Critiques Cinéma

RING (Critique)

SYNOPSIS: Tokyo, fin des années 2000, une ru­meur se répand parmi les adoles­cents : visionner une mystérieuse cassette vidéo provoquerait une mort cer­taine au bout d’une semaine. Après le dé­cès inexplicable de sa nièce, la journaliste Reiko Asakawa décide de mener l’enquête mais se retrouve elle-même sous le coup de la malédiction. Pendant les sept jours qui lui restent à vivre, elle devra remonter à l’origine de la vidéo fatale et affronter le spectre qui hante les télévisions : Sadako. 

Au début des années 1990, l’écrivain de science-fiction Kōji Suzuki publiait le premier volet d’une série de romans qui lui apportera la renommée : Ring (1991). Pour donner une idée, en schématisant quelque peu, il n’est pas outrageant de pouvoir comparer le succès de Kōji Suzuki au Japon à celui de Stephen King. Le roman va croiser le destin de Hideo Nakata, qui avant de réaliser Ring avait surtout fait ses premiers pas de réalisateur dans la télévision et pour des films sortant directement en vidéo. Un téléfilm est produit en 1995, mais c’est bien la version cinéma de 1998 de Nakata qui va devenir anthologique, et qui va faire connaître un pitch devenu iconique au niveau international. Ring va permettre à Nakata, sans révolutionner l’ensemble des codes, de perpétuer toute une tradition autour du récit de fantôme (la figure des « Keidan »), et l’esprit vengeur qui va avec. Là où Ring opère une profonde mutation, c’est dans son croisement avec du cinéma fantastique, du polar façon horrifique, mais aussi une frousse qui s’appuie sur un caractère plus social et psychologique. Pour le dire simplement, nous sommes davantage dans l’épouvante que dans l’horreur. En effet, il n’y a pas une goutte de sang dans Ring, mais bel et bien une angoisse latente, avec certains pics de frissons, qui vous envahissent délicieusement de la tête aux pieds. En la matière, Ring a été comme un défricheur, un précurseur d’une forme de courant, qui a vu arriver ensuite des films comme Rétribution (2006) de Kiyoshi Kurosawa, Prémonition (2004) de Norio Tsuruta, Réincarnation (2005) de Takashi Shimizu.



Le film est tellement inspirant et marquant, que Ring va en fait devenir la version originale pour des remakes : Ring Virus (1999) de Kim Dong-bin et Le Cercle (2002) de Gore Verbinski. Il sera suivi de Le  Cercle 2  (2005), toujours de Hideo Nakata. D’emblée dans Ring, l’on est comme saisi, tant l’idée de départ est assez prodigieuse, et dès les premières minutes, Nakata va jouer avec nos nerfs autour de la potentielle crédibilité de cette légende urbaine de la mort certaine, après avoir visionné une mystérieuse cassette vidéo. Ce qui est assez remarquable dans Ring est le rapport que le film entretien à son fantôme. La question de savoir s’il existe ne se pose pas en réalité dans l’esprit de celle ou de celui qui va devoir y faire face. Il est là, sans qu’il ne s’agisse d’une vue de l’esprit. C’est aussi cette conviction qui nous est partagée et qui réussit à générer une angoisse réelle du fait de ce rapport à la vérité. Le spectre est ici tout sauf un ectoplasme. La vidéo maudite, dans le détail de ce qui s’y produit à l’écran, est truffée de symboles bien flippants, à commencer bien évidemment par le puits, et qui dans la compréhension progressive de son symbolisme vengeur va devenir explicitement angoissante. Car Ring au-delà de sa classification de film de genre est aussi et surtout en quelque sorte un polar, certes horrifique, mais dans un faux rythme haletant assez jubilatoire, nous allons avec Reiko Asakawa, la journaliste qui ne pourrait avoir plus que 7 jours à vivre et son ex-mari Ryūji Takayama de découvertes en découvertes pour tenter de décoder et de se rapprocher du spectre Sadako. Un fantôme que l’on va prendre de plus en plus en empathie, et c’est ici que le tour de force opère, un peu à l’image de Dark Water du même réalisateur, sorti 4 ans plus tard, avec un spectre qui sort de la caricature qui avait cours notamment outre atlantique. S’il est toujours éminemment et évidemment dangereux, le fantôme est bien plus triste et mélancolique que violent. C’est dans cet objet que le film est par moment glaçant et prend une remarquable densité.



L’enquête, qui délibérément nous perd par instants, va donner l’occasion de quelques moments où l’on se demande si l’art du kitch est clairement délibéré ou juste d’époque et de lieu, avec aussi des moments où l’on se surprend à rire, peut-être nerveusement, mais en tous les cas dans une forme de décorum fantasmagorique qui ne laisse pas indifférent. La mise en scène est suffisamment remarquable et à couper au couteau, pour maintenir une angoisse latente, comme si un-e fantôme se baladait en permanence au 4 coins de l’écran, et donc un peu sur le siège à côté du votre…



Il faut se faire à une interprétation parfois tout en surjeu, dans une forme de théâtralisation du non verbal, qui si elle ne s’inscrit pas toujours dans les codes de l’occident, permet en tous les cas de faire passer une intensité réelle. Au-delà de l’influence certaine du théâtre Kabuki dans l’histoire du jeu japonais, Nanako Matsushima, qui interprète la journaliste à l’espérance de vie de 7 jours, réussit pleinement à nous entraîner avec elle dans une frayeur qui ne nous quittera plus. Son duo avec son ex-mari à l’écran, Hiroyuki Sanada est hautement crédible et offre quelques moments assez inoubliables. Clairement, Il y aura un avant et après Ring, sur notamment l’approche de l’horrifique, avec ici un film qui se manifeste par une plus grande sincérité et qui permettra au cinéma de genre de sortir d’un ghetto somme tout caricatural du sanguinolent gratuit et même pas drôle. La haute définition dans cette sortie en 4 k pourrait également vous surprendre, et dans le cadre de cette redécouverte ou pour une première, il est toujours assez jouissif devant l’écran de contempler une œuvre qui a contribué à façonner l’histoire de son art.

Titre Original: RINGU

Réalisé par: Hideo Nakata

Casting : Nanako Matsushima, Miki Nakatani, Hiroyuki Sanada…

Genre: Epouvante-Horreur

Sortie le: 19 mars 2001

Reprise le: 13 avril 2022

Distribué par: The Jokers / Les Bookmakers

EXCELLENT

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