Critiques Cinéma

BASIC INSTINCT (Critique)


SYNOPSIS: Nick Curran, inspecteur de police à San Francisco, enquête sur le meurtre d’une star du rock, Johnny Boz, tué de trente et un coups de pic à glace par une inconnue alors qu’il faisait l’amour. Nick apprend que le chanteur fréquentait Catherine Tramell, riche et brillante romanciere. Au cours de son enquête, il s’aperçoit que les parents de Catherine sont morts dans un accident suspect, que son professeur de psychologie a été assassiné dix ans plus tôt à coups de pic à glace et qu’enfin, une de ses meilleures amies a, en 1956, tué ses trois enfants et son mari. 

7 mai 1992, c’est le début officiel de la 45ème édition du festival de Cannes, avec la projection en ouverture du nouveau film de Paul Verhoeven : Basic Instinct. Il s’agit du dixième film (le troisième américain) du réalisateur hollandais, après Robocop en 1987, son film de science-fiction qui l’avait révélé aux yeux du monde entier, un film intelligent, un peu exagéré et sanglant mais qui abordait beaucoup de sujets sensibles sur fond d’ultra violence. Il y explorait des aspects liés à la perte de la mémoire, sujet qui l’affectionne puisqu’il sera également au cœur de Total Recall (1990). La politique est au premier plan dans ce film futuriste, avec une bonne dose d’action et de suspense, le tout sous couvert d’une satire mordante. Si l’on ajoute Spetters et La Chair et le sang à ces deux films, on remarque le gout prononcé du réalisateur pour faire des techno-thrillers effrayants, sur fond de violence et de sexe. A l’approche de sa présentation à Cannes, Basic Instinct attire forcément la curiosité.



Le film commence avec deux corps nus, un plafond en miroir et un pic à glace, qui sera brandi dans le feu de la passion par une femme blonde non identifiée. L’homme présent est un célèbre propriétaire de discothèque et ancienne rock star, Johnny Boz qui est retrouvé assassiné. Cette scène d’ouverture sert d’avertissement aux spectateurs, elle nous montre que Basic Instinct ne va pas se cantonner aux règles habituelles, celles qui s’appliquent aux psychopathes commettant des meurtres et jouent au chat et à la souris avec la police de San Francisco. La principale suspecte de ce meurtre au pic à glace est Catherine Tramell (Sharon Stone), une héritière avec trop de temps libre, qui, quand elle ne fait pas la fête dans l’un des clubs les plus excitants de San Francisco, écrit des romans policiers avec des histoires fictives qui ont tendance à se réaliser. Est-ce une autre folie de Catherine ? Ou est-ce que quelqu’un met en scène des crimes similaires à ceux qu’elle imagine pour tenter de la piéger ?  L’enquête de cet homicide est confiée à l’inspecteur Nick Curran (Michael Douglas) et son partenaire, Gus (George Dzundza) qui vont alors se rendre à son domicile pour interroger, et ce pour la première fois du film, la glamour Catherine. Ils échangent des regards méfiants devant la défiance et la supériorité absolue de cette dernière. Ni les détectives ni le public n’ont rien vu de semblable à Catherine auparavant, c’est une femme riche aimant tout contrôler et qui transforme sa sexualité en une forme de méchanceté, se moquant délibérément et inversant les notions ordinaires de séduction. Nick quant à lui est un inspecteur de police avec un lourd passé judiciaire et des problèmes d’alcool et de drogue.



