Critiques Cinéma

PLEIN SOLEIL (Critique)

SYNOPSIS: Tom Ripley est chargé par un milliardaire américain, M. Greenleaf, de ramener à San Francisco son fils Philippe qui passe de trop longues vacances en Italie auprès de sa maîtresse Marge. Tom entre dans l’intimité du couple et devient l’homme à tout faire de Philippe qui le fait participer à toutes ses aventures sans cesser de le mépriser. 

Plein soleil, c’est d’abord une adaptation. En effet, Tom Ripley naît sous la plume de Patricia Highsmith en 1955 dans Le Talentueux M. Ripley . Quatre autres romans viendront parfaire son parcours criminel. C’est même une première adaptation, car deux autres suivront, L’ami américain (1977) de Wim Wenders, avec Dennis Hopper, puis Le talentueux M. Ripley (1999) avec Matt Damon cette fois ci pour incarner le rôle principal. Le succès de Plein Soleil est international et fera dire à Patricia Highsmith que c’est ici la meilleure adaptation d’un de ses romans, mieux encore que L’inconnu du Nord Express (1951) de Sir Alfred Hitchcock.Plein soleil sera considéré comme le chef d’œuvre de René Clément, à l’œuvre prolifique et notamment auteur de l’inoubliable Jeux interdits (1952) ou de l’historique Paris brûle-t-il ?  (1966) Il émane de Plein soleil  une sensualité troublante. Au-delà de l’incommensurable beauté d’Alain Delon, c’est en effet tout son corps qui est ici capté par la caméra de René Clément. Il le filme souvent torse nu, mais point besoin de cette semi nudité, pour mettre en exergue le magnétisme de Delon. C’est comme un mouvement perpétuel, avec un acteur qui sensualise l’ensemble de ses mouvements, de ses attitudes. Qu’il s’agisse des jeux de domination sous fond de lutte des classes avec Grennleaf (Maurice Ronet) dans une sorte de corps à corps pseudo amical, mais très charnel (Ripley est bisexuel dans le roman initial) ou bien sûr de sa relation à Marge (Marie Laforêt), Delon est comme Appolon, son charisme est divin. Tout au long du film, c’est le drame de sa jalousie qui est ici exposé, sorte de complexe ultime dans ce pêché d’avidité qui guide le malin. L’œuvre à cet égard est quasi biblique ou à minima rappelle une lutte des classes, qui donne ce ton universel à Plein soleil.



Le thriller se construit autour de ce désir malsain de Delon, qui va comme enregistrer des micro-humiliations avant d’assouvir son dessein macabre et nous entraîner avec lui dans un vertige, une chute. S’installe alors ce que cherche sûrement René Clément, dans la dualité et l’ambigüité du spectateur face à l’anti héros. Delon omniprésent à l’écran, rayonnant, beau comme un dieu, passant à plusieurs reprises très près de l’arrestation, nous fait osciller entre soulagement et envie de justice réparatrice. Cette dimension psychologique du thriller où le réalisateur joue avec notre morale est d’une remarquable intelligence de mise en scène et jouissive d’un point de vue anthropologique. Dans sa fuite, avec la culpabilité qui les sépare, Delon fait penser à Cary Grant dans La Mort aux trousses (1959). Même façon de filmer l’angoisse latente, les disparitions opportunes et les multiples identités et qui donne à Plein soleil  une dramaturgie toute Hitchcockienne. Contrairement à ce qui émane d’un Alain Delon ici au sommet de son art, l’ambiance délétère entre lui et Marie Laforêt sur le tournage fera dire à cette dernière à propos de Delon : « C’est du vernis, mais avec rien à l’intérieur« . Selon l’actrice, des propos plus que limites, des moqueries, auraient d’emblée eu raison d’un possible lien. Pour autant, l’acteur ne s’est pas fâché avec tout le monde, car il a entretenu une vraie belle complicité avec Maurice Ronet, qui est comme assez évidente à l’écran. Ils joueront à nouveau ensemble dans Les Centurions (1966), Mort d’un pourri (1977) et La piscine (1969) où Delon assassinera à nouveau Ronet !!!



Au chapitre des anecdotes, Delon était initialement pressenti pour incarner le milliardaire Greenleaf, et il aura fallu l’intervention de Bella Clément, épouse du réalisateur pour convaincre que Delon devait hériter du rôle-titre de Tom Ripley. Bien lui en a pris, tant la carrière de celui qui allait devenir un héros national a ensuite décollé. Plein Soleil a entre autres ébloui Visconti qui fera venir l’acteur pour Rocco et ses frères  (1960). Avec Plein soleil, le regard de Delon est incandescent, la toxicité de son charme comme vénéneux, filmé dans une Italie aux couleurs bouillantes, et qui va offrir à l’acteur français ce qui va devenir comme une première emprise à tout ce qu’il va ensuite toucher du doigt. Son charisme est fou et son interprétation reste en mémoire, il est envahissant et c’est un plaisir. C’est en effet ici la naissance d’une icône éternelle. Sa prestation est complètement écrasante, malgré bien sur tout le talent et le charme aussi bien de Maurice Ronet que de Marie Laforêt. Plein soleil se revoit avec délectation, tant il est sensuel, haletant, et même un peu politique dans son propos. C’est une œuvre dense, d’ampleur, et qui en quelque sorte «  a fait  » Alain Delon, lui donnant un début d’envergure, qui permet un plaisir infini, une jubilation quasi orgasmique pour tout amateur de cinéma.

Titre Original: PLEIN SOLEIL

Réalisé par: René Clément

Casting: Alain Delon, Marie Laforêt, Maurice Ronet…

Genre: Thriller

Sortie le: 10 Mars 1960

Distribué par: –

EXCELLENT

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