Critiques Cinéma

ICARE (Critique)

SYNOPSIS: Sur l’île de Crète, chaque recoin est un terrain de jeu pour Icare, le fils du grand inventeur Dédale. Lors d’une exploration près du palais de Cnossos, le petit garçon fait une étrange découverte : un enfant à tête de taureau y est enfermé sur l’ordre du roi Minos. En secret de son père, Icare va pourtant se lier d’amitié avec le jeune minotaure nommé Astérion. Mais le destin bascule quand ce dernier est emmené dans un labyrinthe. Icare pourra-t-il sauver son ami et changer le cours d’une histoire écrite par les dieux ? 

Les adaptations de mythes grecs (et nous supposons bien sûr les mythes d’autres contrées sur lesquels nous sommes toutefois moins calés) prennent le plus souvent d’énormes libertés avec leurs matériaux d’origine. En avril 2020, lors de notre papier sur le film animé Hercule et Xena : La Bataille du Mont Olympe nous revenions plus particulièrement sur le cas du personnage d’Héraclès/Hercule et ce de façon non-exhaustive (il y avait encore bien davantage à dire). Héraclès est en effet un excellent exemple de ce que nous allons aborder tant ce symbole fut l’objet d’adaptations diverses et variées : au cinéma, à la télévision, en livres, en comics/bandes dessinées, en jeux vidéo…pourtant la plupart de ces adaptations ne reprenaient finalement que peu d’éléments du mythe originel ou les recyclaient tellement que la  » véritable  » histoire d’Héraclès n’était même pas connue de la plupart des gens. Hormis les douze travaux accomplis par ce demi-dieu à la force surhumaine, peu de péquins ont réellement connaissance de l’horreur (qui fait en partie sa force) du mythe tel qu’il existe. Chacun propose une version de l’histoire à sa sauce, le plus souvent très édulcorée, comme si montrer ce qui existe initialement allait ennuyer les gens qui pourtant ne le connaissent guère (on peut difficilement dire dans le cas d’Héraclès que quelqu’un se soit un jour donné la peine d’adapter à l’écran les véritables conséquences des actes du personnage rendu fou par Héra). Avec Icare c’est tout à fait le même  » problème  » qui se présente : la proposition d’une histoire très librement inspirée d’un mythe que les individus (dont les enfants) ne connaissent déjà pas forcément de base (et en même temps, si les gens ne le connaissent pas, ce n’est pas la faute de l’équipe créative nous direz-vous, et vous auriez raison). A part savoir qu’il s’agit d’un jeune garçon qui est mort en volant trop près du soleil avec des ailes fabriquées par son père, le mythe n’a pas nécessairement été ressassé auprès des oreilles attentives et inattentives. Malgré tout le film décide d’adapter à sa façon plusieurs histoires qui s’entremêlent, quand bien même elles s’éloigneraient de très loin des trames existantes. Sur le principe cela ne nous dérange pas, car nous le savons ; mais cela pourrait dans un sens être vu comme un défaut d’Icare qui est, indépendamment de cela, tout bonnement merveilleux. Difficile, nous supposons, de le montrer dans une salle de classe, à moins de le prendre comme support pour ensuite expliciter ses différences avec le mythe d’origine. En le prenant pour argent comptant, le film risque de semer la confusion plus qu’autre chose. Néanmoins Carlo Vogele et Isabelle Andrivet ont souhaité livrer leur version et ils en ont parfaitement le droit. Nul auteur dans sa création artistique relative à un mythe n’est tenu moralement à une histoire devant adapter stricto sensu l’existant. Disons que tout au plus il s’agit d’un choix faisant l’objet d’un relatif mauvais timing dans la mesure où le personnage n’a pas été adapté à foison jusqu’à présent.



