Critiques Cinéma

ON CONNAIT LA CHANSON (Critique)

SYNOPSIS: Suite à un malentendu, Camille s’éprend de Marc Duveyrier. Ce dernier, séduisant agent immobilier et patron de Simon, tente de vendre un appartement à Odile, la soeur de Camille. Odile est décidée à acheter cet appartement malgré la désapprobation muette de Claude, son mari. Celui-ci supporte mal la réapparition après de longues années d’absence de Nicolas, vieux complice d’Odile qui devient le confident de Simon.

« Si on n’oublie pas, on ne peut pas vivre, ni agir. L’oubli doit être construction. Le désespoir, c’est l’inaction, le repli sur soi. Le danger, c’est de s’arrêter. » disait Alain Resnais. Le thème de l’oubli et la mémoire traverseront entre autres l’œuvre et la filmographie du cinéaste, ce passionné d’art, qui va sublimer celui-ci dans On connait la chanson. Dans ce film choral, cette folle et si audacieuse idée de ponctuer les dialogues de play-back de chansons souvent de patrimoine, vient en fait pour Alain Resnais du scénariste britannique Dennis Potter. Le scénario du film a été écrit par Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui, leur seconde collaboration avec Alain Resnais après Smoking / No smoking  (1993). En 1998, On connaît la chanson  empochera pas moins de 7 Césars, notamment celui du meilleur film.La musique adoucit les mœurs… Ce parti pris du film s’incarne dès la première minute en nous expliquant que si le nazi Dietrich Von Choltitz n’a pas suivi les ordres d’Hitler, en ne détruisant pas Paris, alors que toutes les charges d’explosif étaient prêtes, c’est grâce à… la musique…. A la chanson… Von Choltitz qui chante son amour de Paris avec la voix de Josephine Baker J’ai deux amours (1930). Cette réécriture savoureuse et enchantée de l’histoire au-delà de donner le la, vient parler de cette inventivité à la caméra, de la grâce de la mise en scène, du génie d’un cinéaste que l’on aime tant, ça démarre fort, très très fort…


« Je ne me justifie pas, je t’explique » dit Bacri à Jaoui… Rien que ça aussi… Puis Bacri à Azema qui prennent respectivement les voix de Delon et Dalida « Paroles et paroles et paroles« … Ha tiens, Arditi dans le cadre… Chaque phrase, chaque seconde vont faire sens, vous être un enchantement, en un ou plusieurs mots… Ça fait 6 minutes 48 de film, il ne se passe encore rien, et la perfection est déjà là… Le plaisir de jouer, la magnificence du cinéma français dans tous ces talents qui se succèdent, on y est, c’est beau, c’est bon, c’est Alain Resnais. Un génie qui s’amuse. Dussolier qui passe aussi par là… l’émerveillement est permanent dans On connait la chanson . Baker, Aznavour, Piaf Dalida, Bashung, Becaud, Souchon, Jonasz, Mitchell, Téléphone, Perret, Ferré et tous les autres, pour l’alliance des arts sacrés du génie français, dans sa langue, dans la poésie des mots, sublimés par des comédiens déjà au sommet et inspirés, portés par le talent fou d’un cinéaste total et insatiable. Bacri, l’hypocondriaque, à la plainte permanente, une marque de fabrique, qui à cause de « palpitations normales » chante qu’il a « la rate qui se dilate » (1934), Lambert Wilson qui lui nous dit un peu trop « J’aime les filles  » (1967), Dussolier en garde républicain qui chante du Bashung, Vertige de l’amour (1981)… Ils sont heureux, nous aussi, tellement.



Le sujet de thèse de Jaoui, 7 ans à l’écrire, et qui suscitera l’intérêt de 15 personnes. Comme lui dit avec une douceur exquise et un tantinet hypocrite de l’amoureux transi, Dussolier : « Les chevaliers paysans de l’an mil au lac de Paladru, c’est bien que quelqu’un en parle« … On connait la chanson, c’est aussi l’universalité d’une histoire, dans cette relation littéraire, naïve et passionnée des utopistes Jaoui et Dussolier. Lui en doux rêveur poète paumé, agent immobilier nul par un trop peu de matérialisme, face au clinquant de bogossitude de Lambert Wilson, emblème des prémices d’une crétinerie consumériste, sur lequel 25 ans plus tard, la toute jeune palme d’or Sans filtre  vomira allégrement pour notre plus grand plaisir. C’est dans un manichéisme pleinement assumé que Resnais oppose la spontanéité face au calcul, l’idéal face au réel, la bohème face au confort bourgeois et chiant… Message presque politique de Resnais, qui vote pour l’incitation à la rêverie, ça tombe bien nous aussi. C’est aussi une scène anodine dans un restaurant qui vient magistralement parler de l’éternelle insatisfaction. Tout le film nous parle de nos choix, nos abandons, de la difficulté de les assumer, des regrets et finalement de la meurtrière écume des jours. A ce sujet, Bacri qui chante Avec le temps (1971)… Justement, avec le temps, en regardant Bacri, en écoutant Ferré, on pleure à l’intérieur.


Chaque scène est un tableau, qui lui-même est un poème. Resnais déclare sa flamme, son feu, son amour fou des chansons et du cinéma, et dans sa générosité infinie, nous transporte avec lui, dans un pt’it coin de Paradis. C’est une variation sur le droit au malheur face à l’insignifiance, sur la souffrance sans raison, ou du moins cette quête d’un bonheur souvent impossible. Resnais joue aussi avec ce qui pourrait ressembler à des turpitudes de petite bourgeoisie occidental, en ne faisait pas abstraction des misères d’un triste monde. Le droit au malheur. Des pépites à chaque recoin de la caméra, le couple Birkin et Bacri avec ce regard de l’autre qui nous assassine à petit feux, que c’est dur d’aimer dans le temps… puis « Les raisins secs dans le taboulé vous aimez ça vous ?  » de la grâce sur la grâce. Il nous parle du besoin de maîtrise, rien n’a changé, de la nécessité du lâcher-prise, et pour ce faire Avoir un bon copain (1930), un bel amour, chanter, jouer, apprendre à accepter le bonheur. Les acteurs sont comme habités, avec la bêtise urbaine et contemporaine qui trouve une parfaite incarnation avec Lambert Wilson enfin avec son personnage ; son antithèse Dussolier, le doux rêveur amoureux de l’amour ; Arditi, déjà magnifiquement blasé ; Azema, si touchante dans cette envie d’y croire encore ; Bacri, en crise permanente, son meilleur atout ; et la prime dans la prime à la délicieuse Agnès Jaoui, bouleversante dans sa terrible dépression, déjà une si dure époque pour les rêveuses…  Oui, Alain, on connaît la chanson, le temps qui passe, l’éternel recommencement des tourments, l’ode au bonheur et à la vie. Le film en regorge, éternellement… Merci Monsieur Resnais

Titre Original: ON CONNAIT LA CHANSON

Réalisé par: Alain Resnais

Casting : Jean-Pierre Bacri, Agnès Jaoui, Lambert Wilson…

Genre: Musical, Comédie dramatique, Romance

Sortie le: 12 novembre 1997

Distribué par: AMLF

CHEF-D’ŒUVRE

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s