Critiques

SUR ORDRE DE DIEU (Critique Mini-Série) une mini-série captivante à regarder…

SYNOPSIS: Juillet 1984. Les habitants d’une petite ville mormone de l’Utah découvrent avec horreur que Brenda Wright Lafferty et son bébé âgé de 15 mois – deux membres d’une influente famille de la communauté de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours à laquelle quasi tous les concitoyens appartiennent – ont été sauvagement assassinés à leur domicile. Pour tenter de trouver le ou les responsables, l’inspecteur Jeb Pyre – un mormon pratiquant – et ses enquêteurs vont devoir pousser leurs investigations jusque dans les collines avoisinantes et démêler l’écheveau d’une bureaucratie mormone bien décidée à leur mettre des bâtons dans les roues. Bientôt, Jeb voit sa foi ébranlée en découvrant de sombres secrets sur l’origine de la théologie qu’il a embrassée et les conséquences funestes que peut entraîner le fondamentalisme religieux. 

L’année du true crime continue sur Disney+. Après Pam & Tommy et The Dropout, la plateforme s’attaque via sa chaîne FX à un faits-divers sordide, qui a eu lieu dans la communauté mormonne dans les années 80 : le meurtre d’une jeune mère de famille, Brenda Lafferty, ainsi que de son bébé. Qui a bien pu commettre une atrocité pareille ? Et que cache cette église, sujette à de nombreux fantasmes ? Under the Banner of Heaven a été un best-seller littéraire de Jon Krakauer. Si son personnage principal, un détective également mormon nommé Jeb Pyre, est une pure création de fiction, le terrible double meurtre a cependant bien eu lieu en Utah, en 1984. Avec son protagoniste inventé de toutes pièces, Krakauer voulait montrer le conflit qui déchire un homme croyant, et confronté à la pire des exactions que l’on peut commettre au nom d’une église. Question adaptation, le showrunner Dustin Lance Black connaît bien la question mormonne : il a en effet fait partie de l’église, et beaucoup de membres de sa famille y appartiennent encore. Et c’est d’ailleurs à lui que l’on doit l’une des seules séries à aborder le quotidien d’une famille mormonne : Big Love, avec Bill Paxton, Chloe Sevigny, entre autres acteurs.

Suivant trois chronologies distinctes (l’histoire de Brenda et sa famille, l’enquête sur son meurtre, et la création houleuse de l’église mormonne), la série s’attelle donc à un sujet assez tendu. Réalisé par David Mackenzie, le pilote réussit à installer une ambiance poisseuse et rapidement asphyxiante, où la religion dicte tous les rapports de force entre hommes et femmes, patriarches et fils en quête de responsabilité. Et si la violence est sous-jacente, la série a le tact de ne pas la montrer frontalement – notamment pour Brenda, dont on ne verra pas le corps sans vie. Le hors-champ sera toujours plus évocateur que l’explicite, et c’est l’une des forces de cette adaptation, très anxiogène et par moments insupportable à regarder. Inceste, pédophilie, et donc meurtre : la série évoque des sujets extrêmement durs et on vous conseille d’être préparés à la dureté des situations décrites. Dans cette ambiance funeste, la superbe performance d’Andrew Garfield en Jeb Pyre, qui trouve là un nouveau rôle dans ses registres déjà exploité par Silence et Tu ne Tueras Point, permet de cristalliser toute la difficulté d’une telle affaire. Le doute insidieux qui s’empare de son personnage rend d’autant plus douloureux le développement de l’affaire, qui va progressivement l’éloigner de ses certitudes et de sa famille. Un contre-point émouvant et humain, bienvenu face à la cruauté voire la bestialité de la famille Lafferty et notamment de ses deux hommes forts, joués par Sam Worthington et Wyatt Russell. Leur escalade de la violence, l’horreur de ce qu’ils infligent à leurs familles, rend très évidente la toxicité de leur masculinité, cachée sous le prétexte de la religion.

On ne vous spoilera pas le, la ou les coupables du meurtre de Brenda Lafferty, parce que c’est au fond très évident à deviner. On saluera en revanche le refus de la facilité de la série, qui en jonglant parfois péniblement entre ses trois timelines, réussit tout de même à étoffer chaque rôle, et notamment celui de Brenda, jouée par la décidément très douée Daisy Edgar-Jones. On pardonnera aisément à la série un petit ventre mou en son milieu, avant de se reprendre sur sa fin, d’une tristesse accablante quand on connaît la pénibilité de la brève vie de Brenda Lafferty. Sans se hisser au sommet du genre, Under the Banner of Heaven est cependant un constat implacable mais pas dénué de nuances d’un meurtre ayant révélé les rouages sordides d’une église qui aura tenté en vain de se débarrasser de sa réputation austère. Son superbe casting, son écriture et sa mise en scène tendue, en font une mini-série captivante à regarder.

Crédits: Disney +

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