Critiques

COLUMBO (Critique Série) Comment ne pas l’aimer ?


SYNOPSIS: A première vue, le Lieutenant Columbo semble être un enquêteur fatigué et maladroit. Pourtant, lorsqu’il enquête sur un homicide, aucun détail ne lui échappe et grâce à ses déductions implacables, il parvient à remonter la piste du meurtrier qui n’aurait pas dû le sous-estimer.

Columbo, comment ne pas l’aimer? Il existe certes, nombre de Columbophiles, et tout autant de doctorants en Columbo, mais c’est loin d’être la pire secte qui soit. Au pire, par méconnaissance, on peut estimer la série et donc le Lieutenant ringard, mais ce qui est frappant est l’empathie planétaire que dégage le personnage, et c’est sans doute sous cet angle qu’il demeure le plus intéressant d’évoquer cette série, maintes fois décryptée, car diffusée depuis 1968, le 20 Février exactement aux Etats-Unis. Série de plus de 50 ans donc, crée par Richard Levinson et William Link aux 69 épisodes, encore actuellement diffusée en France en prime time, ce qui est tout sauf un hasard… Il y eut simplement une interruption, de 1978 à 1989, essentiellement pour des raisons financières. Alors, tentons modestement d’expliquer cette incroyable longévité, et cette absence de lassitude d’une série éminemment culte… Il y a bien l’originalité quasi jamais reprise du sens de l’intrigue, à savoir que l’on connaît à chaque épisode (sauf l’épisode 2 de la saison 11 et l’épisode 3 de la saison 13), dès le début l’identité du salopard meurtrier. Ce qui est une forme d’aberration scénaristique, notamment du fait que depuis la création de ce personnage de génie, une profusion de série policières a émergé, émerge encore et continuera d’émerger. Pour autant, à peu près seule cette série fonctionne sur cette forme d’anachronisme. Ce particularisme de la logique du mystère inversé est hyper valorisant pour le téléspectateur qui sait, même avant Columbo qui est le meurtrier et comment… Columbo est gravement attachant et diablement intelligent et le prisme sériel ici déployé nous positionne en avance sur lui… Kiffant car inédit dans la méthode, mais aussi très habile psychanalytiquement sur notre égo rassasié. Columbo, c’est aussi les rituels tellement rassurants… Une trame narrative bien installée, les cigares bon marché si incommodants, les « Quand j’vais dire ça à ma femme« , cette femme qu’on ne voit jamais, la Peugeot 403 en ruine, le chien de Columbo, un peu en ruine aussi, un basset assez hideux et souvent impotent, simplement nommé « Le chien », l’impair élimé, en ruine… Et bien sûr, Columbo, son grand sujet qui profuse toute cette empathie, c’est la victoire de la classe laborieuse et prolétarienne. On est fin des années 60, et la contestation de l’ordre établi devient un peu partout jubilatoire A ce sujet, le livre de Lilian Mathieu Columbo : la lutte des classes ce soir à la Télé paru en 2013 est une régalade. On est chez Bourdieu et son décryptage de la condescendance naturelle, instinctive et quasi animale des rapports de classe. Car Le meurtrier californien (là où nos intrigues se déroulent), comme il est… californien, il est toujours soit avocat, soit banquier, soit acteur, soit politicien, soit avocat, soit sportif de haut niveau, soit avocat, soit gérant d’un grand groupe industriel… soit… avocat. En somme il est toujours très fortuné.


Quand le meurtrier voit arriver ce petit fonctionnaire débonnaire, qui ne ressemble à rien, il est d’emblée rassuré car son crime normalement parfait sera forcément indétectable tant Columbo… ne ressemble à rien…Les pires moqueurs et méprisants, même s’il existe pléthore d’exemples sont sans doute Justin et Cooper (saison 10, épisode 1). Et les premières questions du petit fonctionnaire insignifiant arrivent. Elles sont de plus en plus justes et précises à mesure que son enquête avance. Le mépris de classe initial du meurtrier se mue alors en une peur panique d’être démasqué, et nous nous délectons avec le lieutenant, qui traque sa proie avec la minutie de Manuel Valls à envoyer des textos les jours de nomination. Jusqu’à l’arrestation finale, juste car le salopard en face aura mangé un bout de parmesan au mauvais moment (saison 9, épisode 3 et l’anecdote du parmesan est tiré d’un fait divers authentique) ou car une de ses chaussures était mal lacée (saison 4, épisode 1).Cette véritable guerre psychologique, cet encerclement de sa proie avec la dernière question qui tue, c’est tout en même temps la vengeance de l’opprimé sur  » l’opprimeur », qui est quelque part puni par là où il a pêché, mais aussi le bon usage de la psychologie bienveillante. A savoir un Columbo jamais méchant, entier, pur, généreux et empathique. Il n’est pas politique le Lieutenant, il ne se venge pas, mais nous pourtant on se marre, et plus le salaud aura moqué notre lieutenant favori, plus on jubilera de le voir se faire serrer !! Oui, Columbo est une série avant-gardiste romantico-punk à tendance marxiste. Le lieutenant (son seul prénom clairement identifié !! y’a Franck aussi, mais il ne s’en sert pas) porte un charme fou, une malice totale, une espièglerie toute goguenarde. Et puis bien sûr, la femme de Columbo, toute une histoire. Il en parle tout le temps. « Quand je vais dire ça à ma femme « … Et on ne la verra pourtant jamais malgré des demandes récurrentes de fan-e-s quelle apparaisse. Une fois seulement, dans le terriblement nommé L’enterrement de Madame Columbo (Saison 9, épisode 4), il y a eu un cadre avec une photo d’elle. La caméra filme le cadre de dos et juste avant de voir la photo, l’image se coupera pour changer de plan !!