Tout au long de l’enquête, Nick et Catherine vont se chercher sur fond de provocation, désinvolture et de tension sexuelle. Ils vont commencer à se rapprocher, mettant l’enquête de Nick en péril. Il va devenir obsédé non seulement par la beauté de Catherine, mais aussi par sa ruse. Dans une scène que personne n’oubliera pour son niveau de tension soigneusement construit et pour son utilisation de la nudité, Catherine se rend à un interrogatoire effectué par 5 détectives, dédaignant ses sous-vêtements (ou pas), où elle est délibérément montrée croisant et décroisant ses jambes afin d’embarrasser ses interlocuteurs, qui découvrent qu’elle n’a rien à cacher, en leur lançant un défi méprisant et en leur lançant « J’aime les hommes qui me font plaisir  ». Confrontés à ce jeu de pouvoir effronté, les flics ont hâte de se débarrasser d’elle. Mais pas le Nick colérique qui possède une personnalité addictive. Alors qu’il ne s’est pas encore remis de sa relation ratée avec sa psychologue Beth Garner (Jeanne Tripplehorn) il couche encore avec elle. Ajoutez à ce mélange la sombre Roxy (Leilane Sarelle) amoureuse de Catherine et le résultat nous donne un cocktail explosif. La beauté du film réside dans le développement des relations entre tous ces personnages, tous très énigmatiques mais toujours crédibles. Même si aujourd’hui cette combinaison semble être un succès garanti, les choses étaient très différentes à l’époque, et Paul Verhoeven a pris beaucoup de risques, le film était entouré de controverses et a suscité de vives réactions du public comme de la critique. Michael Douglas qui était déjà connu en tant qu’acteur de premier plan après une série de succès dans les années 80 comme Liaison fatale et pour son rôle oscarisé de Gordon Gekko dans Wall Street, savait qu’il prenait un énorme risque pour sa carrière avec ce film. Il craignait qu’un film avec un contenu « érotique » aussi élevé puisse nuire à sa carrière, les scènes de sexe explicites et la violence (physique ou sexuelle) étaient susceptibles de provoquer une réaction dans un certain nombre de domaines. Il voulait partager ce risque avec une actrice tout aussi célèbre, telles que Kim Basinger, Julia Roberts, Meg Ryan, ou encore Michelle Pfieffer. Elles ont toutes été envisagées pour le rôle de Catherine Tramell mais la peur du risque et surtout la nudité fréquente les ont dissuadés d’auditionner pour le rôle. Celui-ci est finalement revenu à Sharon Stone, qui avait déjà postulé pour le rôle principal de Total Recall, mais elle n’a été retenue que pour jouer un personnage secondaire. C’était d’ailleurs souvent le cas avant son rôle de Catherine Tramell. Elle livre ici une performance incroyable, elle brille dans chaque scène, chaque dialogue, chaque mouvement. Elle capte l’attention du spectateur du début à la fin et elle parvient à insinuer le doute sur ses intentions et son éventuelle implication dans les meurtres du film. Après ce rôle, sa carrière était définitivement lancée bien qu’elle fut catégorisée comme une sorte de bombe hollywoodienne pour le reste des années 90, avant d’enfin réussir à se diversifier dans d’autres rôles. En face des deux têtes d’affiche, nous retrouvons Jeanne Tripplehorn qui nous fait une impression mémorable., en incarnant la psychologue policière, qui suit Nick à la fois professionnellement et qui couche avec lui. Il y également Leilani Sarelle qui performe en tant que principale concurrente de Nick pour attirer l’attention de Catherine.


Le film à cette capacité de passer du style de vie glamour de Tramell aux clubs miteux du centre-ville de San Francisco. Tour à tour inondé de soleil ou de la luminescence brumeuse de la vie nocturne de San Francisco. Il doit beaucoup aux films d’Alfred Hitchcock ou à des films similaires comme Liaison fatale et Mélodie pour un meurtre. A la différence, que même si le film est à la base un mystère avec un meurtre, vous vous retrouvez avec le sentiment général de ne pas vous soucier particulièrement de savoir si Tramell est coupable ou non. La vanité du scénario entreprenant de Joe Eszterhas, fait en sorte d’insérer une pensée obscène dans chaque situation, en nous faisant prendre conscience que les destins de Nick et Catherine sont inexorablement liés. C’est aussi l’idée du scénario de devenir potentiellement dangereux pour la santé de Nick, puisque Catherine, tout en essayant de ramener Nick à ses anciens vices (boire, fumer, cocaïne), peut aussi préparer son assassinat. Côté production, on retiendra la photographie lumineuse et scénique de Jan De Bont et la série de costumes moulants d’Ellen Mirojnick pour Sharon Stone (qui nous rappelle les tenues de Kim Novak et Tippi Hedren). Bien que disposant d’une intrigue très difficile à trouver vraisemblable, et quelques fois un peu compliquée, Basic Instinct raconte avec maitrise une histoire de luxure sombre et phobique, comprenant la nudité frontale masculine et féminine, le blasphème, la violence, l’obscénité fréquente ainsi que le voyeurisme.

Titre Original: BASIC INSTINCT

Réalisé par: Paul Verhoeven

Casting: Sharon Stone, Michael Douglas, Jeanne Tripplehorn…

Genre: Thriller, Policier, Erotique

Sortie le: 08 mai 1992

Reprise le : 16 juin 2021

Distribué par: Carlotta Films

TRÈS BIEN

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