Critiques Cinéma

AMANTS SUPER-HEROÏQUES (Critique)

SYNOPSIS : Anna est une dessinatrice impulsive et frivole. Marco est un professeur de physique carthésien. Au cours d’une soirée pluvieuse, le destin provoque leur rencontre…

Le réalisateur d’ Amants Super-Héroïques , Paolo Genovese, s’est surtout fait connaître avec son long métrage Perfetti Sconosciuti (2016). Ce dernier va servir d’adaptation en France au film Le jeu  (2017) de Fred Cavayé. Le pitch, très original, et qui fera parler, est notamment de poser son téléphone lors d’un diner et de lire en public le contenu à voix haute de n’importe quel type de messages reçus (SMS ou réseaux sociaux). Jeu dangereux, qui rend public le privé. Ce film de Paolo Genovese a été adapté 19 fois, un record mondial !! Ici, le réalisateur romain aborde un sujet plus classique et conventionnel en décryptant une rencontre de deux contraires, et en interrogeant le destin sur le caractère hasardeux ou non de ce qui se joue sentimentalement entre deux êtres. D’emblée la rencontre fortuite entre Anna (Jasmine Trinca) et Marco (Alessandro Borghi) est toute sympathique. Un petit air de déjà vu sans doute dans la découverte des pointes névrotiques de l’iceberg de l’autre.. Mais globalement, le moment est très charmant. Vient s’y greffer I’m Yours  (2008) de Jason Mraz (si, si, vous la connaissez), et qui colle à ce petit magnétisme tout simple et choupi. Dans la mise en scène, quelques moments un peu carte postale, mais comme le charme du début ne quitte pas le film, tout passe très bien. Les alternances temporelles volontairement bordélisées nous perdent, sans doute justement très subtilement, histoire de nous montrer que ce qui compte est le lien, peu importe le moment. C’est d’ailleurs tout l’objet des Amants super-héroïques, dont le message est hautement universel et empathique.



La distinction entre destin et hasard est loin d’être inintéressante. Car oui, si on remonte le fil, et s’il s’était arrêté de pleuvoir dix minutes plus tôt ??? Pas d’abri, pas de rencontre, pas d’histoire. Tout est toujours comme ça pour tout et pour nous tous. Il y a donc universalité. On le sait avant le film. Mais au-delà du hasard, le point de vue du cinéaste est de nous dire que si l’on est heureux du résultat de ces hasards un peu fous, alors le hasard devient destin. C’est intelligent et surtout c’est une belle et généreuse idée. Après une décennie au moins en tête à tête, le super héroïsme des amants va être de terrasser la terrible incommunicabilité qui s’installe dans le couple. Autant dire que le méchant est super méchant avec des superpouvoirs bien puissants ; Comme l’usure, la fuite du désir, l’exacerbation des petits défauts du quotidien, qui de périphérique deviennent un enjeu de centralité. Entre Anna et Marco, C’est alors le bal du «  Fuis moi je te suis etc…  ». L’autre devient tellement plus intéressant quand il est parti, plus là, inaccessible. Cette éternelle insatisfaction. C’est un peu aimer quand l’autre s’en va, car on est sûr qu’il revient. Anna le dit d’ailleurs au sujet de Marco : « Il me manque quand je sais que passé le chaos du monde, il n’est pas là le soir« . Le réconfort de l’autre. Toute l’écriture est un peu comme ça, c’est intelligent et sensible à la fois. Le couple dans Amants super-héroïques , c’est aussi un duo, une solidarité, une lutte contre la solitude. Comme tous les films du genre, il interroge la vitesse du temps qui défile à un moment où le recentrage inéluctable et inestimable qui va avec, se fait sur l’essentiel, ceux qu’on aime. Ou comme le disait avec son terrible désespoir Orson Welles : « On naît seul, on vit seul, on meurt seul. C’est seulement à travers l’amour et l’amitié que l’on peut créer l’illusion momentanée que nous ne sommes pas seuls.« . C’est aussi la peur de regretter, et ce propos très profond, le film le mène avec beaucoup de tendresse et de finesse. Tout la dernière partie est même clairement déchirante, et retrouve l’énergie du récit initial, qui se perd gentiment en conjectures un peu superflues dans son ventre mou.


Dans la mise en scène, l’on sent le goût de Paolo Genovese pour notamment poser dans son cadre une intensité quand il filme un couple. Se met alors en place des jeux, des plans avec une véritable force. Il use aussi par moments de jolis effets visuels et stylistiques, notamment au travers des personnages de la BD, qui viennent donner encore plus de coloration à un film qui n’en manque pas. Alessandro Borghi est un Marco très incarné, notamment dans l’évolution qui est la sienne sur son rapport très scientifique au temps, qu’il met à l’épreuve de son lien à Anna. Il oscille en douceur régulièrement entre un cartésianisme qui est un peu son être constitutif et l’homme social et amoureux, face à une Anna en effet plus volage. Jasmine Trinca dans le rôle d’Anna est solaire, prend la lumière et on la devine presque amoureuse de son personnage, qu’elle fait vivre avec une très belle alternance d’enthousiasme irrationnel, mais aussi de gravité. Elle capture la caméra avec une élégance vraiment intéressante. Amants super-héroïques se regarde avec gourmandise, et traverse avec sérénité et pertinence les classiques du désordre amoureux. Plus de folie n’aurait pas nuit, mais le récit est fort, l’écriture très stylée, et on adhère pleinement à l’histoire. Notamment dans sa dernière partie, avec une lumière finale, qui est toujours une vérité très essentielle. Mais ça… Ce sera à vous de le découvrir.

Titre Original: SUPEREROI

Réalisé par: Paolo Genovese

Casting : Jasmine Trinca, Alessandro Borghi, Vinicio Marchioni …

Genre: Comédie, Drame, Romance

Sortie le: 03/08/2022

Distribué par: L’Atelier Distribution

TRÈS BIEN

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