Critiques Cinéma

ET J’AIME A LA FUREUR (Critique)

SYNOPSIS: Depuis son enfance, le co-réalisateur de C’EST ARRIVÉ PRÈS DE CHEZ VOUS collectionne des bobines de films. Grâce à ces instants de vie de cinéastes anonymes et ces traces d’émotions préservées, il reconstitue l’aventure de sa famille. Avec ET J’AIME À LA FUREUR, André Bonzel déclare son amour pour le cinéma. Sur une musique originale de Benjamin Biolay, il raconte une histoire qui pourrait être la nôtre… 

«  Et j’aime à la fureur les choses où le son se mêle à la lumière » de Charles Baudelaire a donc servi de guide, de leitmotiv à André Bonzel, l’auteur de ce bouleversant film documentaire. Le coréalisateur du fantasque, inoubliable et cultissime C’est arrivé près de chez vous (1992) fait ici œuvre de douceur en nous livrant tendrement Et j’aime à la fureur, qui tranche avec la violence inouïe de l’OVNI cinématographique coécrit avec Rémi Belvaux et Benoît Poelvoorde. C’est d’ailleurs à l’image d’un des multiples messages du documentaire, dans le sens où André Bonzel a pris 30 ans entre les deux, et sans s’être assagi, regarde le monde avec évidement un prisme autre, plus mélancolique et introspectif. Moins chien fou qu’à l’époque où il filmait Poelvoorde, flinguant à tout va, étouffant des gosses pour récupérer une gourmette, hurlant sur les vielles pour provoquer l’accident cardiaque et ainsi économiser une balle, et déclamant du « Pigeon, oiseau à la grise robe dans l’enfer des villes à mon regard tu te dérobes »… Non, ici dans une invitation douce mais avec toujours une grâce irrévérencieuse, dans par exemple sa passion du sexe, Bonzel ouvre sa malle à souvenirs et tel Bretaudeau dans Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001) qui ressuscite des objets iconiques, d’une enfance perdue et s’émerveille aux larmes de la résurgence d’images, témoins d’une époque révolue. C’est en ce dessein que le pari du réalisateur touche au cœur. Cet hier filmé par d’autres nous renvoie à nos propres instantanés d’enfants, parsemés d’images sélectives, une panoplie de Zorro, une voiture de course bleue miniature, comme autant de trésors mémoriels qui nous fendent le cœur, saisissent et bouleversent à grand coup de nos insouciances perdues… Le documentaire est comme une ode, une sacralisation de ces temps chéris où une certaine nostalgie onirique est partout, autant dans la narration, y compris orale de l’auteur qu’au travers le défilement d’images de temps effacés, avec la force symbolique ici de la mer qui monte, plus loin d’un train qui part. La passion pour le cinéma d’André Bonzel explose ici dans sa mise en abîme de la combinaison des images d’archives réelles, piquées, ou fantasmées, à l’évocation de souvenirs de la main de la première amoureuse que l’on prend et qu’elle ne lâche pas ou du premier baiser sans la langue. C’est ici tout un processus identificatoire qui nous amène subtilement sur le champ de l’empathie. La plus belle des caméras est à l’intérieur, tant, comme il le dit «  tout notre passé est en nous  ». La combinaison archivistique relate et retrace à vif des émotions, des sentiments et tout l’art de vivre d’une époque. La force des images au service de l’émotion, c’est ce que réussit pleinement ici André Bonzel.


Ces fugaces perceptions du moment viennent sur un mode bouleversant nous rappeler la volatilité du temps qui défile. Le documentaire nous dit bien qu’un film est une vie, et qu’il a précisément la force de ressusciter les morts, et vient parfois nous demander où nous serons dans 10 ans, 20 ans… En cet objet, Et j’aime à la fureur a quelque chose de vertigineux. Et puis quelques morceaux de bravoure, comme le moment incroyable où l’on voit éclore (presque trop rapidement) la fabrication de ce qui va devenir C’est arrivé près de chez vous, notamment avec le risible Daniel, Daniel, fausse bande annonce première véritable œuvre amateur et très bidouillée du trio de potes  » Belvaux, Poelvoorde, Bonzel « . Qu’il s’agisse des plans de femmes anonymes de parrain Gaston, des rushs urbains de son arrière grand-oncle Octave, assistant caméra notamment chez Pagnol, la caméra est presque sacralisée comme un substitut phallique, une arme de séduction.

Un peu comme quand Keating explique dans Le cercle des poètes disparus (1989) que le seul objectif de la poésie est de séduire les femmes… Entre deux images, est relatée une vie ordinaire, donc extraordinaire, tant l’on pourrait écrire un livre ou réaliser un film sur la vie de tout le monde… Avec ses brillances, ses éclats et ses terribles drames. Profondément réflexif, le film nous invite sur un mode existentiel à ne pas être spectateur de son propre destin, tel le film muet de 1924 Le dernier des hommes  Même si les films amateurs ont comme cette malhonnêteté de forcément ne montrer que les moments de bonheur.


Cet amour de l’image permet au réalisateur quelques pensées personnelles particulièrement poignantes, notamment au regard de l’indifférence crasse de son père. Mais aussi des moments de vie assez troublants de justesse quand lui-même devenu papa, nous dit « A défaut de devenir le père que je n’ai pas eu, j’essayais au moins de ne pas être le père que j’ai eu  ». Et dans sa cohérence, sa quête de construire à travers des modèles que l’on doit précisément déconstruire : «  Être parent, ce n’est pas si difficile, il suffit d’aimer ses enfants et de leur montrer  ». Et j’aime à la fureur démontre la puissance de la vidéo, véritables images de vie, qui viennent comme un déchirant témoignage nous rappeler notre condition de mortels…. Et pour autant, une vie, quelle histoire !!! Le documentaire est une approche métaphysique, une véritable quête, avec semble-t-il une humble unique certitude dans cet ilot de questionnements infinis : ce qui reste, sont les gens que l’on a aimés. Le film est toujours honnête dans ce qu’il raconte et Bonzel déclare ici son amour du cinéma, dans du symbolisme pur, simple et poétique, un peu comme quand Jean-Luc Godard disait que le plus beau son est « Celui de la neige qui tombe sur l’eau  ». Ce passé de Bonzel est le nôtre, la plongée est délicieuse, foncez…

Titre Original: ET J’AIME A LA FUREUR

Réalisé par: André Bonzel

Genre: Documentaire

Sortie le: 20 Avril 2022

Distribué par: L’Atelier Distribution

EXCELLENT

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s