Avant d’aborder la forme du long métrage, restons sur le fond, puisque c’est là-dessus que nous avons amorcé notre propos. Nous n’allons guère pointer du doigt les différences entre cette proposition et le mythe dont elle est issue et vous encourageons si vous les ignorez à aller vous documenter dessus avant ou après avoir vu le film (avant c’est tout de même mieux). Ce qui est assez déstabilisant en découvrant Icare c’est qu’il ne s’agit pas réellement d’un film sur le personnage d’Icare tant les vies d’autres protagonistes viennent parasiter la sienne. Ce récit mythologique combine ainsi plusieurs histoires en un petit peu plus d’une heure, offrant par la même occasion une narration qui est loin d’être son point fort. Pour faire simple : Dédale, ingénieur reconnu, travaille au service du roi de Crète appelé Minos. La reine Pasiphaé, femme de ce dernier, s’est autrefois éprise d’un taureau blanc. Aidée par Dédale qui lui a confectionné une invention lui permettant de s’accoupler avec l’animal, la reine va donner naissance (derrière le dos du roi) à Astérion, plus connu sous le nom du Minotaure. Dans cette version Icare va devenir ami avec Astérion. En parallèle d’autres personnages décisifs sont présents tels qu’Ariane (et son fameux fil) ou le grandiloquent Thésée. Nous n’allons pas développer davantage l’histoire afin de vous laisser toutes les surprises, sachez juste que le cœur du récit repose sur Astérion et son amitié avec Icare. Le reste s’avère un peu plus accessoire mais bien sûr extrêmement important pour insuffler la tragédie et ses conséquences sur cette amitié très belle, mais vouée à être déchirante. Cette proposition nous l’avons entièrement accueillie et nous la trouvons plutôt pertinente vis-à-vis de ce qu’elle souhaite raconter. Dommage qu’elle manque parfois de fluidité et peine parfois à trouver le bon mécanisme à actionner afin de faire avancer le plus efficacement son histoire via une boîte à outils un poil trop surchargée. Le film aurait d’ailleurs sûrement gagné à être un peu plus long de cinq ou dix minutes pour donner davantage de temps à certains évènements et personnages sans avoir à accentuer cette sensation de best of mythologique qui tisse trop de choses entre elles sans avoir le temps de le faire de la meilleure des façons. Malgré cela l’histoire ne manque pas de beauté, ni d’émotions. Pris dans son ensemble, le film non plus, bien au contraire.




Dès la scène d’ouverture, la beauté visuelle et sonore du film crève les yeux et les oreilles : le voyage sera beau et envoûtant. C’est une promesse qui jamais ne se fane. Comment pourrait-il en être autrement avec de si belles images portées par rien de moins que du caviar musical de notre très cher Vivaldi ? Carlo Vogele a un énorme talent, c’est un fait. Né au Luxembourg, il a grandi en France avant d’étudier à la très réputée école des Gobelins de Paris puis en travaillant aux studios Pixar. Icare est son premier long métrage et c’est une réussite. Le character design, les vêtements des protagonistes, les couleurs, le tout en mouvement par le biais de techniques d’animations mélangeant 2D et 3D (que dire du parcours de Thésée dans le labyrinthe, à part que c’est tout simplement magnifique ?), tout est judicieusement choisi et orchestré pour coller à merveille à un récit de mythologie grecque. Sur la forme c’est un sans-faute artistique où la technique se met au service de l’émotion et de la poésie. Icare est donc un merveilleux voyage qui réussira à n’en pas douter à subjuguer autant les petits que les grands. Si d’ailleurs à la vue des séances (parfois assez restreintes niveau horaires, à croire que seuls les mercredi et weekends sont ciblés pour les têtes blondes) et de la communication sur le film vous craignez vous aussi d’avoir affaire à un film bêtement calibré pour les enfants, rassurez-vous. Icare, malgré ses libertés avec le mythe, n’est pas un film que nous pourrions qualifier d’édulcoré. Icare a ce qu’il faut, là où il faut. Les enfants n’appréhenderont d’ailleurs probablement pas le rendu de la même façon qu’un adulte, certains passages pouvant être abordés avec plusieurs niveaux de lecture.



Icare est donc une indéniable réussite qui mérite assurément le détour dans les salles obscures. Si nous pourrons regretter le manque de fluidité de sa narration, voire même le parti pris général de proposer une adaptation aussi  » libre « plutôt que de resserrer un peu plus son histoire sur les éléments originaux, le long métrage n’en demeure pas moins beau et saisissant, autant sur le fond que sur la forme et ne donne qu’une envie à l’issue de la projection : retourner le voir après nous avoir emmenés aussi près du soleil.

Titre Original: ICARE
 

Réalisé par: Carlo Vogele

Casting : Camille Cottin , Niels Schneider , Féodor Atkine …

Genre: Animation

Date de sortie : 30 Mars 2022

Distribué par: Bac Films

TRÈS BIEN

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