Critique Blu-Ray

CHÈRE LÉA (Critique Blu-Ray)

SYNOPSIS: Après une nuit arrosée, Jonas décide sur un coup de tête de rendre visite à son ancienne petite amie, Léa, dont il est toujours amoureux. Malgré leur relation encore passionnelle, Léa le rejette. Éperdu, Jonas se rend au café d’en face pour lui écrire une longue lettre… 

Jérôme Bonnell dit de son film :  » Je voulais faire un film sur le dépit amoureux pour aller chercher la sensibilité masculine, à travers une seule journée de sa vie et en parlant d’une histoire amoureuse qui n’en finit pas de se finir  ». Il a en quelque sorte voulu apporter un pendant masculin à un de ses films Le temps de l’aventure (2013) où il était déjà question d’une journée peut-être décisive. Très vite, nous est montré l’accueil glacial d’une femme, Léa que l’on devine blessée… Avec Jonas, ils se sont sûrement tant aimés, pour finalement en arriver à une morosité et une platitude relationnelle confondante. Les regards fuyants, ou pire de rejet, voire de dégoûts. Passer de tout à rien est une drôle de composante d’une époque, mais surtout d’une nature humaine à la frontière poreuse, peureuse et non heureuse entre amour et haine. Trop se connaître et réussir à s’aimer encore entre poids du passé et nostalgie heureuse, il est comme difficile de faire le tri, entre être amoureux de sa propre tristesse ou éprouver de réels sentiments. Chère Léa, c’est aussi une ambiance de bar de quartier sur toute une journée, des rencontres, des impromptus, des humains, des mecs en joggings menaçants à 09H30, des canapés à déménager à 10H00, comme autant d’histoires et de romans. Jonas fait du bistrot son bureau, son QG. Il arrive avec son amour, ses lettres, son téléphone pas chargé, ses galères de boulot. Ce véritable petit théâtre, il va avoir un mal fou à le quitter, métaphore du mal fou à quitter Léa. Le huis-clos s’installe doucettement, avec élégance et humanité. Dans la douceur d’un partage d’intimité et de désespoir avec des inconnus. Le barman bouddhiste Mathieu affirme à Jonas « C’est beaucoup plus qu’une lettre », un peu comme dans Ma vie en l’air (2005) de Rémi Bezançon,Vincent Elbaz écrit ce qu’il pense être le courrier de sa vie : « C’était pas Chateaubriand, mais c’était pas rien ».


Dans Chère Léa, on cherche, on quitte, on se libère, on s’ancre ailleurs. C’est un décryptage de la tyrannie des sentiments et d’une constante valse amoureuse. Sont ici ébauchés le droit au bonheur, sans le faire exploser inconsciemment et cette complexité folle d’être à soi en se donnant à l’autre. Cette métaphysique tortueuse dans le film est simplement suggérée, pour garder un ton léger et simplement inviter à la réflexion, et nous éviter de chercher la corde pour faire le nœud coulant. A noter une bande son très léchée, qui donne une dernière touche de raffinement particulièrement agréable. Anaïs Demoustier, qui pratique le chant lyrique chante d’ailleurs « en vrai  »!!


Le psychologue de comptoir, Grégory Gadebois est très touchant dans son sens de l’autre, sorte de générosité animale que l’acteur porte et incarne tout naturellement. C’est plus que des brèves de comptoir, c’est une philosophie, une expérience sensible de l’altérité. A ce jeu-là, l’acteur est très impressionnant de densité. Jonas, dans sa crise existentielle totale va passer une journée en transit, il verra fatalement le monde différemment car entre matin et soir, va se passer une vie. Grégory Montel, réussit là une très belle incarnation avec sa puissante et grande sensibilité.


Anaïs Demoustier joue une Léa toute aussi perdue que les autres. Elle le fait avec ce qu’il faut de douceur et de complexité. Elle est touchante de justesse, comme tout ce qu’elle fait habituellement. Léa Drucker comme Nadège Beausson-Diagne, dans des rôles secondaires ont en réalité une importance folle et livrent des prestations très prenantes. Au final, Chère Léa, sans prétention particulière est juste une tranche de vie dans un moment singulier, qui est tout sauf une comédie légère, sans revêtir pour autant les atours de la tragédie d’auteur. Il y a comme une élégance à ne pas choisir, et le moment sans être révolutionnaire est subtil et délicat.

Détail des suppléments :

Entretien avec Jérôme Bonnell

Scènes coupées (3 min)

Titre Original: CHÈRE LÉA
 

Réalisé par: Jérôme Bonnell

Casting : Grégory Montel, Grégory Gadebois, Anaïs Demoustier …

Genre: Comédie dramatique

Date de sortie en DVD & Blu-Ray : 19 avril 2022

Distribué par: Diaphana Édition Vidéo

TRÈS BIEN

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