Critiques Cinéma

LA REVANCHE DES CREVETTES PAILLETEES (Critique)

SYNOPSIS: Alors qu’elles sont en route pour les Gay Games de Tokyo, les Crevettes Pailletées ratent leur correspondance et se retrouvent coincées au fin fond de la Russie, dans une région particulièrement homophobe… 

A 30 ans, le réalisateur Cédric Le Gallo, qui se définit comme un artiviste, a intégré une équipe de water-polo gay, qui très vite est devenu sa deuxième famille. Il dit avoir rencontré « Des âmes sœurs, qui ont complétement changé ma vie et m’ont aidé à grandir et à être qui j’étais ». Il y a la trajectoire personnelle de Cédric le Gallo, qui forcément se raconte un peu à travers ce film et le premier opus Les crevettes pailletées (2019) ; Mais au-delà d’une ouverture toute personnelle au monde, que Cédric Le Gallo a voulu transmettre sur grand écran, il évoque aussi de solides références cinéphiles, s’appuyant par exemple sur Le dictateur (1940) de Chaplin, notamment sur l’aspect «  Mascarade, se faire passer pour un autre, mentir et se déguiser ». Le réalisateur peut aussi confier son admiration du travail de Gaspard Noé, dont chacun connaît au bas mot l’atypisme. Après le succès du premier opus avec presque 600 000 entrées, cette fois ci direction l’Ukraine, avec ses moins 22 degrés, ce qui pour l’ensemble d’une équipe d’un film crée encore plus de commun !! Les crevettes sont donc en Russie, mais dénoncer l’homophobie d’état de la Russie en… Russie… Ils prenaient précisément le risque que la fiction devienne réalité, en finissant derrière les barreaux. Le tournage s’est donc fait en Ukraine… Bien plus occidentalisée et moderne, ce qui dans la période actuelle n’est pas anodin à signaler. Certains de leurs camarades acteurs sur le film ont depuis pris les armes pour se défendre de l’agression que l’on sait… Sur ce choix scénaristique, Cédric Le Gallo dit : « Les homophobes en Russie sont considérés comme des défenseurs des valeurs familiales ». S’il s’agit d’une suite directe du premier opus, les comédiens affirment notamment que : « C’est un film où on apporte un nouveau message, plus gestuel. Il y a une évolution des personnages et c’est vraiment agréable, mais concernant le water-polo, on ne connaît toujours pas les règles ! »


Et clairement, La revanche des crevettes pailletées est un vrai beau et fort prolongement de son premier épisode. Le tour de force de bonifier et même ici de magnifier une histoire dans un deuxième chapitre est pleinement réussi. Le film est résolument moderne, pop, subtil, glamour, délicat et avec au moins une pure scène de grâce que chacun-e- découvrira. Surtout, il n’est jamais caricatural et ne se prend pas les pieds dans son propre tapis, ce qui peut facilement arriver avec ce genre de sujet dynamite. Malgré les blagues façon potaches, mais (presque) jamais lourdes, dans une bonne humeur permanente avec une chorale vivifiante et un collectif virevoltant, La revanche des crevettes pailletées  demeure un film très sensible et intelligent. Avec une alternance de véritables moments de comédies hilarants et des instants de gravité, sans jamais tomber dans un excès de clichés, façon tartinage guimauve. Il nous est également montré de saisissants et effroyables moments de «  thérapie de conversion  », visant en somme à  » déshomosexualiser les malades », façon ruralité hivernale Russe, avec la violence physique, psychologique et émotionnelle qui va de pair, pour les hommes qui font la honte des familles, par leur choix contre-nature. En France, une loi pour interdire ces thérapies de conversion existe depuis …. Le 30 Janvier dernier seulement !!! Il y a à moins de 10 ans au moment du mariage pour tous, une députée française avait bien comparé l’homosexualité à la zoophilie…


Dans le film, il y a cette directrice du centre de conversion… Son illumination est totale, tellement réelle et frappante. Son apparition permet une scène particulièrement saillante. Sous couvert religieux, elle tente de démontrer façon gourou antéchrist en jupon l’abomination contre nature de l’homosexualité. Ce à quoi, le personnage de Geoffrey Couët lui envoie à la figure entre autres, sa connaissance encyclopédique religieuse du lévitique et de l’exode, qui démontre bien que la religion ne peut servir d’excuse à l’intolérance crasse. Cette scène émane directement d’un des plus beaux moments de la prolixe série The West Wing  (1999-2006) où une intégriste se fait découper en rondelles dans un moment jubilatoire par le fabuleux Président Bartlet (Martin Sheen). Mais ce qui semble le cœur du message de La revanche des crevettes pailletées  est en réalité d’une belle clairvoyance, en nous montrant des homophobes gays, des lesbiennes un peu hétéros mais pas tout à fait pansexuels pour autant… Vous êtes perdus, nous aussi et on s’en fout complètement. Car au plus près des ambiguïtés de chacun, des petits mensonges entre amis, des petits mouchoirs que l’on pose et autres auto-accommodements avec la vérité, il est ici question d’un film de déconstruction, d’acception de soi et d’amour de l’autre. Ou comme le résumerait Alfred De Musset sur cette glorieuse incertitude, cette valse sentimentale parfaitement décrite dans le film : «  Je ne sais pas où va mon chemin, mais je marche mieux quand ma main tient la tienne  ».


C’est donc en cela que La revanche des crevettes pailletées n’est pas basiquement un film gay, ce qui serait terriblement réducteur et viendrait contredire le message d’une forme «  d’universel sentimentalement  ». Sur ce casting, Il serait bien périlleux d’extraire une performance individuelle dans cette clique réjouissante, tant force va au collectif et qu’il s’agisse de Nicolas Gob, Bilal El Atreby, Michaël Abiteboul, David Baiot, Romain Lancry, Roland Menou, Geoffrey Couët, Romain Brau, Felix Martinez.. Ils livrent des prestations engagées, et offrent des moments de bravoure très convaincants. Avec forcément une pensée toute spéciale pour Vladimir Rashchuk, et d’autres qui sont actuellement…. sur le front Ukrainien… Glaçant mais réel… Pour convaincre les plus potentiels récalcitrants, Cédric Le Gallo fait la promesse du rire devant La revanche des crevettes pailletées, et il a raison, tant on se laisse emporter par des effets comiques réussis. Et même si parfois, l’on voit un peu venir à quelques kilomètres certaines situations, la mise en scène est suffisamment fine pour faire avancer la narration avec une belle fluidité. « On va vous décortiquer, on est les crevettes pailletées  »… Laissez-vous faire avec plaisir, vous allez passer un très bon moment de cinéma.

Titre Original: LA REVANCHE DES CREVETTES PAILLETÉES
 

Réalisé par: Cédric Le Gallo, Maxime Govare

Casting : Nicolas Gob, Alban Lenoir, Bilal El Atreby …

Genre: Comédie dramatique

Date de sortie : 13 Avril 2022

Distribué par: Universal Pictures International France

TRÈS BIEN

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