Critiques Cinéma

LA GUERRE DES BOUTONS (Critique)

SYNOPSIS: Entre les enfants de deux villages voisins, les Longevernes menés par Lebrac et les Velrans, menés par l’Aztec, c’est la guerre. Mais le jour où les Velrans apostrophent Grangibus et Tigibus d’une insulte jusque-là inconnue des Longevernes, pourtant experts en jurons fleuris, la guerre prend un tour nouveau. La dernière grande bataille se traduit par la capture d’un prisonnier qu’il faut punir de manière exemplaire. Lebrac se montre particulièrement retors : malheur au vaincu, un Velran, à qui l’on arrache tous ses boutons. En ces temps difficiles, les vêtements sont précieux et l’humiliation totale. La guerre n’est pas près de s’arrêter… 

La guerre des boutons fait communément partie du patrimoine cinématographique Français, et sans que ça ne suggère la moindre contestation, ce qui dans le sport préféré de l’indiscipline hexagonale est assez rare pour être souligné. Peut-être justement car dans La guerre des boutons, il est précisément question de cette indiscipline, un art tout Français !! Il a tellement plu, qu’il est un des plus gros succès du box-office pour un film tricolore, avec une affluence autour de 10 millions d’entrées. Ce fut le deuxième plus gros succès de l’année 1962, juste après Le jour le plus long et pour lequel Yves Robert se verra attribuer le prix Jean Vigo en 1962. Yves Robert démontrera toute sa carrière sa capacité, en termes de justesse, à rendre authentiques de nombreux récits, potentiel qu’il a notamment développé dans ses différents engagements sociaux. Il aura par exemple été responsable des activités d’art dramatique au sein du mouvement des auberges de jeunesse au début des années 1940. Yves Robert, c’est un certain regard sur le monde, c’est la force du collectif, c’est un poème, et c’est un grand monsieur du cinéma… Le film a été réalisé d’après le roman éponyme de Louis Pergaud écrit en 1912. Dans ce matériau, c’est bien entendu la bonne humeur qui l’emporte, au regard des ambiances collectives enfantines, même s’il faudrait avoir comme une poutre dans l’œil pour ne pas y voir une parabole édifiante sur les guerres, elles, véritables, des adultes.



Particularité signifiante pour un film à la gouaillerie toute française, aucun distributeur de notre pays n’a voulu s’y coller, contraignant Yves Robert à regarder outre-Atlantique, avec finalement la Warner qui deviendra officiellement le distributeur de La guerre des boutons. Bien lui en a pris. Si le film fut un tel succès et se retrouve gravé dans le marbre de la cinéphilie française, c’est bien par son caractère hautement empathique et même assez universel. En effet, avec cette capacité immersive absolue et rare dans le monde de l’enfance, La guerre des boutons parle à tout le monde et il vient inviter notre goût quasi existentiel et charnel pour l’insouciance. C’est plus encore que de la nostalgie, c’est de la poésie indélébile. Il y a bien sur cette gouaille inimitable, qui fleure bon l’école buissonnière et nous ramène forcément toutes et tous à nos pires bêtises de diablotins en culottes courtes… Alors, au travers notamment de la cruauté épisodique du chef Lebrac, mais aussi d’un peu tous les autres, nous sommes ici dans une allégorie guerrière et de la torture qui va avec. Qui vient nous dire, dans une résonance frappante que si les armes sont différentes, les codes sont les mêmes…Couteau qui découpe les boutons… Doigts qui appui sur un autre bouton… L’objectif de destruction de l’ennemi supposé est le même… Pas les conséquences… L’insouciance légère de l’enfance d’un côté, la folie hégémonique barbare de l’autre ; Avec le stade anal en évident point commun…



