gloria Reuben), la force tranquille. Elizabeth Corday (Alex Kingston), So British. Robert Romano (Paul McCrane), J.R en blouse blanche. Abby Lockhart (Maura Tierney), l’obstinée indécise, Luka Kovac (Goran Visnjic), le tourmenté ténébreux… Et tous les autres et tellement tous les autres, mais quand même à l’accueil, Jerry Markovic (Abraham Benrubi), le ventre, l’indispensable… Purement subjectivement, Urgences, c’est aussi cette histoire d’amour ratée, gâchée, non-dit, sacrifiée, entravée entre Susan et Mark avec l’apogée sur le quai de la gare de l’épisode 8 de la saison 3. C’est aussi le road movie qui fait du bien, car on sort de l’hosto et on profite à plein de la relation quasi fraternelle entre Mark et Doug, sur les traces de son père qui vient de mourir, tout en interrogeant avec force le lien à nos parents (saison 4 épisode 7). Ce sont ces fichus épisodes 13 et 14 de la saison 6, qui vont voir Carter se faire agresser au couteau par un patient schizophrène, avec une fin d’épisode 13 glaçante, où Carter tombe et voit Lucy… qui baigne dans son sang… Elle mourra de ses blessures dans le 14. Au moins, Romano nous fera rire, car il lui dira avant le bloc qu’ils n’ont pas investi tant d’argent dans ses études pour la laisser mourir… Et pourtant… Enfin, le scandaleux (!!) épisode 21 de la saison 8, qui verra la mort de Mark… No comment, si ce n’est que ça suffit de faire mourir Anthony Edwards !! (Cf Goose dans Top Gun  en 1986).


Urgences, c’est aussi une réalisation assez dantesque, médicalement très crédible. Avec notamment des travellings en veux-tu en voilà, des plans en mouvement, une frénétique chorégraphie par la Steadycam, ça se bouscule, ça court dans tous les sens, ça gueule, c’est les urgences. Le travail immersif est puissant, méga pro, et qui de surcroît vient donner une très belle liberté et donc authenticité au jeu des acteurs. Pour les esprits chagrins qui remettaient en cause le réalisme d’Urgences, une des meilleures réponses émane de Pierre Langlais, journaliste spécialiste séries : « J’ai un pote qui est martien, il a vu un certain nombre de séries avec des extra-terrestres et il dit c’est pas du tout comme ça les soucoupes volantes !! » » Ben oui, on est dans le fictionnel, donc autant être crédible, mais l’idée n’est pas non plus de tous nous amener à l’hosto, car ça s’appelle une série… Notons qu’un épisode a été réalisé par Quentin Tarantino : le 24 de la saison 1. Également une audace novatrice scénaristique avec un épisode tourné en direct, à savoir le premier de la saison 4. Une musique lancinante souvent très prenante, un poil tire- larmes, mais aucune honte à vivre des émotions fortes le dimanche soir devant le poste, bien au contraire !! Pendant les 9 premières saisons, Urgences était dans les 5 programmes en prime les plus regardés aux Etats-Unis. Avec dans ses filets pas moins parfois de 20 millions de téléspectateurs. A partir de la saison 12 (2005), les audiences se divisent en gros par deux, faute à la disparation de certains personnages clés, un attachement différent aux nouveaux, et bien sûr une entrée massive d’autres franchises, parfois plus modernes, sur le marché de la série hospitalière.



Pour autant, avec 314 nominations, tout prix confondus, la série a reçu en tout 133 prix, et il faudrait une chronique toute entière ne serait-ce que pour en extraire les plus prestigieux… La fin sera néanmoins plutôt réussie, avec le retour de nombre de stars de la première heure, après avoir suivi non sans émotion Rachel Greene, la fille de Mark, que l’on a vu grandir, qui prend la relève de papa, et la malice énorme de montrer comme toute dernière image la star absolue de ces 15 saisons dans un dernier plan quasi inédit sur…. Le service des Urgences du Cook County Hospital de Chicago… Avec l’arrivée de nouveaux traumas… L’éternel recommencement… Merci aux urgences, merci à eux, vous avez su nous toucher, nous saisir, nous faire grandir…

Crédits : NBC / Amblin Entertainment

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