Critiques Cinéma

VARIETY (Critique)

SYNOPSIS: New York, 1983. Christine cherche désespérément du travail et finit par se faire engager comme ouvreuse dans un cinéma porno de Times Square. Elle devient peu à peu obsédée par les sons et les images des films qui l’entourent. Puis, fascinée par un des spectateurs, un homme d’affaires du nom de Louie, Christine commence à le suivre…

Variety, premier long métrage de sa réalisatrice, Bette Gordon, est issu du cinéma indépendant, et avait d’ailleurs concouru à Cannes en 1984, lors de la Quinzaine des Réalisateurs. Il avait suscité une forme de curiosité, teinté parfois de mépris et d’incompréhension et qualifié par la critique de « Taxi driver au féminin », avec un quelque chose d’obscène en plus. Ce qui est assez décalé aujourd’hui et en dit long sur un certain puritanisme, ou d’une misogynie ordinaire, un peu comme ancrée dans son époque, voire d’un patriarcat d’état, car au final, dans le film, le sexe est surtout suggéré et jamais montré. Ce qui a dérangé est sans doute justement le postulat de départ de Variety, qui ne fait pas de la femme l’objet décérébré de désir dans la blondeur naïve de son héroïne. Car justement, la réalisatrice livre une œuvre d’avant-garde féministe, en positionnant Christine, comme celle qui regarde, qui découvre. Ainsi, elle bat en brèche un certain classicisme d’époque, en inversant le paradigme des positions femmes / hommes. Ce que confirme la réalisatrice, qui a finalement créé une sorte de polar rose, au-delà d’un thriller noir : « Avec Variety, je me suis demandée ce que cela serait de bouleverser les codes du film noir en proposant la femme comme enquêtrice et l’homme comme figure mystérieuse. La femme devient le sujet qui regarde. […] En devenant voyeuse, elle n’est plus une énigme à résoudre. » C’est de fait un véritable geste cinématographique, y compris techniquement, comme l’illustre Bette Gordon : « J’utilise des cadres dans le cadre : fenêtres, portes, reflets, pour évoquer cette idée du regarder/regardé« .


Mais c’est aussi une sorte de variation sur l’incertitude. Celle de Christine, qui est une constante. Choix incertain de boulot, questionnement sur son propre désir, face à tous ces hommes qui viennent au ciné porno, ou dans ces discussions avec les femmes de la nuit, qu’elle croise, partageant avec elles du commun. Toujours de la fébrilité quand elle accepte l’invitation de Louie, encore davantage quand elle décide de le traquer discrètement… C’est également un film assez conceptuel et quasi expérimental. Les déambulations de Christine comme autant d’errances, dans le monde de la nuit et du sexe, dans le jeu de piste qu’elle s’invente en suivant Louie. C’est une véritable initiation pour Christine, qui ingénue, va se mettre en danger dans une candide excitation.

Le parcours de Christine est une source de fascination, dans la mesure ou de jeune fille paumée, elle va évoluer notamment en transgressant. Elle va trouver ce boulot » au sein » du Variety, cinéma porno (dont on aperçoit déjà la devanture, justement dans Taxi Driver (1976) ), se laisser séduire, puis se muer en une forme de traqueuse nocturne new yorkaise. Cette évolution d’une héroïne contemporaine de l’époque est un geste politique et progressiste et se veut comme une allégorie d’une femme en quête d’émancipation dans une masculinité dominante, ce qui en soit fait déjà de Variety un objet d’anthropologie d’une époque, par l’ambition du projet. L’ambiance est austère, nocturne et presque volontairement brouillée par moment dans la mise en scène, avec comme un flou de l’image savamment entretenu, y compris dans les scènes d’intérieur avec l’équivalent d’une forme de léger brouillard.

On passe 1h40 en compagnie de Sandy McLeod, qui ne quitte à peu près jamais le cadre, et c’est très prenant. Sa performance initiatique est impressionnante. Elle est objet de sensualité dans ces différentes quêtes et ses multiples questionnements. Elle porte le film, y compris quand celui-ci chute un peu en intensité sur la durée. Son interprétation est entière. Au final, Variety est une véritable source de curiosité, dans le cadre de sa sortie inédite en France et se campe aujourd’hui presque comme un film politique, au sens militant du terme. Cinéma indépendant, conceptuel et expérimental du milieu des années 80 outre atlantique, son avant-garde est ambitieuse, détonne et se regarde avec d’autant plus de plaisir aujourd’hui.

Titre Original: VARIETY

Réalisé par: Bette Gordon

Casting : Sandy McLeod, Will Patton, Luis Guzmán …

Genre: Drame

Sortie le: 1er juin 2022

Distribué par: Les Films du Camelia

TRÈS BIEN

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