Critiques Cinéma

LA RUSE (Critique)


SYNOPSIS: 1943. Les Alliés sont résolus à briser la mainmise d’Hitler sur l’Europe occupée et envisagent un débarquement en Sicile. Mais ils se retrouvent face à un défi inextricable car il s’agit de protéger les troupes contre un massacre quasi assuré. Deux brillants officiers du renseignement britannique, Ewen Montagu et Charles Cholmondeley, sont chargés de mettre au point la plus improbable – et ingénieuse – propagande de guerre… qui s’appuie sur l’existence du cadavre d’un agent secret !

Pour retracer la fameuse opération « Chaire à pâté » ou « Viande hachée », le réalisateur, John Madden a quasi adapté le livre de Ben Macintyre : Opération MincemeatL’histoire d’espionnage qui changea le cours de la Seconde Guerre mondiale  » (2010). Il faut noter, et c’est assez savoureux que ce n’est rien de moins que Ian Fleming, qui a pensé ce stratagème militaire. Il était à l’époque l’assistant de l’amiral Godfrey, chef du renseignement naval pendant la guerre. Comme chacun sait, Fleming est le papa des aventures de… James Bond. Alors oui, La ruse, c’est spectaculaire, et comme une impression que rien ne dépasse. Il manque justement de la saleté dans le film, un minima de glauque, un brin de déchéance, qui a pourtant très certainement réellement existé. « A la place  », en quelque sorte, nous est servi une pseudo histoire romantique sans grand intérêt, très lisse, qui n’apporte absolument rien à la narration, comme s’il fallait impérativement ne pas oublier le chapitre de l’amour.Dans cette veine, c’est comme un sentiment d’insincérité qui prédomine. Ça se regarde beaucoup le nombril. A l’image d’une musique qui tire un peu trop sur les violons pile quand il faut. C’est d’un propret, c’est conventionnel et se veut trop grandiloquent. Dommage, car existent de vrais jolis moments de réflexions sur la combinaison des petites histoires qui forgent la grande, sur ces petits riens qui font la différence et changent potentiellement la face de l’histoire et le destin de millions d’hommes.
 


Pour autant, rien de bien nouveau sur le sort du monde, qui dépend d’une poignée d’individus à détenir un secret. Alors que le film veut donner l’impression qu’il s’agit là une trouvaille inédite, incroyable. Le bureau des légendes (2015-2020), 24 heures chrono (2001-2010) et même Le jour le plus long (1962) et tant d’autres sont déjà passés par là. Après, incontestablement, le spectacle est très divertissant, l’interprétation donne une vraie hauteur et beaucoup de dimension, et la mise en lumière sur cette ruse, était cinématographiquement indispensable. Une approche contemporaine qui vient forcément dépoussiérer L’homme qui n’a jamais existé (1956) de Ronald Neame, seul film sur cette histoire folle et rocambolesque.Le moment devient même bien assez passionnant quand notamment, dans un névrotique souci du détail, une méticulosité totale, Montagu, Cholmondeley et leur équipe inventent une vie au faux officier qui va servir d’appât aux armées hitlériennes. Fausse identité, fausse fiancée, au-delà du caractère ingénieux parfaitement déployée dans la mise en scène, existe comme une réflexion induite sur la volatilité d’une existence qui est loin d’être inintéressante.



C’est aussi une mise en abîme très bien ficelée et démonstrative sur l’importance des missions de renseignements. Avec cet affrontement psychologique de l’espionnage, du leurre, on parlait souvent des « deux guerres ». Celle de la communication vient dramatiquement s’y ajouter aujourd’hui. Et puis, il existe comme cet inlassable et inclassable plaisir à voir Colin Firth à l’écran… Il y a chez lui une force à incarner qui frappe toujours dans sa justesse, sa classe, son élégance. Dans La ruse, aucune exception à la règle. Matthew Macfayden tout comme Kelly Macdonald s’inscrivent également dans une grande justesse, et c’est bien l’ensemble de l’interprétation qui permet au film de se tenir. Au final, La ruse se veut très parfait, et c’est justement là qu’il ne touche jamais au sublime, qui était pourtant possible vu le sujet. Tarentino aurait été idéal à la manœuvre pour faire de chaque scène un film, rendre l’ensemble moins bavard et le sortir d’un trop plein de classicisme un peu gênant. Le résultat n’en demeure pas moins honorable, spectaculaire et se regarde sans déplaisir.

 

Titre Original: OPERATION MINCEMEAT

Réalisé par: John Madden

Casting : Colin Firth, Matthew Macfadyen, Kelly Macdonald…

Genre: Guerre, Drame, Historique

Sortie le: 27 avril 2022

Distribué par: Warner Bros. France

BIEN

 

 

 

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