Critiques

DALLAS (Critique Série) Épique, légendaire et clairement intemporel…

 

SYNOPSIS: Les joies et les peines de la famille Ewing, richissime dynastie du Texas. Menées d’une main de fer par l’affreux JR, les affaires florissent au gré des amours et des haines, des intrigues et des manipulations.

Première diffusion le 02 Avril 1978 sur CBS pour le feuilleton crée par David Jacobs, qui va lancer une vague, une déferlante, un tsunami quantitatif mais aussi sur ce que va incarner cette série sur notre pays avec ses 357 épisodes de 45 minutes. Dallas va être distribué dans 90 pays, et doublé dans 67 langues. L’épisode 1 de la saison 4 qui potentiellement pouvait donner la clef de qui a tiré sur J.R, sera suivi aux Etats-Unis par pas moins de 90 millions de téléspectateurs, et plus de 300 millions dans le monde entier… Un phénomène !!!  Dallas, c’est LA saga, LA grande fresque familiale par excellence. Là où idéologiquement, vu de l’hexagone, on est bien dans l’Amérique du pétrole, des Stetsons et d’une pluie de Dollars. C’est en fait le Pré-Reaganisme dans toute sa splendeur, alors que la France s’apprête à voter pour un président socialiste avec des ministres communistes.  1981, année justement de diffusion en France, cette même année, où Renaud rendra un « hommage » à sa façon à Dallas, dans J’ai raté Téléfoot : « Après, j’me suis regardé Dallas, ce feuilleton pourri dégueulasse, Ca fait frémir le populo, de voir tous ces enfants d’salauds, Ces ricains véreux plein aux as, faire l’apologie du pognon, De l’ordurerie et de la crasse, y nous prennent vraiment pour des cons. » Rien que ça… Mais qui en dit très long sur un certain état d’esprit d’époque où Dallas incarnait la série à abattre, qu’on adore détester, car justement elle exerçait une véritable fascination. Comme si celle-ci était forcément malsaine. Alors qu’elle s’explique par un arc narratif complètement fou, une description à couper au couteau de la psychologie de chaque personnage (jusqu’à insister sur la passion pour la nourriture chinoise de Cliff Barnes), pour une des premières grandes histoires familiales dépliées à la télé à heures de grande écoute. Et aussi avec l’introduction de l’art du cliffhanger, inexistant jusqu’alors, qui a créé une véritable révolution addictive dans le pays, du binge wacthing d’avant-garde, mais sans les plateformes ou même le net, et où il fallait attendre religieusement la messe cathodique de la diffusion, qui était à chaque fois un événement. Dans le contexte de l’époque, Dallas, c’était fiévreux c’était jubilatoire et c’est comme si les cloches sonnaient aux premières notes de cet incroyable générique.

«  Dallas, ton univers impitoyable, Dallas glorifie la loi du plus fort  » etc… de Michel Salva et Jean Renard, qui, il faut le savoir n’est aucunement la traduction du générique original US, qui est tout autre chose. C’était à l’époque monnaie courante, car identique pour Starsky et Hutch (1975) ou encore l’Agence tout risques (1983). L’idée était de fidéliser le public français, et générer des légendes iconiques, qui perdurent tellement, que ces génériques et de nombreux autres alimentent les soirées blind test aux 4 coins de l’hexagone tous les week-ends !! La famille Ewing donc, multimillionnaire, qui incarne cet esprit de conquête très outre-Atlantique, avec le rêve américain en point de mire. Il n’empêche que c’est aussi une série de buildings, de bagnoles, avec les plans ultra-citadins de Dallas, qui permet à cette dernière d’incarner autre chose que la ville où s’est fait tuer JFK. La série opère ce réel basculement. Mais nous sommes aussi très souvent à Southfork, le Ranch familial, avec des séquences plus terriennes et rurales. Et puis tous ces personnages haut en couleur, que nous avons tant investi. LE couple Ewing : Jock (Jim Davis) et Miss Elie (Barbara Bel Geddes puis Donna Reed), patriarche et matriarche, gardiens des valeurs familiales. Même son fil J.R semblait avoir peur de Jock, qui lui-même écoutait surtout sa femme Elie. La figure tutélaire de Jock trône sur d’impressionnants tableaux aussi bien à Southfork que dans les bureaux des pétroles Ewing. La mort de l’acteur Jim Davis le 26 Avril 1981 amènera à repenser l’arc narratif. Immanquablement, la série est associée à J.R (Larry Hagman aura d’ailleurs réalisé 32 épisodes) alors qu’initialement, son personnage était plutôt destiné à être secondaire, effacé notamment et normalement par Bobby, mais au final tout le monde va adorer détester cette incarnation insupportable de la méchanceté fortunée. Le sourire imperturbablement sadique de John Ross Ewing II, à savoir donc J.R, et des moments devenus totalement cultes. Il n’était pas rare d’entendre J.R dire à son épouse : «  Tu m’as étonné ce soir Sue Ellen, tu n’as pas roulé sous la table ». La maltraitance était quotidienne. J.R : l’avide, l’infidèle (une douzaine de maitresses répertoriées), l’intolérant, avec comme passion principale, tout faire pour détruire son ennemi absolu, Cliff Barnes et prêt à toutes les stratégies, plus ignobles les unes que les autres. Bref un vrai salopard, et qui va pour autant générer un formidable pouvoir de captation. Il ferait presque penser à un certain Donald… Autre histoire…


