Critiques Cinéma

VORTEX (Critique)

SYNOPSIS : La vie est une courte fête qui sera vite oubliée. 

Le cinéma de Gaspar Noé est souvent prompt à nous faire sérieusement nous questionner sur la santé mentale du bonhomme, sur la tronche que peuvent avoir ses rêves et sur ses limites qu’il semble constamment repousser encore plus loin que la partie la plus inquiétante de l’indécence. Par ce cinéma animé, ultra violent et ultra stylisé qui laisse sa caméra voltiger dans tout l’espace du décor au gré des pérégrinations de personnages aussi fantasques qu’effrayants, Noé est un cinéaste dont l’œil aiguisé et enflammé n’échoue jamais à laisser des marques durables sur ses spectateurs, aussi clivants soient ses films. Ce début 2022 marque la nouvelle expérimentation du réalisateur après Lux Aeterna, Climax, Love, Enter the Void, Irréversible et Seul contre Tous (que des films qu’on vous conseille le samedi soir en famille au coin du feu), mais cette fois la donne a changé. Dans un exercice de style épuré, côtoyant la vulnérabilité des corps et le délitement de l’esprit, Vortex vient ouvrir un double cadre en split screen sur deux époux au crépuscule de leur vie en scannant la façon dont la fin inéluctable pose son ombre et son empreinte sur un monde voué à se terminer. Gaspar Noé laisse ses lumières flashy et ses retournées acrobatiques dans son placard (sauf pour le plan final sur Paris qui agit comme un soubresaut obsessionnel en pivotant son cadre pour s’envoler vers le ciel) pour raconter une histoire qui est sur le point de se conclure. Dario Argento et Françoise Lebrun – casting aussi étonnant qu’exaltant – campent ces deux amants en fin de course qui habitent un quotidien paisible voire curieusement vide. L’homme rédige un livre sur les rêves et le cinéma, la femme souffre d’un cerveau en pleine dégénérescence. Le fils, campé brillamment par Alex Lutz, essaie de rester avec eux mais est repris par des obsessions et des blessures profondes. Le monde s’écroule lentement, pendant plus de 2h, dans le silence complet d’un appartement parisien de personnes âgées qui ne peuvent plus que faire la seule chose envisageable : vivre.


Vortex est une expérience douloureuse et étouffante qui tend à prouver que le cinéma de Gaspar Noé n’est pas impactant uniquement parce qu’il est choquant. L’impact n’est pas celui du sexe graphique, des séquences hallucinatoires à base de sangria ou d’agression mortelle à l’extincteur, mais bien celui de la puissance des images mixée à la maestria de sa direction d’acteur qui pousse son spectateur dans l’inconfort latent de son univers. On déteste autant qu’on aime les personnages, source évidente du clivage causé par le cinéma du réalisateur. Dans Vortex, peu d’artifice. Noé revient à l’essentiel : ses deux personnages errant quasiment sans but dans un huis-clos de fortune et incapable de se sortir de la cage qui les enferme. Par sa mise en scène un temps déconcertante qui finit par devenir implacable, le réalisateur cisaille l’écran en deux pour constamment garder un œil sur chacun des deux protagonistes, montrant dès lors la volonté affichée de lentement les éloigner, eux qui étaient dans un seul et même cadre dans la courte scène d’ouverture. Mais malgré toute cette sobriété, Noé esquisse le parcours de deux âmes littéralement hantées par leurs souvenirs qui s’effacent lentement et qui leurs arrivent par bribes. Vortex traite de la fin de la vie avec une apparence froideur qui devient touchante par sa portée universelle. A la différence clé du Amour de Michael Haneke, le Vortex de Noé fait subir à ses personnages les affres du temps et l’implacabilité d’une fin à laquelle ils n’échapperont pas. Tout le film est construit sur cette structure qui emporte doucement ce couple vers le néant d’un écran noir qui viendra recouvrir la moitié de l’écran.


Sous la photographie voluptueuse et épurée de Benoît Debie qui vient capter les soubresauts et les imprévisibilités des quotidiens de ses personnages, Dario Argento et Françoise Lebrun sont extraordinaires dans deux performances en parallèle, l’une quasiment à l’opposée de l’autre. La maladie se posant comme antagoniste invisible d’un combat qui se ne gagne pas, les deux comédien.nes nourrissent des performances très impressionnantes dans leur approche de la souffrance camouflée sous une incompréhension latente de la dégénération du cerveau.




En court-circuitant son cinéma dans une lignée qui vient finalement épouser considérablement précisément sa filmographie habitée et diaboliquement multi-facettes, Gaspar Noé signe avec Vortex  un portrait crépusculaire, fataliste et tendre de la fin. Désarçonnant et lancinant, tout en remuant les tripes et en serrant la gorge dans ses scènes clés, ce nouveau long-métrage est très probablement son film le plus intime, et d’ores et déjà l’un des grands films de 2022. Et ce grâce à un cinéma sobre, viscéral, déchirant, traumatique et factuel qui risque de marquer autant au fer rouge ses spectateurs que ses précédentes itérations. Alors ne vous laissez pas berner par ses apparences, ce Vortex a vocation à vous emporter vous aussi, quitte à vous laisser livide sur le bord de la route en fin de parcours.

Titre original: VORTEX

Réalisé par: Gaspar Noé

Casting: Françoise Lebrun, Dario Argento, Alex Lutz …

Genre:  Drame

Sortie le: 13 avril 2022

Distribué par : Wild Bunch Distribution

4,5 STARS TOP NIVEAU

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