Critiques

DRÔLE (Critique Saison 1) Une série moderne et douce-amère…

SYNOPSIS: Quatre jeunes comédiens essayent de se faire une place sur la scène du stand-up parisien. 

Il y avait une véritable injustice à voir Dominique Besnehard et Cédric Klapisch s’accaparer la paternité de Dix pour Cent, alors que l’on savait pertinemment que Fanny Herrero était la véritable créatrice de la série à laquelle elle avait donné, sinon l’impulsion de départ, à tout le moins la couleur, les contours et le plus important, l’âme. Aussi, maintenant que l’histoire a fait son chemin et qu’elle est de retour avec une nouvelle série originale sur un sujet peu courant dans nos contrées, on est heureux de voir Fanny Herrero estampillée d’un grade pour lequel elle devrait être reconnue depuis un certain temps. Avec Drôle, la scénariste et showrunneuse débarque sur une terre qu’elle ne connaissait pas mais qui lui a donné envie de raconter des histoires, le stand-up. Un univers opaque, dont on connait le versant réussi (le Jamel Comedy Club et ses pensionnaires devenus célèbres) mais dont on ignore les tenants et les aboutissants auxquels des anonymes doivent faire face avant de peut-être éclore face au grand public. Beaucoup d’appelés, peu d’élus, et la façon de raconter quatre manières d’être stand-upers en 2022. Partir de rien pour arriver pas loin ou alors pour tutoyer les étoiles, voici l’un des challenges qui va se dresser devant les quatre personnages centraux de cette série présentée en ouverture du festival Séries Mania. Une idée de départ soufflée lors d’un diner à Fanny Herrero par Gad Elmaleh qui a agi comme un déclencheur en l’amenant voir un spectacle avant de rencontrer des personnes de ce milieu, ce qui lui a donné l’envie d’en raconter les coulisses.

A la différence de Dix pour Cent, Drôle ne s’appuie pas sur des visages connus, même si très vite ce sont les visages des agents qui avaient pris le dessus dans la série de France 2. Fanny Herrero, sa directrice de casting, Constance Demontoy et les réalisateurs des 6 épisodes, Farid Bentoumi et Bryan Marciano (dont on avait adoré Vingt-cinq), ont réussis une véritable gageure, à savoir trouver une distribution hétéroclite dont l’émulation  permet d’avoir un ensemble dont la cohésion n’est  jamais prise en défaut, grâce au naturel que les interprètes déploient et une écriture jamais didactique ou factice, grâce notamment à un travail de fond avec une coach (Shirley Souagnon) ainsi que des co-auteurs issus du stand-up (Fanny Ruwet, Jason Brokerss, Thomas Wiesel et Shirley Souagnon) qui sont parvenus à écrire des séquences qui ne sont jamais gratuites mais qui font avancer le récit à bon escient. Chacun des personnages principaux, par petites touches, gagne une densité, un background, un univers qui lui est propre au centre d’une dramaturgie qui croise les vies personnelles et professionnelles des protagonistes avec un certain brio, le tout grâce au concours de plusieurs autres scénaristes (Camille de Castelnau, Judith Havas, Lison Daniel, Hervé Lassïnce et Eliane Montane). Il faut louer ce travail d’écriture, cette fluidité dans les dialogues qu’apportent autant les scénaristes que les interprètes.

Car la distribution fait émerger de jeunes interprètes réjouissants qui sont tour à tour drôles (mais pas autant que le titre semble nous le promettre), fragiles et touchants et à qui les impeccables Younès Boucif, Elsa Guedj, Jean Siuen et Mariama Gueye confèrent un naturel formidable. La série explore les coulisses de cet univers qui voit de nouveaux talents apparaitre régulièrement, elle met en exergue leur volonté farouche de réussir quand bien même ils doivent batailler, avec des boulots alimentaires, un bébé, une famille bourgeoise autoritaire ou une ringardisation après un succès en forme de feu de paille. Drôle n’est pas une série glamour dans le sens qu’elle ne montre pas le stand-up comme dépendant d’une industrie du rêve, c’est une série en prise avec la réalité (les problèmes d’argent, la garde des enfants, la protection des ainés par leurs enfants notamment sont évoqués), c’est une série moderne et douce-amère qui ne met pas en avant la diversité pour des questions de quota mais parce qu’elle regarde droit dans les yeux le reflet que lui renvoie le miroir de la vie. On rit mais pas tant que ça même si la série ne verse jamais dans le drame et reste toujours à la lisière. Surtout on s’attache à ces gens qui ne sont pas des « comiques » mais des êtres de chair et de sang qui jouent leur vie sur scène avec souvent l’énergie du désespoir qui les fait se mouvoir dans ce monde.

Crédits : Netflix France

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