Analyse

THIS IS US (Critique Série) Des amours trop grands pour des vies trop courtes…

ATTENTION SPOILERS : 

Cet article révèle certains rebondissements et nous vous conseillons sa lecture après le visionnage de la série

SYNOPSIS:  Selon Wikipédia, en moyenne 18 millions d’êtres humains partagent le même jour d’anniversaire à travers le monde. Mais il existe une famille, dispatchée entre New York et Los Angeles, dont quatre des membres sont nés le même jour ! Voici leur histoire drôle et émouvante…

Finalement, avec cette série anthologique, tout est un peu dans le pilote, les névroses, les fêlures les brulures… Mais surtout l’attachement complètement fou et irrationnel que l’on va porter aux personnages. Rebecca et Jack, au sommet de leur Himalaya d’amour ; Kate dans la lutte avec son regard sur elle-même ; Randall qui se cherche une filiation pour se trouver vraiment ; Kevin qui veut lui sortir de la superficialité. Le pilote est à découvrir pour les un-e-s et à redécouvrir pour les autres, tant tout s’y installe avec virtuosité pour aboutir à un twist renversant. C’est affaire de naissance, celle d’une série si puissamment empathique, celle du « Big Three », qui va les lier à vie, et nous avec. L’inoubliable Docteur K qui va permettre la prodigieuse et inconnue intensité de l’arrivée des triplés, et qui va être le premier à nous faire sortir les mouchoirs après ses conseils à Jack, face au traumatisme du deuil. On découvrira par la suite que This is Us a des actions chez Kleenex et que vous allez devoir faire un prêt bancaire tant il va vous en falloir… This is Us, c’est un véritable récit de transmission : « Quand on a avalé la pilule la plus amère qui soit, on la transforme en sucre d’orge » dit Docteur K à Jack pour surmonter la perte du troisième. Dans ce même épisode, quelques minutes après, Kate à Kevin :  » Rappelle-toi ce que disait papa… : Quand on a avalé la pilule la plus amère qui soit, on la transforme en sucre d’orge « . Toute la série est là. On comprend ce qu’ils sont devenus à l’aune de ce qu’étaient leurs parents. C’est puissamment intelligent en terme de mise en scène, et ça touche, ça prend, ça bouleverse. This is Us ou La dimension follement empathique de l’entreprise. Que nous soyons parents de nos enfants, ou enfants de nos parents, l’impact de ce que nous vivons, les angoisses et les bonheurs que nous transmettons, ou recevons, ou les deux, viennent dans sa totale réalité nous frapper au cœur et faire diaboliquement écho. C’est bien la puissance de pouvoir se reconnaître, de s’interroger sur la force de l’amour que l’on donne ou reçoit, qui bouleverse les fan-e-s que nous sommes…



