Critiques Cinéma

AZURO (Critique)

SYNOPSIS: Un été. La torpeur. Une chaleur écrasante. Un climat déréglé. Un village coincé entre la mer et la montagne. Pas de réseau. Pas de portable. Des amis qui se connaissent trop bien. Rien à faire. Ou si peu. Les vacances. Et puis arrive un bateau. Et de ce bateau descend un homme. Un homme mystérieux…

Azuro, comme son ne l’indique pas est d’abord une adaptation d’un roman de Marguerite Duras Les petits chevaux de Tarquinia paru en 1953. Le choix du mot Azuro ne veut pas dire grand-chose selon les propres mots du réalisateur, Matthieu Rozé, si ce n’est une sorte d’Espéranto estival, qui reflète une forme légèreté, presque un je m’en foutisme des personnages principaux. Le cinéaste, pour son premier long métrage met la barre haute en s’attaquant ainsi à Marguerite !! Il évoque un véritable coup de cœur à la lecture du roman, tout en pensant fortement à sa propre bande de potes qu’il a reconnue dans l’œuvre. L’ensemble ayant poussé celui qui est d’abord connu comme acteur, à passer derrière la caméra. Sachant que Marguerite Duras Herself a vécu l’histoire qu’elle raconte dans son livre. Notamment le personnage de Margaux joué par Florence Loiret-Caille, qui n’est rien d’autre dans la réalité que Sonia Orwell, femme de Georges !! Sarah, Valérie Donzelli étant Marguerite Duras. Dans une humilité intéressante, Matthieu Rozé évoque comme influences aussi bien Antonioni que le film Une fille facile (2019) de Rebecca Zlotowski, pour entre autres cette suspension du temps. Avec beaucoup de charme, le film évoque particulièrement le terrible drame ordinaire de l’ennui dans le couple, de l’ennui dans l’amour. Le caractère insupportable de l’effet miroir que nous renvoie l’autre. Ce qu’il voit de nous, nous rend fou… Que faire, face à cette extrême lassitude ? A cette forme d’impasse assez inextricable, la réponse pourrait être « Quand on aime, il faut partir » … Oui mais après… Sarah et Pierre sont déchirants face à tous leurs impossibles. Les amis sont tous là, dans cette bulle estivale parce qu’ils s’aiment. Ce, malgré le chaos et les tumultes sentimentaux. Beaucoup se joue entre eux. Les personnages sont à la fois solaires, tant le feu brule sur leurs peaux trempées, entre sueur et eau salée, mais aussi lunaires, car au final, on ne sait rien d’eux. Il s’agit ici d’une véritable Intention de la part du réalisateur qui veut activer notre imaginaire certes, mais aussi les désincarner du réel pour encore mieux les ancrer dans la bulle, dans ce temps suspendu. Leur vacuité est totale. Ce qui fonctionne à souhait, car le spectateur ne peut mettre un avis sous forme de préjugé, du type, et bien oui il agit comme ça, car forcément, dans la vie il est toiletteur… Ils ne sont identifiables que par ce qu’ils font ou ne font pas sous nos yeux, et c’est ici une véritable habileté scénaristique.


L’impudeur est également partout dans leur dédale amoureux, y compris devant leur fils de 6 ans, que l’on nomme « L’enfant « . Comme « L’homme » au bateau, il n’a pas de prénom. Reprenant la narration de Marguerite Duras. Car dans cette chaleur suffocante, dans ce moment incandescent et complétement à l’arrêt, comme eux même le confessent, les cerveaux fondent au soleil et génèrent une forme d’abrutissement, ajoutés à l’enfilade rafraichissante de Camparis, et une désinhibition qui les rend eux même à l’état d’enfants. C’est donc une affaire de légèreté constante, d’insouciance et même par moment d’une forme d’inconscience. On notera la légère lourdeur dans l’insistance métaphorique où l’on a bien compris les intentions du réalisateur, qui par le biais d’un incendie hautement spectaculaire et quasi apocalyptique à plusieurs moments du film, nous amène dans le cœur de Sarah, elle aussi en prise avec un feu incontrôlable d’amour. Feu qui la consume entre son « officiel » Pierre, avec qui la crise est totale, mais aussi bien sûr  » l’homme « , qui symbolise l’incarnation absolue de la transgression, et même  » l’Enfant », pour qui elle brûle d’un amour immodéré. Sarah ne sait plus où donner de la tête avec l’arrivée triomphale et sensuellé de « l’homme » avec ses attributs phalliques, comme dirait Duras.


La place de « l’enfant » est d’ailleurs singulière. Lui qui est aimé à la folie par sa mère. Même si comme le dit Matthieu Rozé, dans le film  » L’enfant, tout le monde l’adore, mais aussi tout le monde s’en fout ». C’est assez saisissant à l’écran. Le film est tourné à la pellicule, c’est du brut, de l’intemporel, mais aussi du film de vacances sous le soleil. Le rythme est lancinant, la bande originale y contribue avec force. C’est une torpeur entretenue. Beaucoup de plans fixes, notamment sur une Valérie Donzelli iconique et magnifiée… Que la caméra de Rozé l’aime, et nous aussi, tant sa lumière naturelle est étincelante… La musique de Kid Francescoli, omniprésente, est un roman à elle toute seule. Elle est envoutante, colle à la pellicule et amène une mélancolie pour le moins renversante.


La chorale est une réussite. Les acteurs sont tous au diapason, qu’il s’agisse de Thomas Scimeca (Vadim), la force du décalage, de Yannick Choirat (Pierre), en double tourmenté, de Maya Sansa, la radicale aimante ou de Nuno Lopes, l’envouteur mystérieux. Et Clairement, Valérie Donzelli, dans sa folie amoureuse joue avec la palette des émotions, comme qui rigole… Elle est troublante et envahissante, son interprétation vous trotte dans la tête. Pour un premier long métrage, Matthieu Rozé montre déjà énormément. D’Azuro, on sort un peu vaporeux, on a bien sûr envie de soleil partout… Comme le dit Duras, dans le roman d’origine, et entendu dans le film : « Il n’y a pas de vacances à l’amour, ça n’existe pas. L’amour, il faut le vivre complètement avec son ennui et tout, il n’y a pas de vacances possibles à ça. ». C’est pop et sensuel à souhait, un vrai bon moment.

Titre Original: AZURO
 

Réalisé par: Matthieu Rozé

Casting : Valérie Donzelli , Thomas Scimeca , Yannick Choirat …

Genre: Comédie

Date de sortie : 30 Mars 2022

Distribué par: Paname Distribution

TRÈS BIEN

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