Critiques Cinéma

NITRAM (Critique)

SYNOPSIS: En Australie dans le milieu des années 90, Nitram vit chez ses parents, où le temps s’écoule entre solitude et frustration. Alors qu’il propose ses services comme jardinier, il rencontre Helen, une héritière marginale qui vit seule avec ses animaux. Ensemble, ils se construisent une vie à part. Quand Helen disparaît tragiquement, la colère et la solitude de Nitram ressurgissent. Commence alors une longue descente qui va le mener au pire. 

Il y a deux façons de visionner Nitram : en connaissant le fait-divers qu’il adapte, ou en ignorant la destinée du protagoniste éponyme. Dans les deux cas, le nouveau film de Justin Kurzel, passé en sélection à Cannes en 2021 en s’octroyant au passage le prix d’interprétation masculine pour Caleb Landry Jones, raconte la même histoire, loin du sensationnalisme qui aurait pu baliser une telle relecture de la réalité. Nitram est l’alter-ego filmique d’un personnage réel dont vous retrouverez le prénom par un astucieux palindrome. A vingt ans, il vit avec ses parents qui le considèrent encore comme un enfant à cause de son quotient intellectuel en dessous de la moyenne, de ses crises de colère fréquentes au moindre mécontentement et de son statut de paria au sein de sa ville natale. Alors qu’il se propose de travailler à travers le voisinage, il rencontre Helen, une cinquantenaire solitaire qui l’embauche pour s’occuper de son jardin, et avec qui il noue une relation puissante et passionnée. C’est donc le portrait de ce curieux et complexe Nitram qui nous est peint à travers un long-métrage vissé sur une histoire particulièrement singulière débouchant sur un drame final que Kurzel choisit de ne pas montrer. Ce n’est pas de cet évènement que traite le film, ni même de la raison précise de la tournure des choses, mais bien de la suite méthodique et intimiste des épisodes qui parcourent les jeunes années de Nitram en amont du fait-divers. Car le metteur en scène australien, bien au courant que la mise en image d’un traumatisme national tel que celui qu’il adapte est un sujet particulièrement épineux, décide d’évacuer le sensationnalisme pour contenir hors du film (et donc dans la réalité) l’explosion induite par le surnom de son personnage principal. On navigue alors entre les quelques peu nombreuses relations que ce dernier bâtit au cours de sa vingtaine, entre la surprotection de ses parents et sa passion vécue avec Helen.


Nitram suit alors le parcours de vie du jeune homme et de ses proches à travers une Australie surnageant dans ses problématiques sociales, ses manquements scolaires et la facilité de l’accessibilité aux armes à feu sur le territoire. Le film prend des tournants terrifiants lors de certaines scènes clés qui balisent le récit vers cette fin inéluctable et terriblement violente. La peine, les joies et les sourires que l’on porte à Nitram deviennent grinçants quand il se retrouve prit dans un engrenage infernal et pernicieux qui ne peut que mener à l’explosion. Et loin de glorifier son protagoniste, Kurzel tente avant tout de l’incarner pour tenter de percer le mystère de la violence humaine.


En tête d’affiche spectaculaire, Caleb Landry Jones propose une lecture intime, sensible et instable du personnage éponyme, dévoilant une palette d’émotions qui jongle de manière renversante entre la retenue et les craquages. Accompagné par Anthony LaPaglia et Judie Davis qui incarnent ses parents, ainsi que la très touchante Essie Davis qui nourrit le rôle-clé de Helen, le casting du film est assurément une de ses plus importantes qualités, lui fournissant un guide tout trouvé pour le spectateur à travers ce voyage en terre australienne et aride qui semble aussi exténuant que déchirant.



Car Nitram est un portrait au réalisme impressionnant, basculant constamment entre les tons pour livrer une histoire complexe qui s’intéresse aux mystères du fait-divers qu’il adapte pour finalement montrer de manière logique qu’on ne connaîtra probablement jamais la raison précise du drame. Justin Kurzel signe un film épuré et crevant qui épingle de manière cinglante et terrifiante les inactions et les malfonctionnements du gouvernement australien (on pensera notamment à cette scène effrayante où un personnage achète des armes lourdes sans permis avec une facilité déconcertante) pour fournir un récit éminemment politique derrière ses apparences de drame intimiste. Car même si on ne voit pas l’explosion, ce Nitram nous montre en gros plan la mèche être allumée sans que personne ne puisse rien y faire.

Titre Original:  NITRAM

Réalisé par: Justin Kurzel

Casting: Caleb Landry Jones, Essie Davis, Judy Davis …

Genre: Drame, Thriller

Sortie le: 11 mai 2022

Distribué par: Ad Vitam

TRÈS BIEN

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