Critiques Cinéma

TROIS FOIS RIEN (Critique)

SYNOPSIS: Brindille, Casquette et La Flèche vivent comme ils peuvent, au jour le jour, dans le bois de Vincennes. Mais leur situation précaire devrait changer du tout au tout le jour où ils gagnent au Loto. Encore faut-il pouvoir encaisser l’argent, car sans domicile, pas de carte d’identité à jour et sans compte bancaire, pas de paiement !

Antoine Bertrand, Côme Levin et Philippe Rebbot, alias « Brindille », « La flèche » et « Casquette » avaient déjà tourné sous la direction de Nadège Loiseau dans Le Petit locataire (2016), premier long métrage de la réalisatrice  avec notamment Karin Viard en tête d’affiche, qui fait une surprenante et furtive apparition dans Trois fois rien, Pour ce nouveau film, nous sommes clairement dans le registre de la comédie sociale. La cinéaste a pu dire que depuis longtemps, elle porte en elle le désir de faire un film sur les sans domicile fixe y compris, car elle a été frappée du caractère invisible de personnages qui, pourtant ont tant à raconter. Selon un des trois acteurs principaux, Philippe Rebbot, Trois fois rien  est « Une comédie où on pleure beaucoup et c’est bon signe ». Il ajoute que « Pour une grande comédie, il faut beaucoup de tragédies » En effet,  Trois fois rien  c’est d’abord l’histoire de trois fragilités, qui fusionnent et jouent une sorte de manuel de survie en zone hostile . Casquette est interprété par Philippe Rebbot), toujours aussi parfait dans l’interprétation d’un éternel idéalisme avec cet aspect lunaire et profondément généreux qui le rendent particulièrement attachant… Brindille (Antoine Bertrand) possède une aspiration à une forme de normalité, en permanence contrariée. Il guide les deux autres à grand coup de résilience, mais ne serait-ce pas finalement le plus fragile des trois… L’évocation progressive de ses enfants est clairement touchante. Quant à La Flèche (Côme Levin), c’est une sorte de punk à chien, le « vrai paumé » qui vit dans l’instant, et qui ne peut faire autrement que crier à la face du monde une rage ancrée. Pris d’une forme de folie consumériste, sa façon d’accéder au monde passera par des achats aussi compulsifs qu’inutiles. Ils feront l’expérience d’une rencontre salutaire, l’excellente Emilie Caen, dans le rôle de Nadia, de la Française de jeux, qui va tenter de faire lien entre une société excluante et l’empathie dont elle se prend très vite pour le trio totalement attachiant…


L’errance vécue par les trois, qu’elle soit au premier comme au second degré est filmée sans concessions, et dans un réel souci de crédibilité. A la fois, dans leurs tenues, autant négligées, que bariolées ou odorantes que dans leur rapport à l’autre. Toujours en décalage, jamais agressifs, mais souvent revendicateurs. Comme s’ils étaient à la fois pleinement et follement à l’intérieur de la caméra de Nadège Loiseau, tout en étant en permanence à côté d’une vie anxiogène et trop rapide. Le film met au travail le drame de l’invisibilité. Au-delà de la précarité des situations, c’est un apprentissage à regarder l’autre qui se joue ici. A travers cette mise en exergue de trois blessures intimes, dans un grand ensemble citadin indifférent, trop pressé et qui ne fait que peu de place à la non réussite sociale. Toute la première partie du film, fait notamment penser à la formidable série Maid  2021) sur Netflix. Ils ont en commun cette folie de la surenchère administrative, ou ici comme outre atlantique, vous n’êtes jamais potentiellement dans la bonne case. En effet, «  pas de bras, pas de chocolat », pas de domicile, pas de compte en banque. Ils prennent de plein fouet leur exclusion au monde au travers de l’impossibilité d’empocher le gain, qui pourrait justement leur permettre d’accéder à une case plus adaptée. Mise en exergue des aberrations d’un système qui ne connaît que la norme.


Il existe ici comme une analogie avec Les trois frères (1995) où quand Pascal Légitimus est sur le point de trouver un emploi, on le lui refuse en lui expliquant sérieusement le problème d’image pour l’entreprise du fait qu’il n’a précisément pas de travail !! C’est ici la spirale infernale et le cercle vicieux de l’exclusion, et il va falloir bien des trésors de ténacité et même de créativité pour sortir d’une condition qui semble parfois comme figée. Mais à mesure que le film avance dans sa résolution du problème administratif plutôt habilement montré, la machine scénaristique s’enraye progressivement quand Trois fois rien  cherche à se prendre davantage au sérieux. Dans Une époque formidable (1991), qui traite d’un sujet similaire, la profondeur des sentiments et le sens de la nuance et des ellipses rend l’ensemble particulièrement poignant. Alors que dans Trois fois rien, le film s’abandonne à un ton criard… ça crie car ça ne dit plus grand-chose. La force de l’émotion est peut-être réelle, mais semble par moment artificielle tant elle a déjà été vue…



On en arrive à se dire que chaque scène nous fait penser à de nombreux autres films mais à chaque fois en moins bien. L’écriture est en effet pauvre en surprises et du coup les répliques deviennent comme non cinglantes, et les running-gags prévisibles et parfois même un peu lourds. Le film continue à dire sans doute bien des choses sur le cabossage de ces personnages… Mais l’attachement comme l’empathie sont un peu poussives car la caricature devient vraiment trop massive. Le film tourne sur lui-même mais n’avance guère. Philippe Rebbot arrive par moment à faire passer un début de sensibilité sans doute car son rôle est le moins bruyant des trois et il peut ainsi exprimer une palette plus large et profonde. Au final il se dégage de Trois fois rien une incontestable énergie, qui donne envie d’aimer cette œuvre, notamment dans la générosité de son message. Ce n’est pas toujours suffisant pour faire un grand film de cinéma, mais il n’en demeure pas moins qu’il sera facile et agréable de se laisser charmer par la folie attendrissante de ce trio.

Titre Original:  TROIS FOIS RIEN

Réalisé par: Nadège Loiseau

Casting : Philippe Rebbot, Antoine Bertrand, Côme Levin…

Genre: Comédie

Sortie le:  16 mars 2022

Distribué par: Le Pacte

MOYEN

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