Critiques Cinéma

ABUELA (Critique)

SYNOPSIS: Susana, un jeune mannequin espagnol, est sur le point de percer dans le milieu de la mode parisien. Mais quand sa grand-mère est victime d’un accident la laissant quasi paralysée, Susana doit rentrer à Madrid dans le vieil appartement où elle a grandi afin de veiller sur celle qui constitue son unique famille. Alors qu’approche leur anniversaire commun, de vieux souvenirs resurgissent en parallèle d’événements étranges, et le comportement de sa grand-mère devient de plus en plus inquiétant… 

Si les réussites des trois volets de [REC] sont discutables, l’apport de la saga en found footage pour le cinéma horrifique espagnol est indéniable. Après ses co-réalisations avec Jaume Balagueró, on a pu retrouver Paco Plaza en solo avec Verónica en 2017, puis avec le thriller Eye for an Eye deux ans plus tard. Cette année, le réalisateur espagnol revient au surnaturel dans Abuela qui laisse la part belle aux traitements de l’Âme, de la vieillesse et de la fatalité de la mort. Bref, que de joyeusetés au programme. Dans Abuela, on suit Susana, une mannequin espagnole qui tente de percer dans le milieu de la mode parisienne. Quand elle apprend que sa grand-mère – sa seule famille restante avec qui elle partage une date d’anniversaire en commun – a eu un accident et qu’elle sera désormais dépendante, Susana la rejoint pour s’occuper d’elle le temps de trouver une solution à la situation. Mais sa Abuela révèlera des comportements étranges alors que la jeune femme sera témoin de mystérieux évènements au sein de cet appartement. A quelques semaines de la sortie du Climax de Gaspar Noé qui évoque également à sa façon le crépuscule de la vie (pas dans l’épouvante, mais dans la rugosité implacable de la réalité), Abuela prend lui la forme d’une traversée horrifique dans les vestiges de l’âme par le traitement du corps comme réceptacle éphémère qui subit les affres du Temps. Susanna, en côtoyant le milieu branché du mannequinat français, comprendra très vite qu’à à peine 25 ans, elle est « une vieille » pour le domaine, qui lui préfèrera aisément des jeunes de 15 ans dans la fleur de l’âge. Et par une projection, la jeune femme sera alors confrontée à la vision de sa grand-mère vieillissante, désormais dépendante après avoir perdue son autonomie et quelques habilités psychologiques. Abuela traite du Temps qui défile à une vitesse insaisissable, piochant dans toute cette imagerie pour dérouler son horreur lancinante.



Car Plaza découpe son film comme un huis-clos majoritaire à partir du moment où Susana emménage chez sa grand-mère, oscillant par une succession de cycles jour-nuit entre calme planant et visions terrifiantes. Abuela cache ses éléments surnaturels un premier temps pour installer une étrangeté flottante en jouant avec la figure de la vieillesse pour tisser son effroi. Sans utiliser la carte facile et désormais trop éculée du jumpscare, Plaza emmène le spectateur hors de sa zone de confort en lui proposant une expérience non identifiée qui se contient autant que possible avant de partir en flammes dans son impressionnant crescendo fantasmagorique final. On regrettera cependant la trop figurative scène d’ouverture qui dévoile rapidement le pot-aux-roses à quiconque ferait assez attention à l’univers mis en place, et empêchant dès lors le fonctionnement des divers twists éparpillés à travers le film.

Par un casting étroit qui se concentre sur son duo principal réagissant et fonctionnant en miroir l’une avec l’autre (le miroir est d’ailleurs une figure omniprésente dans l’entièreté du long-métrage), Abuela gagne avec l’épatante Almudena Amor un personnage principal fort et très bien dirigé qui évite les pièges habituels de ce genre de production en construisant une relation particulièrement puissante avec Vera Valdez, absolument terrifiante dans ses séquences horrifiques filmées avec soin.


Dans un jeu de miroir qui trafique le corps pour démembrer ses thématiques une à une à mesure que le cauchemar psychologique inéluctable prend forme autour de sa protagoniste, Abuela est une réussite aussi fraîche qu’éprouvante qui pioche dans les thèmes les plus traumatiques de l’humanité (la peur de la mort, le vieillissement et l’obsession de l’apparence) pour dresser une expérience horrifique désarçonnante et étouffante. Dimension sociale et épouvante symptomatique sont au programme de la nouvelle réalisation atmosphérique de Paco Plaza qui signe un cinéma habité et haletant, manquant par instant d’un léger degré de surprise mais dont les défauts s’effacent au profit d’un travail soigné de l’ambiance musicale/sonore, du cadre et de la photographie (signée Daniel Fernández Abelló). Abuela est une nouvelle preuve du potentiel formel et de la profondeur thématique du cinéma d’horreur espagnol, et propose un effroi enthousiasmant qui se découvre de préférence dans l’obscurité d’une salle de cinéma pour mieux voir à travers l’écran ce vicieux miroir qui vous fixe à votre tour…

Titre Original: LA ABUELA
 

Réalisé par: Paco Plaza

Casting : Almudena Amor , Vera Valdez , Karina Kolokolchykova …

Genre: Epouvante-Horreur

Date de sortie : 06 Avril 2022

Distribué par: Wild Bunch Distribution

TRÈS BIEN

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