Critiques Cinéma

LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES QU’ON FAIT (Critique)

SYNOPSIS: Daphné, enceinte de trois mois, est en vacances à la campagne avec son compagnon François. Il doit s’absenter pour son travail et elle se retrouve seule pour accueillir Maxime, son cousin qu’elle n’avait jamais rencontré. Pendant quatre jours, tandis qu’ils attendent le retour de François, Daphné et Maxime font petit à petit connaissance et se confient des récits de plus en plus intimes sur leurs histoires d’amour présentes et passées… 

C’est tout sauf un hasard si Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, dixième long métrage d’Emmanuel Mouret a été multi-récompensé au festival du film romantique de Cabourg en 2021, avec notamment le prix du meilleur film. C’est également tout sauf un hasard si l’inspiration de son réalisateur provient de Rohmer, car tout comme son maître, Mouret excelle sur la tentation, le désir, la littérature dans les dialogues et l’épure dans la mise en scène. D’emblée, les charmes respectifs candides de Daphné (Camélia Jordana) et Maxime (Niels Schneider) opèrent et imprègnent. Charme individuel mais aussi d’un duo tout de suite assez magnétique. On entre très vite dans le passé amoureux de Maxime avec Victoire (Julia Platon), qui planifie ses sentiments… Paradoxe des temps…. Au détour de sa soirée de départ au Japon, des réflexions et échanges bien senties sur le paradigme amoureux, entre pragmatisme glaçant d’une part et la distinction entre le sentiment amoureux et l’amour d’autre part. On sent vite qu’Emmanuel Mouret veut pousser fort la réflexion. « Si on avait jamais entendu parler d’amour, on ne penserait pas tomber amoureux » de François de La Rochefoucauld qui vient comme atténuer ce que l’on considère comme spontané, enflammé et qui guiderait le monde. On est un peu à l’oral du bac de philo, mais si on aime l’amour, on est servis délicieusement à chaque seconde.


Cette musique classique lancinante, Chopin, Vivaldi, Mozart, et particulièrement Debussy et son arabesque N°1, colle tellement au caractère gracieux du film, apporte cette légèreté dans l’air, c’est frais et on se sent bien. Notamment Barcarolle d’Offenbach, entendu entre autres dans La vie est belle (1998) et dont les paroles d’amour, entre ivresse et tendresse en disent tant sur nous, sur eux, sur ce film qui a démarré depuis 17 minutes seulement, et avec déjà tant de force narrative déployée. C’est littéraire, c’est musical, d’une grande délicatesse, c’est un peu du satin, mais sans artifice.  Les mises en abyme de leurs périples sentimentaux nous égarent délicieusement dans le temps… Les squelettes dans le placard, les baleines sous les graviers, notre passé amoureux est avec nous, en nous… L’apparition lunaire (forcément) de François (Vincent Macaigne), vient alors compléter une magnificence des interprétations, un plaisir, un régal. Les retours dans le présent dans cette rencontre confidente entre Maxime et Daphné sont assez radicaux et déstabilisants, mais jamais lassants. Les trahisons en série vont être banalisées et viennent aussi parler de la volatilité du sentiment amoureux. Un peu comme dans Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001) où Amélie démontre bien au travers de la romance bien contrariée entre Georgette (Isabelle Nanty) et Joseph (Dominique Pinon) que l’on peut très subitement tomber amoureux dès lors que l’on sait que l’autre nous aime !!! C’est tout l’enjeu de la coexistence du surmoi dans l’amour. Encore le bac de philo…



Il y a les confidences dans la confidence, qui nous éloigne du coup doublement du présent. Mais la légèreté demeure, c’est une force de mise en scène somptueusement délicate. Le rythme n’est jamais cassé, l’énergie est folle. La photographie, très harmonieuse et précise contribue à la douce addiction que l’on vit avec ce récit. On tombe très progressivement amoureux de ce film sur l’amour, où tout le monde tombe amoureux aussi. Le pari de Mouret est réussi. L’on sent et devine le plaisir du réalisateur à filmer les multiples parades amoureuses et autres chassés croisés éperdus de ses protagonistes, il parvient sans peine à nous le partager, tant son talent inventif de cinéaste est éclatant. Le désir qui s’installe entre Daphné et Maxime, dans leurs douces promenades, ce partage d’intimité au travers leurs récits sentimentaux tourmentés, qui devient en soi un jeu de séduction, est pourtant un impensable interdit, mais vient aussi questionner la lutte ou l’abandon au désir. Et s’il s’agit de l’histoire principale, celle-là et toutes les autres, interrogent plus généralement et particulièrement ce qui se joue entre hommes et femmes, dans la rencontre, dans cette folie amoureuse, de l’irrationalité d’un sentiment que l’on ne maîtrise pas, et qui pourtant guide le monde. Cette variation si fine, qui illustre que du jour ou lendemain, au hasard d’un angle de rue, et d’un regard, tout peut basculer et donne un drôle de vertige. C’est aussi comme une rage contenue, une violence si intérieure.



La confession ultime de François, dernière mise en abyme de la mise en abyme viendra parachever la pensée d’un film sur la tyrannie des sentiments, sur les trahisons, sur l’effondrement des contes de notre enfance, et sur la difficulté voire l’imposture de l’amour unique une seule vie… Ceux qu’on aime véritablement doivent-ils être ceux avec qui on vit ? Aimer l’amour ou aimer l’autre ? Et finalement, se dire comme Jean Gabin « qu’on sait qu’on ne sait jamais« , et que, la femme ou l’homme de sa vie, c’est une fois sur son lit de mort que l’on sait de qui il s’agit…. «  J’aimerais que ce film soit une ode à notre inconstance  » disait Emmanuel Mouret.  Camélia ici est une dame… Le reste du casting s’est fait autour d’elle, et ce n’est pas étonnant, tant elle irradie, alors qu’elle a en face, là aussi beaucoup de talents. Ici, elle touche au cœur. Vincent Macaigne est très beau et touchant… Ses mouvements, sa forme de fluidité, le grain de l’image semble être fait pour lui, lui sied au teint. Tendre et sobre comme le voulait son réalisateur, Il est magnifique. Neils Schneider est un troublant candide, un parfait ingénu ; Guillaume Gouix crève l’écran, il est comme hypnotique par moment ; Emilie Dequenne, toujours aussi incroyablement juste et engagée, récompensée pour ce rôle du César 2021 de la meilleure actrice dans un second rôle. Oui, il y a ce qu’on dit, ce qu’on fait, et puis aussi ce qu’on pense, qu’on enfouit… Mouret, tout en profondeur, en littérature et en poésie, écrit, peint et éclaire d’une luminosité sublime la valse-hésitation, il donne envie d’aimer encore plus l’amour, merci à lui…

 

 

Titre original: LES CHOSES QU’ON DIT, LES CHOSES QU’ON FAIT

Réalisé par: Emmanuel Mouret

Casting: Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne …

Genre:  Drame, Romance, Comédie

Sortie le: 16 septembre 2020

Distribué par : Pyramide Distribution

4,5 STARS TOP NIVEAU

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