Critiques Cinéma

OGRE (Critique)

SYNOPSIS : Fuyant un passé douloureux, Chloé démarre une nouvelle vie d’institutrice dans le Morvan avec son fils Jules, 8 ans. Accueillie chaleureusement par les habitants du village, elle tombe sous le charme de Mathieu, un médecin charismatique et mystérieux. Mais de terribles événements perturbent la tranquillité des villageois : un enfant a disparu et une bête sauvage s’attaque au bétail. Jules est en alerte, il le sent, quelque chose rôde la nuit autour de la maison…

La réouverture des cinémas l’année dernière fut accompagnée par un nouvel élan du cinéma de genre, entre La Nuée (et ses sauterelles tueuses) et Teddy (son loup-garou tapi parmi ses villageois) dont les points communs ne se limitent pas à l’hémoglobine et à leurs origines bleu blanc rouge. Tous deux présents au sein de la Compétition Officielle du Festival de Gérardmer 2021, évoquant à leur manière la campagne française oubliée qui se fait dévorer de l’intérieur, les deux long-métrages sont avant tout estampillés du même sceau à leur ouverture, celui de The Jokers. Et comme la troisième pièce d’un triptyque franco-horrifico-français, Ogre signe la nouvelle exploration de Jokers au sein des angoisses, des monstres et des cauchemars bien de chez nous. Mis en scène par Arnaud Malherbe sur un scénario co-écrit avec Sebastian Sepulveda, Ogre nous raconte l’histoire de Chloé et de son fils Jules, qui emménagent dans un petit village à la recherche d’une seconde chance. Alors qu’elle prend le poste d’institutrice à l’école municipale, lui ressent bien des difficultés à s’intégrer à son nouvel environnement, d’autant plus qu’il perçoit des présences et bruits particulièrement étranges provenant de la forêt. Quelque chose semble rôder, mais ce monstre est-il seulement réel… ?


Ogre joue avec nous sur son voile de mystère qui recouvre l’univers fantomatique et lancinant du film. En prenant la forme d’un drame social et familial qui se retrouve comprimé dans un film aux sensations horrifiques, le long-métrage multiplie les effets de style pour raconter son histoire, certes peu dense, mais toujours bien dosée dans son approche. On a ici affaire à un conte aux abords d’un bois effrayant, suivant un fils pourchassé par un monstre et une mère protectrice mais dépassée. En parcourant les deux points de vue, Malherbe permet de scanner cette petite commune de l’intérieur, traitant ainsi de la désertification de la campagne par un environnement souvent représenté vide. Stimulant un certain sens de la lenteur et du silence, Ogre tend à montrer une France oubliée et hantée par ses légendes. Ces légendes – dont celle de l’ogre éponyme, figure de croque-mitaine par excellence – prennent alors vie dans l’esprit d’un enfant solitaire en pleine recherche de repères qu’il peine à trouver autour de lui.


Malherbe compose alors une mise en scène portée par son ambiance sonore très appuyée qui permet au spectateur de se retrouver embarqué dans une expérience sensorielle très stimulante. Le vent, les craquements du bois et les respirations saccadées participent à la tension, alors que le silence paraît d’autant plus pesant. Dessinant en plus de ça un protagoniste malentendant qui switche le son de son appareil auditif (et celui du film) lorsqu’il ne veut rien entendre, Ogre propose une réalisation bien dosée et accompagnée d’une photographie réussie dans son traitement des ombres et plus particulièrement de la nuit. L’Ogre en question est un premier temps invisible, caché dans l’obscurité, dans les nuages au-dessus de la maison de Chloé, ou sous d’autres apparences encore plus sournoises, pour se dévoiler dans le virage narratif final un peu déroutant et probablement un brin facile, mais qui permet de boucler ce mystérieux conte horrifique de manière suffisamment efficace pour ce qu’il essaye d’accomplir.



Au casting, Ana Girardot campe avec précision le personnage de Chloé, jeune mère célibataire à la recherche d’une nouvelle vie pour elle et son fils après un passé tortueux. La comédienne nous propose alors une interprétation vivace et réussie en appropriant un genre dans laquelle on ne serait pas contre la retrouver. Le jeune Giovanni Pucci est également une jolie surprise en quasi tête d’affiche dans la peau de ce jeune enfant à l’imagination débordante aux prises avec un monstre que tous pensent imaginaire – ou du moins persistent à ne pas le voir. Samuel Jouy signe la troisième pièce du puzzle en interprétant le charismatique (et unique) médecin du village, qui sert de repère à la petite famille lors de leur emménagement. Sous ses apparences de fable sociale doublée de conte horrifique où le monstre enlève des enfants pour les dévorer, Ogre est un drame à la mise en scène enlevée et à la photographie léchée qui emporte encore une fois le cinéma français dans un genre qui manque cruellement de représentation à l’affiche. Arnaud Malherbe signe une chronique de la campagne française, de ses bingos communaux et de sa fête au village annuelle tâchée par la présence d’une créature anthropophage témoin d’un folklore toujours bien ancré dans nos esprits. Peut-être l’ogre, le loup-garou et la nuée de sauterelles trouveront dans nos monstres de quoi allumer la flamme du cinéma de genre de chez nous ? Pour ça, comme pour tous les traumatismes qui donnent naissance à ces films, seul le temps nous le dira.

Titre Original: OGRE
 

Réalisé par: Arnaud Malherbe

Casting : Ana Girardot, Giovanni Pucci, Samuel Jouy …

Genre: Drame, Fantastique

Date de sortie : 20 Avril 2022

Distribué par: The Jokers / Les Bookmakers

TRÈS BIEN

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