Critiques Cinéma

NOTRE-DAME BRÛLE (Critique)

SYNOPSIS : Le long métrage de Jean-Jacques Annaud, reconstitue heure par heure l’invraisemblable réalité des évènements du 15 avril 2019 lorsque la cathédrale subissait le plus important sinistre de son histoire. Et comment des femmes et des hommes vont mettre leurs vies en péril dans un sauvetage rocambolesque et héroïque. 

Jean-Jacques Annaud, grand hibou du cinéma français, à la filmographie mondialisée, et donc cinéaste internationalement reconnu, incarne sans doute à l’étranger une certaine image de la France, et finalement qui mieux que lui pour nous raconter l’innommable, l’impensable survenu dans l’histoire contemporaine hexagonale. Même si, le réalisateur a confié qu’en écoutant la nouvelle de l’incendie de Notre-Dame à la radio, il a dit à son épouse : « Tu imagines le nombre de connards qui vont se précipiter pour faire un film sur le sujet  ». Il ajoutera plus tard « Ben le connard c’était moi  ». D’ailleurs, Jean-Jacques Annaud n’a pas contemplé les images en direct, mais en a entendu la description à la radio avant de les avoir vues. De fait, il les a intériorisées, imaginées, au sens étymologique du terme. Ce qui a contribué, sans même qu’il le sache à ce moment-là, à la construction filmique et à la future mise en images de Notre dame brûle. Le réalisateur s’est aussi livré à un véritable « casting de cathédrales » (il dit lui-même être habitué à faire des castings de toute sorte…des furets etc..) pour les intérieurs. La première à Sens pour la force du gothique et entre-autres celle de Bourges pour les vues en contre-plongée.  Pour Notre dame brûle, il n’est question non pas d’un documentaire, mais d’un film documenté, Annaud pouvant dire que le documentaire parle à notre intelligence, et la fiction à nos tripes. Et il s’agit précisément ici d’un grand film de cinéma, à voir au cinéma, au regard de la magnificence des images et des moyens mis en œuvre pour reconstituer un drame aussi terrible que visuellement inoubliable. Le grand écran, « l’expérience de la salle » devient alors le meilleur vecteur pour vivre l’expérience traumatique au plus près. Le film transcende le réel. Jean-Jacques Annaud a toujours pris du plaisir à filmer une forme d’infiniment grand, (L’ours en 1988, Sept ans au Tibet en 1997), mais aussi des moments de chaos souvent guerriers (Stalingrad en 2001, La guerre du feu en 1981), car il affectionne l’idée que le groupe, le collectif se rassemble autour de l’essentiel, face à l’immensité, face au grand drame.  

Ce collectif héroïque qui va venir faire corps dans tous les sens du terme est ici bien sur incarné par les valeureux soldats du feu. A cet égard, ce qui frappe d’emblée est la jeunesse des premiers pompiers qui sont intervenus, dont deux d’entre eux n’avaient jamais été au feu. Des enfants ont engagé le combat pour sauver pas loin de 900 ans d’histoire et bien plus encore. Ces héros du réel qui vont faire lien avec l’autre collectif, la population qui se masse, qui prie, qui espère, souvent le smartphone à la main, sidéré. Les chevaliers casqués eux, arborant dignement les couleurs des pompiers de Paris, vont faire fi de la sidération, pour pleinement héroïquement agir, mus par un sens du devoir chevillé au corps, tellement tripal qu’il serait bien délicat de le disséquer… Cet engagement absolu, cette forme d’oubli au péril de sa vie est magistralement mis en image ici.  Il est en effet question d’une détermination commune toute fraternelle qui unit laïcité et croyance, pour sauver par exemple la couronne du christ et d’autres pièces et trésors sacrés de la république. Sans en connaître la signification précise pour certains, ils sont néanmoins prêts à prendre tous les risques pour la récupérer. Il est ici en jeu, comme tout en filigrane du film, le devoir sacrificiel, le code d’honneur et le sens de l’intérêt général que le cinéaste veut légitimement valoriser au plus fort. Dès les premières minutes, il nous est partagé l’immensité de l’émotion spirituelle qui émane du drame en train de se nouer. Au-delà même de la symbolique biblique, c’est en effet un véritable combat binaire et totalement manichéen qui va se jouer. Une forme d’universalité en émane et au-delà du caractère spectaculaire et visuel, il y a pour tous ces témoins anonymes comme un enjeu implicite de l’ordre de l’existentiel, comme un fol espoir de croire que les flammes ne triompheront pas. Sur le sauvetage, certains y verront les larmes divines, d’autres les eaux républicaines, mais tous vont communier conjointement.  

