Critiques Cinéma

5ème SET (Critique)

SYNOPSIS: À presque 38 ans, Thomas est un tennisman qui n’a jamais brillé́. Pourtant, il y a 17 ans, il était l’un des plus grands espoirs du tennis. Mais une défaite en demi-finale l’a traumatisé et depuis, il est resté dans les profondeurs du classement. Aujourd’hui, il se prépare à ce qui devrait être son dernier tournoi. Mais il refuse d’abdiquer. Subitement enivré par un désir de sauver son honneur, il se lance dans un combat homérique improbable au résultat incertain… 

Ana Girardot qui joue le rôle de Eve, la compagne de Thomas, le personnage principal du film, parle avec grande justesse de 5ème set  comme « d’une véritable expérience« , quasi sensorielle. Le réalisateur Quentin Reynaud ajoute : « J’aime quand le cinéma nous propose des expériences. Quand il nous bouscule. Quand il nous questionne  » . Il y a cette immersion d’Alex Lutz, qui interprète Thomas, qui n’avait aucun rapport particulier au tennis avant le film. Après 4 mois de pratique à raison de 4 heures par jour, l’acteur pourra dire qu’il est passé en tennis d’un très mauvais jeu à.… un mauvais jeu…  A l’inverse du cinéaste, qui lui a pratiqué ce sport à haut niveau, et a donc fréquenté de près cet univers clairement impitoyable. 5ème set est une véritable spirale. C’est rapide, efficace, palpitant et fort. Depuis un certain coup de boule un soir de 9 Juillet 2006 à Berlin, dans le domaine de la dramaturgie sportive, l’on sait maintenant que le réel peut largement surclasser la fiction…  C’est un film façon coup droit supersonique en fond de ligne sur la gestion de la désillusion. Avec une sorte de vertige permanent. Thomas approche en effet inexorablement de la quarantaine, là où traditionnellement « on fait le point ». Car la carrière est derrière, les déceptions s’amoncèlent, s’accumulent, et les petites humiliations du quotidien qui vont avec… Sauf qu’au-delà de ce questionnement existentiel, Thomas doit gérer le trauma d’être arrivé trop vite trop fort, avec cette douleur indélébile comme une fracture narcissique, d’aller à rebours du brillant destin que d’autres avaient écrit pour lui…


Thomas se confronte aussi à une forme d’anonymat qu’il accepte difficilement, tant il sait qu’il est passé si près d’une carrière éclatante. Il a tout sacrifié, et au final, il regarde le train passer sans jamais vraiment y monter… Ou alors avec les autres anonymes, car pas de voiture avec chauffeur le matin pour aller aux qualifs de Roland Garros… Il pourrait presque y croiser Laure Calamy la battante de A plein temps  (2022). Thomas joue véritablement sa vie (y compris financière) sur le court, qui devient une arène. Le gladiateur en polo, sous notamment le regard d’Eve plein d’espoir et de sa mère, tout en castration… Oui Thomas joue contre lui-même, pour sa survie, contre sa » petite mort », qu’il doit affronter seul. C’est du sport, mais c’est surtout une universalité. Au-delà de ce qui aurait pu ressembler à une accumulation de clichés, le film pousse bien plus loin l’analyse psychoaffective de son personnage. Le récit est largement crédible sur le questionnement. Sans que Thomas ne soit à plaindre, cette étude quasi anthropologique d’une heure 46 sur l’ascenseur de la gloire tombé en panne est autant empathique que passionnante. Y compris car c’est remarquablement écrit, avec des répliques qui claquent et font mouche en mode jeu, set et match. A un moment, clairement, c’est une partie anthologique comme on en voit tous les ans vers Mai / Juin. Match épique qui va prendre 25 minutes sur les 1h46 de film… C’est aussi une remarquable performance technique, dans une expérience immersive, car nous sommes avec Thomas sur le court pour cette lutte homérique, comme le sport en offre si souvent dans une poésie gestuelle évidente. La caméra prend à témoin pour notre plus grand plaisir la dimension artistique du sport quand il est ainsi pratiqué. En ça, oui il y a expérience de cinéma.


Dans 5ème set, Il y a parfois du Match point  (2005) de Woody Allen, qui illustre avec génie la volatilité d’un destin, en fonction de quel côté du terrain la balle retombera après avoir flirté avec le haut du filet. C’est ici toute la carrière erratique de Thomas, avec cette fragilité psychologique, assez commune au tennis, pour des joueurs qui font de plus en plus appel à l’hypnothérapie, ce n’est pas anodin. Est aussi montré la complémentarité entre Eve et Thomas, avec ce partage quasi obligatoire, tant le micro-univers qui est le leur est chronophage. Ils se lèvent tennis, mangent tennis, passent des journées tennis, se couchent tennis… Le dégoût ne peut à un moment que s’installer, au moins pour Eve. C’est aussi le ravage de l’addiction… C’est fort, violent, mais beau quand même… Ana Girardot dans le rôle d’Eve, l’autre, celle qui supporte dans tous les sens du terme, est poignante et tellement crédible. Elle porte tout, elle aime son homme follement, et se confronte en permanence à l’enjeu sacrificiel. Cette densité de l’actrice fait merveille.


Miss Kristin Scott Thomas, est comme toujours, parfaite et limpide, notamment dans cette glaçante idée de vampirisation maternelle. Elle campe avec raffinement une mère follement exigeante, comme trop souvent dans le monde du tennis, même si souvent la diagonale œdipienne est à chercher du côté père/fille. Alex Lutz, dans le rôle de Thomas est éblouissant de virtuosité, tout en cynisme parfois, en dehors du terrain, il prend des smashs, mais réponds souvent en revers liftés… Pas étonnant car ce qu’il avait montré jusqu’à présent, était déjà particulièrement remarquable. C’est clairement ici une confirmation, un avènement, chacun-e- choisira, mais contrairement au personnage qu’il incarne, il a sa vie professionnelle devant lui.  Il y a dans 5ème set  comme une sorte de thriller sportif, y compris dans cette fatalité de l’homme face à son destin… Le film passe en souffle, tel un jeu de service. Pas obligé d’être un féru de la petite balle jaune, pour prendre beaucoup de plaisir devant ce très bel objet. Il va falloir demander ses codes à Kad Merad, si nous n’avez pas la chaîne cryptée…

 

 

Titre Original: 5EME SET

Réalisé par: Quentin Reynaud

Casting: Alex Lutz, Ana Girardot, Kristin Scott Thomas …

Genre: Drame, sport event

Sortie le: 16 juin 2021

Distribué par: Apollo Films

EXCELLENT

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