Critiques Cinéma

FESTIVAL D’ANNECY (Jour 4)

On ne lâche rien à Annecy pour les derniers jours du festival ! Au programme : l’Asie sous toutes ses coutures, et la création d’un petit héros bien connu en France…


Le Petit Nicolas : Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?

 

 

SYNOPSIS: Penchés sur une large feuille blanche quelque part entre Montmartre et Saint-Germain-des-Prés, Jean-Jacques Sempé et René Goscinny donnent vie à un petit garçon rieur et malicieux, le Petit Nicolas. Entre camaraderie, disputes, bagarres, jeux, bêtises, et punitions à la pelle, Nicolas vit une enfance faite de joies et d’apprentissages. Au fil du récit, le garçon se glisse dans l’atelier de ses créateurs, et les interpelle avec drôlerie. Sempé et Goscinny lui raconteront leur rencontre, leur amitié, mais aussi leurs parcours, leurs secrets et leur enfance. 

On attendait ce film de pied ferme, parce que Le Petit Nicolas a bercé notre jeunesse notamment en école primaire… Quelle joie alors de découvrir l’un des plus beaux films du festival ! Passé discrètement par Cannes cette année, Le Petit Nicolas – Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ? raconte en animation la création du personnage par Jean-Jacques Sempé et René Goscinny dans la France d’après-guerre, 10 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce qui était une idée rigolote pour les deux amis, va vite devenir pour ses créateurs une catharsis de leur enfance certes, mais aussi une évocation touchante de ce qu’ils n’ont jamais vécu. En alternant les transpositions de certaines histoires fortes publiées par le duo et un dialogue entre eux et leur gentille création littéraire, le film se perd parfois dans un faux rythme répétitif sur sa conclusion, mais qui a le mérite de faire sourire, rire, et même pleurer sur la fin.

Au doublage, Alain Chabat et Laurent Lafitte s’en tirent à merveille et offrent à Sempé et Goscinny une nouvelle voix, humaine et chaleureuse. Plus concrètement, le film de Benjamin Massoubre et Amandine Fredon a le bon goût de ne pas sombrer dans la nostalgie tout en reconnaissant le pouvoir de la fiction sur les âmes tristes. Un très beau sacerdoce qui offre à ce film une douceur exquise et une envie immédiate de le revoir.




No.7 Cherry Lane

SYNOPSIS: Dans les années 60, avec la montée du confort matérialiste, un dangereux courant sous-jacent émerge à Hong Kong. Ziming, étudiant en premier cycle universitaire, est partagé entre ses sentiments pour une mère exilée volontaire, Mme Yu, et sa belle fille Meiling. Il les emmène assister à diverses projections de cinéma et la série de moments magiques sur le grand écran révèle au grand jour des passions interdites.

Direction le Hong Kong de la fin des années 60 dans le film de Yonfan N°7 Cherry Lane. Un OVNI du festival qui a profondément divisé les spectateurs – et c’était déjà le cas lors de son passage à Berlin, même s’il en est reparti avec l’Ours d’Argent du meilleur scénario. Dur en effet de décrire le film du réalisateur chinois : un récit de coming-of-age, un film historique, une plongée dans la psyché trouble d’une mère qui tombe amoureuse du tuteur de sa fille adolescente ? Le film est un peu tout ça à la fois. Directe évocation du Lauréat de Mike Nichols dont le titre apparaît sur la façade d’un cinéma, le drame de Yonfan se distingue aussi par sa patte visuelle inédite, qui mixe plusieurs techniques d’animation (y compris le pop-art lors de séquences rendant hommage à… Simone Signoret !) pour un résultat parfois foutraque mais finalement assez fascinant.

Avec son triangle amoureux et son rythme langoureux qui nous donne l’impression de contempler un film d’animation fait par Wong Kar-wai, le film ne fera pas l’unanimité avec son histoire minimaliste et ses scènes érotiques de rêve assez déconcertantes – mais hypnotisantes tant le réalisateur utilise au maximum les possibilités de l’animation pour entrer dans le cerveau de son héroïne. Malgré quelques fautes de goût, notamment avec le personnage de voisine finalement mal exploité, on sort du film envoûté par la proposition de Yonfan et la certitude que l’on ne reverra pas un film d’animation aussi polarisant de sitôt…

Inu-Oh

 

 

SYNOPSIS: Inu-Oh est né avec des caractéristiques physiques singulières. Un jour, il rencontre Tomona, un joueur de biwa aveugle. En l’écoutant jouer une chanson délicate à propos de l’enchevêtrement des destins, Inu-Oh se découvre un don incroyable pour la danse. Inu-Oh et Tomona deviennent inséparables et utilisent leur créativité pour survivre en marge de la société, s’attirant popularité et renommée.

Parrain du MIFA cette année, le réalisateur japonais Masaaki Yuasa était également présent pour présenter au public son nouveau film : Inu-Oh, une histoire de vengeance sur fond d’opéra-rock dans le Japon féodal. Oui, vous avez bien lu. Très loin de la romance aquatique de Ride Your Wave présentée à Annecy en 2019, le créateur de Devilman Crybaby (pour vous situer un peu le niveau) revient à une forme plus sombre et violente avec cette histoire de vengeance qui suit un duo d’artistes – l’un aveugle, l’autre difforme, tenter de raconter leur histoire en musique.  Avant cela, il faut subir (à défaut d’un autre terme) une demi-heure pénible, interminable, qui met en place de manière bordélique les enjeux de l’histoire. C’est par moments incompréhensible, et si le visuel tient évidemment la route, il faut accepter de ne pas comprendre grand-chose à la temporalité de ce premier acte qui nous fait questionner la hype du film…

Mais dès le premier numéro musical qui convoque Bowie, Prince, Deep Purple et évidemment Queen, on comprend pourquoi l’exposition était si longue. Pendant près d’une heure, de longs morceaux de parfois 10 minutes accompagnent le récit et les histoires chantées par le binôme principal. La foule est en délire, les artifices et les chorégraphies de plus en plus spectaculaires. On reste soufflés par la qualité des chansons cohérentes avec le récit, et qui dynamise la mise en scène.

Si l’ensemble redevient long sur la fin, la confusion initiale du scénario trouve enfin quelques réponses et permet presque de justifier ce premier acte inutilement bordélique. Yuasa retombe sur ses pattes et se permet un éclair d’émotion dans son épilogue, touchant et pourtant terriblement contemporain sur la possession de l’art par ceux qui le font. Un discours on-ne-peut-plus-actuel qui nous ferait presque penser, avec évidemment moins d’hémoglobine, à ce qu’a vécu Taylor Swift avec son ancienne maison de disques ces dernières années…

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