Critiques Cinéma

LES RIPOUX (Critique)

SYNOPSIS : René, vieux flic adepte des arrangements « à l’amiable » avec les petits truands, se voit adjoindre comme coéquipier François, un jeunôt frais émoulu de l’école de police. Avec l’aide de son amie Simone, il entreprend de convertir le rigoureux novice à ses méthodes, et pour cela commence par le mettre en relation avec une jolie call-girl, Natacha… 

Si ses années 70 furent prolifiques et en firent l’un des rois du box-office, ses années 80 n’ont pas grand chose à leur envier. Au début de cette seconde décennie de réalisateur, l’ancien cadreur Claude Zidi poursuit une carrière dans la comédie populaire et ses réussites commerciales ne se démentent pas : Les Sous-Doués, Inspecteur la Bavure, Les Sous-Doués en vacances et Banzaï, autant de films qui lui permettent d’avoir les coudées franches pour faire ce qu’il veut. Une liberté qu’il va mettre à profit pour surprendre avec un projet qui de prime abord, devait pourtant être dans la lignée de ses succès précédents. Tout démarre au Festival de Cannes, où Zidi dîne un soir avec le réalisateur Claude Barrois et un ami de ce dernier: « Autour de la table se trouve Simon Michaël. Ce dernier est un flic qui écrit depuis peu des scénarios pour la télévision, toujours dans le registre du polar. Il évoque alors les policiers ripoux, ceux qui échangent leurs silences contre des pots-de-vin. C’est la première fois que Claude Zidi entend le mot « ripou », « pourri » en verlan et il se dit que ce serait un excellent titre de film. Intéressé, il demande à Simon Michaël des détails sur leurs combines quotidiennes. A la fin du repas, il est persuadé que cela pourrait faire un bon film et il demande à Simon Michaël de travailler avec lui. » 1 D’abord imaginé dans une tonalité comique surfant sur la réussite des Sous-Doués mais se déroulant dans un commissariat, Les Ripoux met un temps à trouver la bonne carburation, les deux hommes n’étant pas convaincus par ce qu’ils écrivent. Si ils pensent un temps à Coluche, c’est en pensant à Philippe Noiret qu’ils changent totalement de braquet. L’idée est de déplacer le récit vers un univers plus social et plus complexe teinté de réalisme et avec Noiret en tête d’affiche, il est tout de suite plus simple de se projeter. Sans le savoir, le comédien va servir d’inspiration aux scénaristes pour donner vie au personnage de René Boisrond.

Pour dialoguer un tel film, Zidi pense tout de suite à l’évidence: « Zidi désire confier les dialogues à Michel Audiard pour avoir cet argot, cette gouaille typique de Montmartre, le quartier où officient René et François les personnages principaux… Michel Audiard accepte puis ne donne plus suite, accaparé par d’autres projets… Zidi ne perd pas de temps et propose les dialogues au fidèle Didier Kaminka »1 24 heures après avoir lu le scénario, Philippe Noiret accepte le film. Thierry Lhermitte lui avoue avec le recul : « Quand je reçois le scénario, je ne me rends pas compte de la chance que j’ai ! Je me rends bien compte que le scénario est bon… mais je ne mesure pas à quel point c’est bien… Je ne connaissais pas Philippe avant et on est devenus amis instantanément… » 2 « On avait un regard assez proche sur la vie, un certain détachement… » 3 Une relation idéale qui conditionnera tout simplement la réussite du film. Les Ripoux est produit à 100% par Claude Zidi et le film n’est pas très onéreux car fidèle à ses habitudes, le cinéaste tourne en décors naturels, conférant de fait un réalisme certain à son récit. « Le tournage se déroule pendant huit semaines, quasiment toujours en décors naturels sur les pentes de Montmartre. Un faux commissariat de quartier est installé dans une boutique… » 2

Autour de Noiret et Lhermitte, la distribution aux petits oignons achève de donner au film à la fois un cachet sociologique, mais aussi une gouaille typique du Paris du mitan des années 80. La présence de Julien Guiomar (tordant en commissaire « soigné » par des méthodes peu avouables par son fidèle Boisrond), Régine ou Grace de Capitani tous dans des registres différents est synonyme d’une véracité qui encre encore plus le film dans un témoignage de son époque. Et les rôles périphériques (Michel Crémadès ou René Morard par exemple) parachèvent cette sensation. Avec Les Ripoux, le naturalisme entérine sa présence dans le polar français, qui depuis La Balance entretient cette nouvelle veine. Simon Michaël: « Des films comme Les Ripoux, La Balance, L 627 amorcent ce mouvement plus naturaliste dans le polar au cinéma. Avant, c’était une police et des policiers très stylisés, on répétait une image de la police très inspirée d’Hollywood, c’était la police telle qu’on croyait qu’il fallait la montrer et non pas telle qu’elle était… » 2 De fait, Les ripoux s’avère extrêmement documenté et fourmille de détails vécus qui permettent de conférer au film un véritable caractère réaliste. Et la présence de Noiret y est aussi évidemment pour beaucoup:  « On a beaucoup tourné à Barbès et il déambulait parmi tous les habitués du quartier comme s’il en faisait partie depuis toujours. C’est cette faculté d’intégration qui l’a rendu magnifique… » 4

Les Ripoux va rencontrer un  succès phénoménal avec près de six millions de spectateurs et triomphera aux Césars à la surprise générale en remportant notamment les trophées du Meilleur Film et du Meilleur Réalisateur. Plus une étude de caractères et de personnages qu’un véritable polar, Les Ripoux est suffisamment enraciné dans la culture populaire pour convaincre le public qu’il regarde une histoire empreinte de réalisme dans laquelle il se retrouve. L’humour et le drame se répondent avec fluidité sans que jamais l’un ne prenne le pas sur l’autre. Fidèle à sa réputation, Zidi use d’une mise en scène efficace, sans fioritures. Il fait confiance à la force des dialogues de Kaminka et à son duo central qu’il a placé dans les meilleures dispositions. Et le scénario concocté avec Michaël possède tous les atouts pour que le film fonctionne de bout en bout et ravir un large public. Pour toucher tous les potentiels « clients » le film va même se décliner sous plusieurs médias. Les éditions Presses de la Cité commandent des livres avec les personnages écrits par Simon Michaël (et Jean-Louis Festjens) et même un jeu vidéo et un jeu de société seront mis sur le marché. Les Ripoux est une réussite sans pareille qui évidemment deviendra une saga avec deux suites, Ripoux contre Ripoux et Ripoux 3 ainsi qu’une série télévisée vite avortée, Les Ripoux anonymes. Mais le premier comme souvent a l’avantage de la surprise pour s’imposer dans le cœur du public comme un véritable classique du cinéma français.

1 Le cinéma de Claude Zidi de Thibault Decoster Editions Lettmotif

2 Claude Zidi En toute discrétion de Vincent Chapeau Editions Hors Collection

3 Interview Thierry Lhermitte in Schnock 18

4 Interview Simon Michaël in Schnock 18

Titre Original:  LES RIPOUX

Réalisé par: Claude Zidi

Casting: Philippe Noiret, Thierry Lhermitte, Régine…

Genre: Comédie

Sortie le:  19 Septembre 1984

Distribué par: –

EXCELLENT

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