Il y a cette binarité avec Bobby Ewing le gentil, (Patrick Duffy qui aura lui réalisé 29 épisodes), antithèse de J.R, et comme une universalité dans ces paradoxes fraternels. Bobby est attentionné, à l’endroit de l’autre et très présent auprès de sa femme Pamela (sœur de Cliff Barnes, ce qui renforce évidemment l’acrimonie toute shakespearienne de J.R..). Le personnage de Bobby aura permis l’absurdité scénaristique la plus invraisemblable depuis que les séries existent avec Bobby, que l’on a vu mourir lors de l’épisode 30 de la saison 8 Le Chant du Cygne, renversé en voiture par l’horrible Katherine Wentworth, pile au moment où ils allaient enfin se remarier avec Pamela !!! Tout le monde est à son chevet, il meurt, tout le monde pleure, nous compris. Les choses sont claires. Sauf que… Patrick Duffy, était finalement mu par la même irrésistible envie de revenir que celle qui l’avait en quittant la série pour voir la couleur de l’herbe ailleurs, et car Dynastie (1981) commence à supplanter Dallas, ce qui est inacceptable. Alors, tout simplement dans l’épisode 31, ultime de la saison 9, Pamela se réveille, on aimerait d’ailleurs tous avoir la même allure à ce moment de la journée, entend le bruit de la douche, et tombe sur… Bobby qui se retourne en lançant un laconique « Bonjour, ça va ?  », générique de fin. Bobby a ressuscité !!! Encore un cliffhanger complétement fou. Dans l’épisode suivant, soit 4 mois plus tard, laissant la part belle à toutes les expectatives possibles, épisode 1 de la saison 10, tout s’expliquera par un… cauchemar qu’avait fait Pamela !! Ou comment rayer de la carte les 31 épisodes de la saison 9… Les audiences ne repartiront pas, les spectateurs crieront massivement à l’incohérence crasse et même à une forme de supercherie.




Les femmes dans Dallas, à part Miss Elie, sont souvent faibles et frêles, à l’image de Sue Ellen, ancienne miss Texas, sans arrêt humiliée par son scélérat de mari, qui la poussera finalement dans les bras de Cliff Barnes. Linda Gray incarne avec puissance et émotion cette femme bafouée, très souvent alcoolisée. Pamela Ewing, jouée par Victoria Principal ne se manifeste pas non plus par une grande force de caractère, mais l’intrigue de son personnage permet l’arc narratif de la passionnelle et éternelle histoire d’amour de la série… Pamela et Bobby !! Et puis, il faut toujours un méchant, Cliff Barnes (Ken Kercheval), mais qui en étant l ’ennemi intime de J.R, le vrai méchant de la saga devient presque attendrissant à nos yeux. Sans oublier, Lucy Ewing (Charlène Tilton), maltraitée sans arrêt par J.R, ainsi que Ray Krebbs (Steve Kanaly), qui cherchera toujours un peu sa place. Typiquement, les histoires secondaires de ces personnages offrent à Dallas des temps de respiration, et ouvrent d’autres perspectives, souvent très intéressantes. Et puis, ce qui est assez inédit également réside dans les conditions de tournage d’un soap, proche quasi du théâtre, au rythme d’un épisode par semaine, qui donne du quantitatif. Par exemple, Larry Hagman expliquait que sur une journée de tournage, il pouvait entrer 35 fois dans son bureau et se servir un verre de bourbon (du faux heureusement !!), tout en changeant de costumes entre les prises. Et voilà un an d’épisode de tourné tant cette scène était un mantra du feuilleton !! La toute fin de Dallas est un peu compliquée, comme souvent dans pareilles fresques. Le dernier épisode sera diffusé le 03 Mai 1991, laissant nombre d’ouvertures narratives. Deux téléfilms suivront, ainsi qu’une suite en 2012, davantage centrée sur les enfants de J.R et Bobby, John Ross et Christopher. Si Patrick Duffy et Larry Hagman reprennent leurs rôles, la mort de ce dernier lors de la saison 2, le 23 Novembre 2012 viendra marquer comme la fin d’une série qui s’arrêtera finalement en 2014. Dallas, c’est également l’occasion de rendre un hommage à Dominique Paturel, «  la voix «  française de J.R, grand acteur de théâtre et aussi un peu de cinéma, et immense acteur de doublage donc. Parti cette année, avec cette chaude voix bienveillante, ces héros anonymes qui pourtant nous accompagnent discrètement mais avec certitude, sublimement et presque subliminalement. Il prêtait sa voix à Larry Hagman, mais aussi Georges Peppard (Hannibal Smith de l’Agence tous Risques (1983)) , et encore Steve Austin (Lee Majors) dans l’Homme qui valait 3 milliards (1974), Jonathan Hart (Robert Wagner) dans Pour l’amour du risque (1979), David Vincent (Roy Thinnes) dans Les envahisseurs (1967) et tant d’autres, tant d’autres… Et donc, « le rire sardonique » de J.R comme le disait Fred Teper, rédacteur en chef des Chroniques de Cliffhanger & Co dans un papier hommage au moment de sa disparition.  Dallas, cet univers impitoyable, quoi que l’on puisse en penser, fait partie d’un puissant imaginaire collectif pour de nombreuses générations. Ce fut un marqueur d’une époque, c’était épique, légendaire et clairement intemporel.

Crédits: CBS / TV Guide











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