Critiques Cinéma

MONSIEUR & MADAME ADELMAN (Critique)

SYNOPSIS:  Comment Sarah et Victor ont-ils fait pour se supporter pendant plus de 45 ans ? Qui était vraiment cette femme énigmatique vivant dans l’ombre de son mari ? Amour et ambition, trahisons et secrets nourrissent cette odyssée d’un couple hors du commun, traversant avec nous petite et grande histoire du dernier siècle.

Monsieur et Madame Adelman est né des réflexions et improvisations de Doria Tillier et Nicolas Bedos. Après avoir notamment observé des formes de constances sociologiques sur le couple, Nicolas Bedos réalisera le film, et ce dernier et Doria Tillier seront co-scénaristes et co-auteurs. Avant son premier long métrage en tant que réalisateur, Nicolas Bedos était surtout jusqu’alors identifié comme une sorte de dandy cathodique parfois agaçant, même si fatalement, l’exercice consacré était réducteur. Il pouvait dire lui-même d’ailleurs qu’il était dans «  L’hystérie de l’auto-promotion  » … Avec tout de même quelques textes qui se démarquent… Mais difficile à ce moment-là de dire de quoi Nicolas Bedos était le prénom… Avant Monsieur et Madame Adelman. Malheureusement peu d’entrées (moins de 330 000 spectateurs), et un accueil critique sympathique mais qui ne semble pas à la hauteur de la brillance de l’intention cinématographique, de la densité et du talent scénaristique posés par Nicolas Bedos et Doria Tillier. C’est un film entre autres sur la passion pour l’écriture, et justement, le scénario, la narration, les dialogues, la construction psychoaffective des personnages, font l’objet de la part de Nicolas Bedos d’un perfectionnisme littéraire particulièrement éloquent. « Je sais qu’il existe des amours réciproques, mais je ne prétends pas au luxe » de Romain Gary… entendu dans l’hilarante et dramatique détermination de Doira Tillier pour conquérir « son » homme…  Quelques scènes absolument cultes dans leur construction et la férocité cinglante de leurs répliques sont à mettre au crédit de ce premier long métrage… Celle du réveillon de noël quand Bedos demande à propos de sa mère : « Euh papa, elle boit depuis quelle heure-là Maman ? » Réponse paternelle : « 32 ans… » Et comme il s’agit de Pierre Arditi qui joue au vieux con désespéré de service avec une fusante aigreur… Le dialogue est alors comme magnifié… A propos de Doria Tillier, invitée de dernière minute… Arditi en rajoute : « Elle picole en plus ?« . Réponse de l’intéressée : « Moins que votre épouse… »

Tout est épique et d’époque. Ils se rencontrent, s’aiment avec une insouciance insultante, puis fatalement s’emmerdent, se séparent et… la suite vous verrez si ce n’est pas déjà fait. Bref, ils vivent et vieillissent avec les codes indispensables et fatals qui vont avec et ils sont le miroir d’une représentation universelle d’une désespérance morbide, en lien avec l’étouffement progressif des rêves… « Quelques bouts de vrai et des grands bouts de faux » selon Nicolas Bedos, qui avec Doria Tillier sont allés puiser chez leurs propres parents un certain nombre de repères. Ce que l’on sent clairement notamment sur l’aspect désillusion politique de ce que l’on connaît notamment de Guy Bedos… (Rappelons que Nicolas est né en Avril 1980…). Il convient d’ailleurs de noter le soin apporté à la crédibilité du vieillissement de leurs personnages respectifs. En effet, le réalisateur s’est appuyé sur de nouvelles méthodes de pose de prothèses. Au final, par jour, pour Doria Tillier, c’était 7 heures de travail de transformation physique et 6 heures pour Nicolas Bedos…  C’est parfois bavard et prétentieux, à l’image de son auteur, mais le stylo est tellement trempé dans un encrier doré que ce n’est pas trop grave… La qualité scénique, filmique, de la direction d’acteurs et de la poésie permanente qui émane de Monsieur et Madame Adelman, effacent les micros imperfections d’un premier film du fanfaron bravache qu’est le fils Bedos… 

