Critiques Cinéma

THE PARTY (Critique)

SYNOPSIS: Hrundi V. Bakshi, un acteur indien, est engagé par un studio hollywoodien pour interpréter un soldat indigène dans un remake de Gunga Din. Faisant preuve d’une terrible maladresse, il fait exploser un coûteux décor. Exaspéré, C.S. Divot, le producteur, demande à ce que le nom de Bakshi soit inscrit sur une liste noire. Mais suite à un quiproquo, le comédien indien se retrouve en fait invité à la soirée annuelle du studio… 

C’est la septième fois que le réalisateur Blake Edwards travaille avec Peter Sellers. Ils avaient notamment œuvré pour notre plus grand plaisir sur la série La Panthère Rose, débutée en 1963. Ici vont régner la loufoquerie et les extravagances, sorte de marque de fabrique du cinéaste, même s’il aura su aussi diversifier son œuvre. Il recevra d’ailleurs en 2004 un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Dans The Party, on est très vite chaudement installés dans le burlesque coloré. Peter Sellers avec son air plus ou moins faussement ahuri, avec son costume aux teintes pétantes, met les pieds dans le plat à tout de point de vue à chacun de ses mouvements ou propos. Et ce serveur qui en trois minutes a déjà sifflé deux verres de Scotch en douce. Tout l’art du running gag décalé. Ce n’est bien sûr que le début. On sent d’emblée qu’on va connaitre peu de répit tant le comique de situation s’accumule. Tout va être prétexte à la bouffonnerie en pagaille, dans un huis clos ou Peter Sellers va à peu près tout utiliser sur un mode assez phénoménal de gaffes en tous genres. C’est en gros le guide de tout ce qu’il ne faut pas faire en soirée. «  C’est très agréable de s’amuser quand on s’amuse »,.  il ne trouvera rien d’autres à dire, tout troublé de la présence de Michelle Monet (Claudine Longet). Il va exceller dans le rôle de l’intrus malgré lui, du trouble-fête. Insupportable pour tous, irrésistiblement et irrémédiablement attirant pour elle. Mix entre Pierre Richard dans l’exacerbation des maladresses et Jean Rochefort dans le petit air en biais qu’il prend pour s’excuser de s’excuser, dans une flegmatique politesse toute britannique. Le morceau très doux et délicat Nothing to loose est interprétée par Claudine Longet herself. Tout en charme, qui va envoûter Sellers



La mise en scène repose pleinement sur les bêtises de Sellers, qui ne quitte à peu près jamais l’écran pour notre plus grand bonheur. Tout ce que celui-ci touche devient comme une boue marécageuse comme contagieuse pour tous les invité-e-s. Les différents plans sont d’une ingéniosité folle pour permettre des vannes, des sketches, des situations ahurissantes toutes les 15 secondes à peu près. Il est à souligner qu’initialement, le scénario ne faisait que 65 pages, et qu’ainsi, Peter Sellers a pu laisser libre court au meilleur de son improvisation, ajoutant une dose de spontanéité aux situations, autant qu’à nos rires. Car clairement le spectateur attend le drame, est comme suspendu, aux aguets. La petite musique d’ambiance qui accompagne la soirée en rajoute dans le décalage avec les situations grotesques qui se succèdent. L’ensemble de la composition musicale de The party est dûe à Henry Manicini, qui aura collaboré 34 fois avec Blake Edwards… On attend et on craint en même temps le bouquet final, tant Sellers n’en finit pas de convoquer le pire à chaque seconde. On ne sera pas déçus…. Tout avec lui devient une arme comique de destruction massive, d’autant plus dans le luxe de cette soirée, où l’utilisation des espaces sera optimisée à des fins humoristiques absolues. A l’image de la démolition en règle des WC sous fond de musique Jazzy, cette scène et tant d’autres, rappelleront inconditionnellement aussi bien les Marxs Brothers que Chaplin… On est au moins dans ce registre là avec The Party.



Le tout vient aussi comme une exceptionnelle satyre de la bourgeoisie du monde de la production cinématographique, déployée l’air de rien dans l’attaque totale à une pleine superficialité et dans l’apanage du paraître. Notamment la scène aussi drolatique que brutale et immorale où Peter Sellers mange plus bas que tout le monde, même si lui l’invité différent s’en amuse en en faisant des caisses. Il va prendre le pouvoir en toute discrétion…Le cynisme en quasi ellipse souligne l’antinomie entre les enjeux artistiques et financiers. L’influence de Tati est bien là chez Edwards. On avait commencé plus ou moins en douceur avec la chaussure de Sellers qui arrive assez miraculeusement dans un plat de petits-fours, et on finit dans une orgie festive, musicale et moussante pour un bain shampouinant pour éléphant repeint par des hippies, dans la piscine de l’hôte argenté et coincé !! Et ces musiciens, tels que dans le Titanic, mais ici dans un naufrage hilarant, qui jouent, forcément imperturbables. La lutte des classes s’invite dans cette farce moussante, qui tourne au délire total et à la poésie de l’absurde, dans une débauche finale assez jubilatoire.

C’est d’ailleurs le triomphe de l’authenticité avec Peter Sellers et Claudine Longuet, qui fuiront cette maison luxueuse, qui n’en est plus vraiment une, pour convoler librement, après avoir joyeusement saccagé nombre de symboles du matérialisme. Claudine Longet est parfaite dans celle qui rêve d’un ailleurs, qui veut fuir le cynisme et la monotonie. Rien de mieux que Peter Sellers pour l’accompagner dans ce dessein. Peter Sellers est diabolique. Imitateur et roi du déguisement au début de sa carrière, Il est ici ce parfait clown qui a la comédie qui infuse partout en lui. Ses mimiques, ses gestes, sa folie de chaque instant sont une régalade, il ne joue pas, il s’amuse, et nous aussi, tellement. The party est une redoutable énorme farce, qui reprend grâce au duo Edwards / Sellers ce qu’il y a de mieux dans l’esprit de La Panthère Rose, avec le même sens de l’extravagance, qui mérite largement le détour et le fou-rire. Une comédie totale. LA comédie.

Titre Original: THE PARTY

Réalisé par: Blake Edwards

Casting : Peter Sellers, Claudine Longet, J. Edward McKinley …

Genre: Comédie

Sortie le: 13 Août 1969

Reprise le : 26 Juillet 2022

Distribué par: Splendor Films

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