Critiques

SENTINELLES (Critique Saison 1) Une série prenante et immersive…


Présentée cette semaine au festival Séries Mania, la nouvelle série Sentinelles débarquera le 5 avril prochain sur OCS. Le programme pointe d’ailleurs justement le bout de son nez au moment où le retrait progressif des troupes françaises au Mali a été annoncé par Emmanuel Macron. Parce que oui, c’est ici bien ça (ou du moins, ce qui a mené à ça) qui est mis en exergue au sein des épisodes : Sentinelles met en scène de jeunes soldats français dans la région de Mopti au Mali. Leur but est théoriquement simple (mais la série nous démontrera aisément que c’est au final bien plus rocambolesque que cela) dans la mesure où les forces françaises ont vocation à empêcher la proclamation d’un califat au Sahel. Malheureusement, la population malienne s’avère de plus en plus hostile à l’encontre des militaires qui subissent en parallèle des ordres totalement contradictoires de leur hiérarchie.

Davantage que de savoir si le Mali a ou non besoin de la présence de troupes françaises pour se redresser, Sentinelles nous dépeint surtout un tableau bien pessimiste des arcanes du système et de son impact sur les soldats et les civils. C’est d’ailleurs l’un des aspects les plus fascinants du show. Une bavure peut vous donner le droit à une médaille et la falsification de preuves peut vous octroyer indirectement une promotion : il faut étouffer tout scandale qui risquerait de jeter de l’huile sur un brasier déjà bien fourni. Le ton est donné dès le début de la série lorsque l’un des soldats est suspecté d’ingérer de la drogue et qu’un processus est lancé en vue de le démasquer…pour une résolution que nous vous laisserons découvrir. La série pourrait ainsi tout à fait se résumer en un dialogue entre les personnages de Collet (Anaïs Parigo) et de Lefort (Yannick Choirat) :

Collet : Si on n’est pas ici pour aider les maliens à faire régner le droit et la justice, qu’est-ce qu’on fout au Mali ?
Lefort : On obéit aux ordres de la République, qui souvent ne sait pas ce qu’elle veut.

Ce postulat est exploré tout au long des épisodes au cours d’un certain nombre de situations telles qu’une prise d’otage ou une potentielle libération de prisonniers (contre monnaie d’échange), le tout avec en parallèle des ordres qui s’adaptent à des considérations politiques nébuleuses voire presque cruelles lorsque nous assistons à leurs impacts réels sur le terrain.

Si ce prisme est celui qui nous a le plus intéressé, il ne fait que synthétiser la représentation que nous nous faisons de Sentinelles, puisque la série parcoure d’autres pistes en chemin au cours de ses 7 épisodes : Collet, Ravalet (Louis Peres qui crève ici complètement l’écran), Mendy (Birane Ba, brillant), Saadi (Samy Seghir), Romani (Jonathan Turnbull), Moineau (Antoine Pelletier) et Oopa (Warren Ferri) sont tous jeunes et soldats. Leurs parcours de vie, leurs aspirations, voire leurs illusions, ne sont toutefois pas les mêmes. Tous ne sont pas venus au Mali pour défendre un idéal. Bien que Sentinelles nous brosse un peu sporadiquement le portrait de chacun, y compris via quelques flashbacks antérieurs à leur arrivée au Mali, le rendu reste assez pudique et poreux, ce qui n’est pas du tout un reproche en tant que tel. En effet leur passé respectif n’est finalement pas si important que cela au visionnage de la série et nous sommes plutôt heureux d’échapper à une démonstration éclairée de ce qui a amené les protagonistes à prendre les armes pour représenter le drapeau français. Ils y sont, pas pour les mêmes raisons, point. Ce qui demeure pertinent s’avère leurs réactions dans le présent, sur le terrain.

L’impact des événements reste néanmoins plus intéressant vis-à-vis de ceux qui se sont engagés avec un véritable idéal ou une vision à peu-près claire de pourquoi ils sont venus : dès lors Collet, pleine d’illusions, va être mise à rude épreuve au fil d’ordres de moins en moins justifiables moralement ; quant à Ravalet qui est venu avec une optique précise de comment doit se mener une guerre, il va vite se rendre compte qu’il ne va pas pouvoir agir tel qu’il l’avait prévu. Il est d’ailleurs très ironique de constater qu’un personnage froid et pragmatique comme Ravalet puisse se faire critiquer par d’autres personnages qui font pourtant appliquer des ordres amenant à des agissements du même acabit, laissant planer une forme d’hypocrisie permanente sur tout ce petit monde.

En parallèle, des tiers autres que des soldats gravitent sur la base : Marie (Raphaëlle Rousseau) qui est médecin, et Elise (Vanessa Fonte) quant à elle journaliste. Deux forts caractères qui auront, chacune à leur mesure, des impacts importants sur le récit. Et ça fonctionne. Chaque épisode d’environ 45 minutes apporte quelque chose à l’histoire, le casting est brillant (la série nous rappelle à quel point Yannick Choirat est un acteur incroyable, mais ce n’est évidemment pas le seul) et la narration efficace : pas de scènes spectaculaires et d’action à tire-larigot, mais des passages plutôt focalisés sur la tension, la détresse et l’hostilité. Nous avons eu parfois peur pour les personnages, le risque est réel, et fait de Sentinelles une série prenante et immersive. Comme souvent OCS fait mouche et nous propose donc un programme qualitatif, bien produit, qui se déguste sans modération.

Crédits: OCS / Tetra Media Fiction

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