Critiques Cinéma

ARMAGEDDON TIME (Critique)

SYNOPSIS: Milieu des années 1980, le quartier du Queens à New York est sous l’hégémonie du promoteur immobilier Fred Trump, père de Donald Trump, le futur président des Etats-Unis. Un adolescent étudie au sein du lycée de Kew-Forest School dont le père Trump siège au conseil d’administration de l’école et dont Donald Trump est un ancien élève. 

A propos de son film, James Gray, qui reste celui qui en parle le mieux, le présente comme un « microsome de l’intime », pour lequel il dit : « J’avais écrit quatre mots sur un carton que j’ai scotché à la caméra, comme un pense-bête : « Amour. Chaleur. Humour. Perte. » Dans ce film, la perte allait se décliner de multiples façons  ». Il va en effet être question pour une fois avec Gray, d’une caméra prétexte à une auto-psychanalyse tel Pialat, mais en tellement moins sombre. Forme de croisement ou autre hybridation entre le film politique et l’intime, Armagedon Time  est une promesse réjouissante, d’autant quand on sait que James Gray a ce talent infini de saisir la noirceur d’un propos, comme dans The Yards (2010), La nuit nous appartient  (2007), bien que dans un registre différent, le tableau est également très sombre pour le drame romantique Two Lovers  (2008), sous l’inspiration notamment de Dostoievski. L’amour immodéré de Gray pour les classiques. Le réalisateur propose un cinéma toujours très esthétique, très puriste, en tant que grand cinéphile et admirateur de notre Nouvelle Vague … Ce qui lui vaut de ne pas toujours être compris dans son pays. Son pote, Paul Thomas Anderson ne dit d’ailleurs pas autre chose en disant qu’il es «  l’Américain préféré des français  ». Et pourtant, avec The immigrant, comme pour les trois susnommés, James Gray sera à nouveau en lice à Cannes, et irrémédiablement, il repart bredouille… Avec même un accueil désastreux sur la Croisette, pour The Yards, copieusement sifflé.. Ce fut à peine mieux pour La nuit nous appartientGray traîne finalement avec lui en étendard son statut d’éternel incompris. L’on se demande bien sûr si cette année sera la bonne pour cet obstiné qui ne renoncera jamais pour des raisons mercantiles, à proposer un autre cinéma que celui qui est dans sa tête, et subjectivement celui-là nous file très souvent les poils…



Armageddon Time se pose sur le moment où notre héros, Paul entre en sixième et où il va se coltiner à de nombreuses injustices, celle des adultes, qu’il va devoir affronter dans de nombreux rites initiatiques. Il va inscrire sa petite histoire dans la grande, un peu comme Paul Thomas Anderson dans l’univers diabolo menthe de Licorice Pizza (2021) avec la même façon spectaculaire de tout rendre important. Dans ce récit que l’on sait et devine autobiographique, sont mis à l’écran l’intime, à travers un huis-clos familial, avec des repas très déclaratifs et chaleureux, une scolarité faite de petits drames, potentiels comme autant de grands traumas du reste de l’existence. Il se confrontera à toute sorte de fractures, vues dans le film, comme le racisme, la discrimination de classe, la violence paternelle, la complicité maternelle et le cynisme des adultes moralisateurs d’une Amérique pré-Reagan bien puritaine. Mais aussi son passionné et délicat rapport à l’art au détour d’une visite au musée Guggenheim à Manhattan et de la peinture abstraite de Kandinsky. Il est dans l’âge de tous les possibles, de l’utopie infinie et prolifique, il nous les partage et il est sympa James, car il le fait diablement bien, avec douceur et grâce. Et une photographie stratosphérique de Darius Khondji qui magnifie l’ensemble.

Armageddon Time, c’est un peu le lien dans tous ses états. Le lien à son papy, rien d’autre qu’Anthony Hopkins, est très touchant dans ce mode éducatif du saut de génération, souvent subversif et avec peu de limites. Le lien à son ami d’enfance, au travers les utopies enfantines de Johnny, qui rêve tout haut de conquête dans l’espace, comme aperçu récemment dans le brillant Apollo 10 ½, les fusées de mon enfance  (2022).



Au casting, abondance de talents également, avec Papy Hopkins, très impliqué et rigolard à souhait, Jeremy Strong, étourdissant dans la série Succession (2018) qui est tellement convaincant dans ce père prêt à exploser à chaque seconde. Anne Hathaway est cette maman passionnante dans ses ambitions contrariées, entre détermination et sensibilité de chaque instant. Le petit Paul, Banks Repeta dégage une intelligence de cœur, que voulait Gray pour ce petit lui-même, et le gamin est surprenant de vérité dans son jeu. Armagedon time, ça foisonne et ça ruisselle. Le lieu commun de l’universalité s’impose ici, tellement par la micropixelisation de son enfance, le film nous ramène à la nôtre, à des grandes victoires, à ces drames bouleversants dont on ne sait pas encore l’importance dans notre future façon d’aborder la vie… L’Armageddon des émotions est ici un art, ce film c’est juste la vie !!

Titre original: ARMAGEDDON TIME

Réalisé par: James Gray

Casting: Anne Hathaway, Jeremy Strong, Banks Repeta  …

Genre:  Drame

Sortie le: Prochainement

Distribué par : Universal Pictures International France

4,5 STARS TOP NIVEAU

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