Immense chorale dont la mise en scène provient essentiellement du point de vue des enfants, ce classique donne à voir quelques morceaux d’anthologie et des répliques évidemment cultes. Le fameux « Si j’aurais su, j’aurais pas v’nu  » prononcé par Petit Gibus (interprété par Martin Lartigue, 9 ans au moment du tournage, pour la petite histoire, petit-fils du photographe Jacques-Henri Lartigue, auteur notamment de la photo officielle du président Valéry Giscard d’Estaing.) A noter que cette légendaire réplique, inscrite dans la mémoire collective n’est pas issue du roman d’origine, mais de la rubrique Une heure dix avec… parue en 1939 dans le n°61 de L’Os à moelle, magazine hautement satirique créé par le génial Pierre Dac. D’autres grands moments, qui pourraient beaucoup faire rire dans la jungle managériale contemporaine : « Dans la vie, le chef, c’est celui qui a le plus grand zizi » …. Mais aussi, le très peu mondain : « Les avis, c’est comme les trous du cul… Chacun le sien  » … Ou en encore, le « p’tit coup de calva, qui n’a jamais fait d’mal », offert par les adultes, toujours à Petit Gibus qui dira d’ailleurs « C’est bon la goutte !!  »… Il sortit de la maisonnée complètement ivre, ce qui vaudra de la part de ses camarades l’inoubliable : « Mais il est rond comme un boudin !!  » …. Et tous les copains de chanter avec lui « Mon pantalon est décousu, et si ça continue on verra l’trou de mon…. Pantalon…. Etc… ». Plus tard, les «  adultes  » en feront d’ailleurs de même, pleinement avinés, et beaucoup moins drôles.



Est ici montré en quelque sorte l’art de la guerre, car les enfants / soldats prennent l’affaire au sérieux, ne feront la paix que pour soigner un lapin, et appliquent de vraies stratégies, parfois assez sadiques lorsqu’un ennemi a le malheur d’être capturé. Un mode de faire qui n’est pas autre chose que la reproduction d’une violence domestique connue à la maison, érigée en mode éducatif. Tabasser au lieu d’enlacer. On le voit et l’entend dans le film, avec des adultes qui crient et usent de l’onomatopée plus que du champ lexical. Les enfants résument pleinement la situation : «  Et dire que quand on sera grands, on sera aussi bêtes qu’eux » … Cette phrase à elle seule engage un terrible déterminisme… Au-delà de parler des multiples touchantes performances des enfants, tant leur naturel irradie la caméra comme si jouaient uniquement des petits Gabin et des petits Belmondo, une petite rubrique «  que sont-ils devenus ?  » Coup de vieux alerte !!! car vous imaginez bien que les chères têtes blondes de l’époque sont des papys boomers aujourd’hui !!! Martin Lartigue (Petit Gibus), 69 ans aujourd’hui a joué dans quelques films notamment un petit rôle dans Les mariés de l’an II (1971) et dans César et Rosalie (1972). Il a renoncé depuis bien longtemps au cinéma. Il vit à ce jour dans les Landes, il est artiste peintre et céramiste. François Lartigue (Grand Gibus), frère de Martin a travaillé comme chef opérateur pour Claude Sautet, Philippe De Broca, Claude Zidi, Bertrand Blier. Âgé maintenant de 72 ans, Il est photographe et expose parfois. Les chefs de guerre… respectivement Michel Isella pour « l’Aztec » et André Tréton pour « Lebrac «  ont poursuivi d’autres carrières professionnelles. Le dernier étant décédé en 2015. Un mot enfin, sur l’aspect un peu pathétique de la lutte commerciale façon «  guerre de la guerre des boutons », sur deux remakes sortis en 2011 à une semaine d’intervalle, et qui ne laisseront pas, pour rester diplomate, une trace inoubliable au niveau cinéphilique… Avec de surcroît, une omniprésence de stars au casting… En contradiction totale avec l’esprit originel où les vraies vedettes de La guerre des boutons sont d’abord et avant tout les enfants… Ainsi le plus simple est encore de se munir dans sa DVDthèque de ce précieux objet savoureux, l’original et l’unique de 1962, idéal et intemporel pour un dimanche intergénérationnel de partage qui amusera de 7 à 77 ans, autant le papy que le petit dernier. Ne faites pas comme petit Gibus, maintenant que vous savez… Allez-y !!

Titre Original: LA GUERRE DES BOUTONS

Réalisé par: Yves Robert

Casting : Andre Treton, Martin Lartigue, Michel Galabru…

Genre: Comédie

Sortie le: 18 avril 1962

Reprise le: 23 juin 2021

Distribué par: Malavida Films

EXCELLENT

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