Il y a donc les mythes, mais aussi les tics et les tocs du lieutenant, qui n’a par exemple jamais de crayons et ne rend jamais l’objet une fois qu’il l’a taxé, s’arrangeant toujours de toute façon pour le récupérer. Il y a cette chute à mourir de rire dans l’épisode 2 de la saison 2, imprévue au script car c’est Peter Falk qui dévale un peu trop rapidement la pente… Et au final, ça sera aussi Columbo !! Et puis, une scène qui dit tout dans l’épisode Réaction négative (Saison 4, épisode 2) : Columbo doit interroger un témoin clé, SDF et qui littéralement mange la soupe populaire dans une cantine tenue à cet effet par des bonnes sœurs. Quand Columbo arrive sur place, la bonne sœur lui sert une soupe, car avec son impair et sa coupe de cheveux en braille, elle est persuadée que c’est un SDF lui aussi !! Il a beau essayer de lui expliquer, n’écoutant que sa piété, la bonne sœur l’assoit avec les autres SDF et le sert. Il finit tout en douceur par lui expliquer qu’il vient dans le cadre de son enquête… Elle l’interrompt… Et lui dit : « C’est pour ça que vous êtes venu habillé comme ça, vous êtes en couverture, pour vous fondre dans le décor !!  » Columbo lui sourit, et tout humble et généreux qu’il est, finit par acquiescer avant d’aller voir son témoin !!! Et puis Columbo, c’est aussi d’excellents méchants car il faut être deux pour faire un grand match !! Souvent des guets stars, et forcément au risque d’en oublier, on se rappellera de Robert Conrad, avec un épisode qui aura inspiré un véritable meurtre en France à Sarcelles !! Johnny Cash, Faye Dunaway, dans un inoubliable numéro de charme, trouble pour notre lieutenant…, George Hamilton, Martin Landau, Robert Vaughn, Gena Rowlands (même si elle n’incarne pas une méchante), William Shatner etc etc etc… Il y a également le jeune réalisateur de l’épisode Le livre témoin, un certain… Steven Spielberg



Mais le meilleur des meilleurs méchant est sans conteste Patrick McGoohan, présent dans 4 épisodes, et en ayant réalisé 5. Affreusement froid et hautain, mais curieusement très humain, il est incroyable. La complicité est évidente avec Peter Falk, on le voit notamment lors de l’épique épisode 3 de la saison 9 Votez pour moi avec un fou rire inoubliable de McGoohan suite à une blague assez nulle de Falk, et où l’on devine à quel point les deux s’amusent. Également lors de l’épisode 67 En grandes pompes, ou tous deux s’éclatent en chantant, c’est hautement jubilatoire et dépasse largement le cadre de la télé, on sent à plein la nez la belle histoire humaine entre ces deux-là. Peter Falk, au-delà du rôle-titre prend tout son temps à jouer les scènes, est très perfectionniste, retouche les scripts, et a même écrit l’épisode 62, dans lequel le lieutenant se laisse séduire par…Faye Dunaway, sans doute pour mieux la piéger et l’arrêter. L’ambiguïté demeure, mais la drague était savoureuse !! Il a également réalisé l’épisode 7 de la première saison. Peter Falk était une sorte de muse de John Cassavetes en tant qu’acteur, mais ils étaient surtout très amis dans la vie. Peter Falk a joué dans de nombreux films, notamment indépendants, mais pour tout le monde il est Columbo, et surtout Columbo est Peter Falk. Il a eu ce génie d’offrir pour l’éternité une identité si forte, si marquée, c’est une performance inégalée pour un acteur de série. Cette indissociabilité qui confère au génie dans la maîtrise de son art, lui vaudra légitimement 4 Emmy Awards. « Columbo m’a arraché de l’obscurité », dira Peter Falk dans une humilité toute Columbesque… Et puis il y a cette voix française, celle de Serge Sauvion… Rarement un doublage n’aura été aussi parfait, quelle performance. C’est aussi un émouvant souvenir magique… Grâce à lui et à l’émission radiophonique sur Europe 1 Crime Story (1988-1995), le lieutenant entrait dans ma chambre d’ado par le truchement de mon poste radio cassette, c’était irréel… Peter Falk et Serge Sauvion ont bercé nos belles années, nos parenthèses merveilleuses…
Car il pourrait largement être rédigé des tonnes de tomes sur cette série intemporelle, sachons nous arrêter, et nous vous disons : « Au revoir M’sieurs Dames…« 

Crédits: NBC / ABC

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