Critiques

INFINITI (Critique Mini-série) Assez fascinant et unique en son genre…

SYNOPSIS: L’ISS, la Station Spatiale Internationale, ne répond plus. Son équipage est en perdition. Au même moment, un cadavre décapité et couvert de cire est retrouvé sur un toit au Kazakhstan. L’identification est formelle : il s’agit d’Anthony Kurz, un astronaute américain actuellement en mission dans l’ISS. Anna Zarathi, une spationaute française, écartée du programme spatial, et Isaak Turgun, un flic kazakh désavoué par sa hiérarchie, vont tenter de résoudre cet étrange paradoxe… 

Il est périlleux de classer Infiniti, qui, au-delà d’une forme de thriller de science-fiction, est sans doute d’abord et avant tout un voyage très multiple de 6 épisodes de 52 minutes chacun. Son réalisateur Thierry Poiraud compte à son actif la série Zone blanche (2017), dont voici ce que Les chroniques de Cliffhanger & Co disait de la saison une à l’époque : « Voici une série forte, vivante, vibrante, incandescente, qui vous emporte sur des sommets narratifs qui passe avec fluidité du thriller au western, qui flirte avec le fantastique tout en oubliant pas d’être drôle par moments et de nous soustraire à la chape de plomb qui menaçait.  » La mini-série, qui à la genèse du projet s’appelait Kourou  est donc de réalisation française, mais au regard du sujet traité, et dans sa forme, elle est clairement internationale, qu’il s’agisse des lieux de tournage (Guyane, Kazakhstan, Ukraine) ou de son casting. Si d’autres séries traitent de la thématique de l’espace, là où par exemple, Away  (2020), For All Mankind (2019) vont s’attacher entre autres aux impacts émotionnels sur leurs héros au regard de l’atypisme de leur profession d’astronautes. Infiniti se démarque et innove du moins dans le monde de la série spatiale, par le caractère «  thriller de l’espace  », même s’il ne serait pas sérieux de réduire ainsi la série, qui, dans sa narration va bien au-delà des codes de la résolution d’une intrigue criminelle. Dès le premier épisode, l’image d’un choc entre une station et un cargo, façon carambolage de l’espace, est impressionnante et va lancer l’histoire, car clairement, on devine d’emblée qu’il ne s’agit pas d’un stop grillé ou d’une priorité à droite non respectée.


Après classiquement un premier épisode d’installation de l’intrigue et des protagonistes, la série décolle – sans mauvais jeu de mots- réellement dès son deuxième acte, entre les incontournables enjeux géostratégiques spatiaux sous fond de relents de guerre froide, avec en sus la place forcément trouble et changeante de la chine. Au-delà d’une sacrée résonance évidemment, dès qu’il est question de conquête de l’espace, pour le dire vite, l’enjeu de celui qui urine le plus loin se pose. Mais ce sont aussi les histoires dans l’histoire qui font le charme des séries et crée l’empathie indispensable pour capter le spectateur et lui donner l’irrépressible envie d’en savoir plus. Et bien sûr cette intrigue forcément fascinante de mêmes personnages vivant dans l’espace mais morts sur la terre, qui est LE postulat scénaristique de la série ne peut que nous donner envie d’en savoir davantage, sans même avoir besoin de rajouter des effets surjoués de twist permanent. La résolution progressive de l’énigme, si elle se perd parfois au cœur de la saison dans des micros-histoires qui ne servent pas réellement le récit, nous amène progressivement sans en dire un mot, vers un dénouement en revanche totalement captivant…


Et le décor spatial en plus… avec un usage du full 3 D et un travail d’effets spéciaux et visuels qui tient largement la route et apporte donc une beauté plastique évidente. C’est même une forme de poésie qui d’ailleurs s’installe, car là-haut, tout là- haut…entre la force des couleurs et le bruit du silence, c’est une énergie bouleversante qui se propage… Une irréalité d’une utopie que l’on effleure du doigt à l’image du désir de Anna (la formidable Céline Sallette) dont le rêve est «  juste  » d’aller dans l’espace… La série, dans ces quelques moments là, touche en effet à une forme de grâce évidente. Il faut donc vous laisser guider et planer au moins jusqu’à l’avant-dernier épisode, qui est véritablement envoutant… Les incroyables steppes du Kazakhstan, au décor lunaire, qui viennent comme en écho aux images spatiales, ajoutent une forme onirique à l’histoire, dans une poésie d’images véritablement très esthétiques. Dans une narration très induite, c’est par moment une ode environnementaliste, avec l’approche de l’infiniment grand et la façon dont les hommes saccagent celui-ci, qu’il soit terrestre ou spatial… Les décors brulants du cosmodrome de Baïkonour sont à couper le souffle, au cœur d’une base spatiale russe en territoire Kazakh, avec des enjeux géopolitiques et stratégiques immodérés.


C’est aussi une série qui relate avec sensibilité au moins deux quêtes très existentielles. En effet, Anna et Isaak (Daniyar Alshinov) vont chercher des réponses à leurs terribles brisures respectives, au point de vouloir exister autrement, et en creux de leur cheminement, ce qu’ils vont trouver pourraient bien vous laisser complétement et surtout infiniment démunis… Justement, Daniyar Alshinov, acteur Kazakhe porte son personnage dans l’expression infinie de la pire des mutilation humaines qu’est le deuil d’un enfant… (on le sait très vite dans la série…). Ainsi, les tourments extrêmes et les névroses morbides de son personnage sont interprétés par l’acteur avec une belle émotion à l’écran. Céline Sallette est envoutante dans le rôle d’Anna, et dans sa façon de se débattre pour mieux comprendre, mieux aimer, et qui se pose comme un besoin infini pour tenter de continuer à avancer. Son interprétation est forte car son engagement est partout à l’écran. A noter que l’actrice qui joue l’ex-femme d’Isaac, Samal Yeslyamova, est la plus grande actrice Kazakhe. C’est la » Isabelle Huppert du Kazakhstan, c’est une légende », selon le producteur Eric Laroche. Elle avait reçu le Prix d’Interprétation à Cannes en 2018 pour Ayka. Au final, Infiniti est un très bel objet, assez fascinant et unique en son genre. Si l’intrigue est par moment un peu trop labyrinthique, son sujet phare lui permet de capter le spectateur dans un format (6 x52′) adéquat. Il en émane une évidente puissance esthétique qui ne devrait pas laisser indifférent-e-s celles et ceux qui s’y essaieront. Bon voyage à eux vers l’infini…

Crédits: Canal + / Empreinte Digitale (Raphaël Rocher et Eric Laroche) / Federation Entertainment Belgique (Lionel Uzan).

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