Critiques

THE RESPONDER (Critique Mini-Série) D’un réalisme vertigineux…

SYNOPSIS: Chris, un agent d’intervention d’urgence souffrant de crises, est contraint de faire équipe avec une nouvelle recrue. Dans les quartiers dangereux de Liverpool, ils ne pourront survivre la nuit qu’en se serrant les coudes. Sans cela, leur destruction mutuelle est assurée

Tony Schumacher, le créateur de la série sait de quoi il parle. Il a opéré à la place de son personnage principal et a même pu évoquer « un suicide » s’il ne s’était pas arrêté. Il a sauvé sa peau, emportant avec lui la mise sur le papier de son vécu. Cette série porte en elle un réalisme vertigineux. C’est un coup de tronche à l’anglaise qui va vous renverser. Il y a une virtuosité dans la narration, une pesante résignation. Décryptage d’un légitime malaise contemporain. Chris est patrouilleur, agent public, la nuit, confronté en direct au pire. Dans la rubrique « Caché ce que je ne saurai voir »… Grand vertige de celles et ceux qui se crament au boulot à force d’un engagement à hauteur d’une non reconnaissance crasse. Violence de la nuit, au contact constant de ceux qui la tiennent, et ce ne sont pas des comiques. Des zombies, des humains horrifiques. Chris est sensé faire tiers. Le premier épisode s’installe remarquablement, car d’emblée, nous faisons face à ce réalisme hautement glaçant, qui nous prend, nous saisit. Très vite, Chris franchit le rubicon, frontière ténue non tenue, dans le lien obscur et tout en ambiguïté entretenu avec certaines crapules, dealers ou autres salauds de la nuit. Entre échanges d’informations et aide tacite ou délibérée. Les dilemmes disent les mêmes mots et maux que Bac Nord  (2021) « Ce boulot m’a ravagé » …dixit Chris…Tout est dit…


Nuit immensément longue. « Je ne suis qu’un patrouilleur ». Petite maison, petit flic, petite vie, dans les codes de la jungle urbaine contemporaine. Comme écrasé par le poids d’un système qui l’étreint, l’essore, le ronge au plus haut point. Un Pinot Simple flic (1984) remasterisé.  Flic sous pression, névrosé à l’extrême, désabusé, traumatisé, The Responder nous parle de l’ancrage du trauma. La souffrance de Chris fait mal, elle est filmée en corps à corps, de si près. La série vient nous interroger habilement sur les faillites d’un système. Si son contournement par Chris n’est pas une solution viable, il nous est montré sous forme d’option, qui vient interroger notre système de valeur, comme une mise à l’épreuve de notre moralité. Grâce à une mise en scène à la pince à épiler et au génie dans le jeu de Martin Freeman, son malaise, son mal-être nous contamine. La noirceur est ici bouleversante.



Avec une galerie de personnages bien désespérés, des interprétations nerveusement à la hauteur, un engagement que l’on devine total. A regarder si possible en VO car les accents so british donnent une tonalité trop ancrée à Liverpool pour passer à côté. Dans The Responder, les personnages se sentent inutiles, sales et abjects. La série est incroyablement juste sur les traumas, les carences, les grands maux… Chris, tel Vincent Macaigne dans Médecin de nuit (2021) veut réparer, donner du sens. Les gueules et courses des toxicos, contre les flics, contre le système, contre eux-mêmes ressemblent étrangement à celles de  Trainspotting  (1996) dans la dureté et saleté filmée par Danny Boyle. Chris se mue en psychologue urbain nocturne, qui se forge sa propre doctrine, ses dogmes. La désespérante solitude de sa jeune collègue Rachel (Adelayo Adedayo) est passionnante et habile au niveau scénaristique car la série n’est pas binaire ni manichéenne. Elle tourne justement sur une tentative de définition, au regard des questionnements de Chris sur la frontière poreuse entre bien et mal, entre la justice des hommes et la morale. Sur ces questionnements, même la psy de Chris le rejette à sa façon, en le prenant pour le patient suivant. Drame ultime, trahison de l’intime. Après Bilbo le Hobbit, et le docteur Watson, Martin Freeman livre ici une prestation sanguine, nerveuse en y déployant une palette infiniment vaste. Il est un patrouilleur torturé d’une puissance inouïe. Il est absorbant de justesse et de précision, son jeu nous envoûte et nous maraboute. Le reste du casting est investit avec force et notamment Myanna Buring, dans le rôle de la femme de Chris, troublante d’émotions, et en Bonnie And Clyde du pauvre le couple Emily Fairn (Casey) / Josh Finan (Marco) est impressionnant dans sa souffrance crasse.  The Responder est diablement bien construit, son format de 5 x 52 minutes est idéal. Il offre le rythme nécessaire. C’est haletant, prenant engagé. C’est très britannique, c’est passionnant, c’est en ce moment et il faudrait éviter de passer à côté.

Crédits: Canal+

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