A l’image de La belle époque (2019), l’on ressent déjà dans Monsieur et Madame Adelman toute la fascination des mecs de la génération de Nicolas Bedos, pour une époque où on se posait moins de questions, en termes de mœurs notamment. Pour autant, et c’est une force narrative, si l’on sent de la nostalgie, elle n’est jamais suggérée sur l’insupportable tonalité du « c’était mieux avant ». Il nous fait d’ailleurs traverser les époques politiques et sociétales sans jugement, mais factuellement. Nicolas Bedos maîtrise l’art de la nuance. Le personnage de Pierre Arditi, en vieux con un brin facho, lui, incarne ce sentiment de haine contre soi qui se mue en haine des autres. Nous sommes tous les nostalgiques d’une époque, Bedos le sait et compose sans fioriture avec cette assertion. Autre moment d’hilarité Quand Nicolas Bedos dit à son thérapeute au sujet des deux femmes avec qui ils couchent… «  C’est le moi d’avant qui couche avec Marion ».. Réponse du psy : « Ha Ha… Celui là… » Denis Podalydès est merveilleux en conscience freudienne de Bedos, qui à un moment, en tirant sur sa pipe, à propos de la nouvelle moustache de son patient assène : « C’est une sorte d’implantation d’un pubis féminin au-dessus de la bouche… à portée de langue… » Et puis il y a le couple… Le duo est envoutant, aussi charismatique et brulant à l’écran qu’à la ville… Notamment dans la terrible scène où Doria Tillier s’embourgeoise matériellement, perd sa folie au profit d’une déconcertante absurdité entre sa danse indienne, ses multiples énormes chiens dans cette maison sans fin, avec une accumulation de domestiques noirs… Bedos qui pète un câble : « T’es la femme la plus dingue que j’ai jamais rencontrée, alors pourquoi tu veux ressembler à Anémone Giscard d’Estaing ? « . C’est ici tout l’ennui dans le couple, qui suit la folie de la rencontre et la beauté infinie de l’insouciance et des rêves à ciel ouvert… Ils finiront par ne faire qu’un, jusqu’à une révélation finale d’ampleur…  

Pour son premier long métrage, Doria Tillier est étincelante… Nicolas aime Doria comme Monsieur Adelman aime Madame… Il sait la filmer comme personne, ce qui est manifeste également dans La Belle époque … Même si sur le tournage, il consent avoir été particulièrement exigeant avec elle, mais pour qu’elle soit la première ravie de sa prestation. La performance de Bedos devant la caméra est assez ébouriffante également… Sa conviction et son art de la provocation sont réjouissants… « Tout le monde écrit, personne ne lit » est une affirmation qui symbolise sa perte progressive d’illusions… Sans parler de moments de bravoure assez fameux quand Nicolas Bedos « revient chercher » Doria Tillier, face à un rival antinomique… Ou la scandaleuse et justement désopilante scène où Adelman insulte son fils en situation de handicap sans aucun filtre. Malgré des rares moments sans doute superflus, comme autant de fantasmes exagérés du réalisateur, Monsieur et Madame Adelman  est un film délicat, échevelé, une fresque désespérée sur la violence du temps qui passe et la difficulté de vieillir à deux, et surtout de se voir vieillir à deux… Ils ont pu tous deux dire à plusieurs reprises que « C’était exactement le film qu’ils voulaient faire ». C’est en effet une œuvre qui leur ressemble, y compris dans la complexité du lien qui les unit, et qui fait encore aujourd’hui l’objet d’une mythologie contemporaine assez savoureuse. Nicolas Bedos parlera à cet effet « d’une névrose qui ne nous est pas étrangère ». En tous les cas, pour un premier film ils réussissent tout en musicalité à mettre en mots et en images cette impossibilité à être après avoir été. Enfin et surtout, il est ici question d’une forme d’éternité dans l’acte d’aimer, malgré les sordidités destinales… Les banalités potentielles du genre sont merveilleusement enjambées pour faire un très bel et tendre objet de cinéma. 

 

 

Titre Original: MONSIEUR ET MADAME ADELMAN

Réalisé par: Nicolas Bedos

Casting: Nicolas Bedos, Doria Tillier, Denis Podalydès …

Genre: Comédie, Drame, Romance

Sortie le: 08 mars 2017

Distribué par: Le Pacte

EXCELLENT

 

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