This is Us, c’est une pure fluidité scénaristique, alors que la temporalité du récit dégage une forte complexité. La force émotionnelle de la narration arrive également à contourner la niaiserie guimauve. La musique abondante toujours au bon moment nous hypnotise et aimante le mouchoir à nos yeux, mais avec justement la nostalgie, la tendresse et pas la cucuterie. C’est précisément là qu’il existe une brillante virtuosité, nous émouvoir aux larmes, en contournant avec une immense habileté les navrants clichés du genre. C’est toujours pointu et jamais stéréotypé. Le sentimentalisme n’est pas béat, et parfois même la violence verbale est paroxystique comme l’explication entre Randall et Kevin de l’épisode 16 de la saison 4. On s’aime, on se déteste, on ne fait jamais autant de mal qu’aux siens, on vit. Les flashforwards, qui font peser une intensité folle et inédite à la future narration, mieux qu’un twist, un voyage dans le temps, qui donne envie d’en savoir plus encore et toujours. This is Us, c’est aussi ce temps meurtrier et destructeur. Hier, enfant. Demain vieillard. Aujourd’hui passe comme un souffle. Chaque vie dure 3 jours. A l’image de Randall et Rebecca dans l’épisode 10 de la saison 6 où la mère aide son petit à prendre des médicaments et ou le lendemain, c’est lui qui l’aide à ouvrir sa boîte de médicaments à elle… This is Us est une série avant tout bienveillante et résiliente… Des sentiments qui deviennent comme des concepts, tant hors la série, une forme de cruauté y compris morale semble s’imposer partout … C’est aussi pour cette raison que This is Us dénombre autant de fans, d’adeptes… Elle fait du bien, elle est positive, elle donne de l’espoir, elle ramène à l’essentiel… Elle glorifie l’altérité.Alors oui, la famille Pearson sans ses turpitudes permanentes peut lasser, mais jamais de mièvrerie, les scénaristes la frôlent mais cette vérité dont ils font un étendard permet encore et toujours de faire de notre petit cœur un gros shaker… This is Us, c’est une accumulation de tableaux, ou juste, et bien, on a envie de chialer avec eux… L’intensité des scènes d’amour filial, d’amour de couple, est une constante incroyable dans cette série… Des parcours brisés, des retrouvailles, des dislocations disséquées, This is Us nous parle avec sa prose, sa poésie propre de la fragilité du bonheur. Et puis This is Us, c’est ces petits détails qui nous hantent ensuite, et cette façon en mode prestidigitation du père de famille magicien Jack Pearson de rendre beau ce qui ne l’est pas, d’abord car on le vit ensemble. Car c’est nous, car c’est This is us. L’illustration parfaite est la tradition familiale de Thanksgiving. Quand la voiture ne permet pas d’aller voir les grands parents qu’on n’aime pas trop de toute façon. Panne de voiture, c’est Thanksgiving, c’est férié, pas de dépannage possible. Résultat, avec les enfants, 5 kilomètres ½ de marche, vers un miteux motel le « Painwood Lodge ». Jake emprunte le chapeau de pèlerin un peu pourri de Rick, le propriétaire du motel. Ils mangeront des crackers sec et des hot-dogs froids. Ils regarderont Police Academy 3 (c’était ça ou… 9 semaines et ½). Ils font une fête du pire des cauchemars. Avec Jack, clairement, on chante sous la pluie. Et bien sûr, les trois devenus grands garderont tous ces rituels à chaque Thanksgiving, au grand dam parfois de la famille qu’eux même ont construit.



This is Us, c’est nous dire que tous avons des squelettes dans les placards, des baleines sous les graviers… Les détails de notre enfance, qui deviennent parfois des grands vertiges une fois adulte. Réussir à en faire quelque chose qui fait grandir, qui élève, et pas qui réduit oui qui tétanise. Peu importe leur intensité, et c’est bien ici que la fresque des Pearson, c’est la nôtre… L’ultime épisode de l’ultime saison nous montre que l’on commence par être poussé sur une balançoire, puis on pousse sur une balançoire, puis celui ou celle que l’on poussait, poussera à son tour…. Evident cycle de la vie, déployé dans This is Us avec une infinie grâce et une profondeur bouleversante… Dérobons l’idée à l’excellent Benoit Lagane, entre autres expert de cette série, qui nous dit bien que le « us » de This is Us, au-delà du « Nous » hautement empathique et universel, c’est aussi le US de USA… Et oui, on navigue en effet de Reagan à Trump, avec entre autre les fractures ethniques, les fantômes de l’histoire du pays, les traumas du Vietnam avec Jack et Nicky, les drames raciaux, notamment de l’affaire George Floyd à travers l’évolution politique de Randall et bien sur nos récentes vies confinées, avec par exemple l’épisode 8 de la saison 5, qui regroupe à lui seul et en 43 minutes le blocage de nos interactions en temps de COVID. Un bijou de témoignage de nos vies entravées. Le drame de l’intime des Pearson qui nous fait voyager dans le drame de l’intime des Etats-Unis. On est au moins dans le talentueux récit de Forest Gump (1994).



Par contre, voilà, c’est fini… This is Us est fini… C’est la fin d’un monde. S’il faut retenir quelque chose ce cette variation exceptionnelle sur des amours trop grands pour des vies trop courtes, c’est qu’il faut aimer, aimer encore, et le dire, ne pas perdre une seconde. Et si finalement, afin de faire mentir l’adage Sartrien, avec This is Us, on convenait que le paradis c’était les autres… du moins les nôtres, ceux qu’on aime, qu’on a choisi d’aimer.

Clap de fin, sur le spectacle à destination de Rebecca, mis en scène par Jack et interprété par le Big Three :

« Hé la bande des trois entrez en scène !!!

Kevin : « D’abord y’a eu moi, et papa a dit « Hourraaaa « 

Kate : « Et puis il y a eu moi, et maman a dit « Ouahhhhh« 

Randall :  » Et ensuite, il y a eu moi et on a dit « Et de trois »

Pour les trois, pour les trois « 

Crédits: NBC

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