La puissance des images est magistrale, et la technicité filmique déployée est ici totale. Les vues de Paris, les panoramiques, les travellings à en perdre la tête, les alternances d’images d’archives avec la combinaison de la grandiose reconstitution donnent cette incroyable et spectaculaire impression de vérité. D’ailleurs, « tout est vrai » comme le dit partout Jean-Jacques Annaud. Notamment cette Invraisemblable accumulations d’embûches, avec les folies urbaines de la capitale (bouchons, travaux, effets de masse…) qui sont venues entraver le sauvetage et qui aurait du inexorablement aboutir à l’effondrement de la cathédrale. Effondrement, qui lui-même aurait généré de par les émanations qui allaient avec, un incendie géant dans toute l’ile de la cité. Cette reconstitution au millimètre n’est pas sans rappeler la minutie absolue utilisé par James Cameron dans Titanic (1998). Un même sens du détail que l’on retrouve dans la chronologie de la dramaturgie, avec toutes ces insignifiances qui deviennent finalement malgré eux historiques… Les petites histoires qui font exister la grande, avec tous ces tiroirs donnent encore plus de force et d’authenticité au film.  Pour la conception de son œuvre, le réalisateur a reçu quasi 20 000 vidéos de Notre Dame qui brûle. Pour l’écroulement intérieur de la voute, il vous explique comme un gamin de 6 ans qui monterait son œuf Kinder, qu’il a suffi de tout reconstituer à l’identique et faire ensuite s’effondrer 75 mètres cubes de poutres et autre. Parfois au grand désespoir des équipes techniques du film : « Un an de fabrication de décors pour ensuite tous les cramer… » Jean Jacques Annaud joue avec le feu, et il ne le fait pas à moitié. Les images de la voute, sont comme une effroyable parabole des flammes de l’enfer qui pénètrent au cœur même de la cathédrale.  

Les acteurs étaient véritablement à 1M50 du feu et ils ont vraiment reculé… Un peu comme avec Kate Winslet à nouveau dans Titanic  … qui a vraiment eu très froid dans une eau qu’elle ne savait pas glacée. Jean-Jacques Annaud voulait éviter «  l’effet fond bleu », où les acteurs jouent devant un mur, et les images viennent ensuite. L’idée étant bien sûr que le spectateur participe à l’émotion des pompiers acteurs, et incontestablement, ça fonctionne, vous aurez chaud sur votre siège… On notera quelques incontournables moments hollywoodiens qui viennent un peu en contraste du drame à la française. Mais ils ne gâchent rien, car ils sont assez furtifs au final. Un peu comme dans Paris brûle -t-il ? (1966) de René Clément, et c’est sûrement tout sauf un hasard, les événements génèrent une galerie de personnages dont il serait assez périlleux d’en extraire quelques-uns, tant il s’agit d’un collectif. Néanmoins, deux acteurs majeurs s’illustrent follement :  Bien entendu la star brulante du film… Notre dame…. Elle est magnifiée, mais tellement humanisée, qu’elle en deviendrait la favorite pour le césar de la meilleure actrice dans un an. C’est bien autour d’elle et de l’amour inconditionnel qu’on lui porte que toutes et tous vont se déployer. Filmée sous tous les angles, elle est ici sublime dans sa façon de rester debout. Pour le césar du second rôle, le feu est ici dantesque dans son interprétation du mal. Le feu et son terrible bruit, ses craquements incessants, le son clinique et maléfique de ses flammes. « Meilleur est le méchant, meilleur est le film » disait Alfred Hitchcock. Arme du malin, c’est ici l’ennemi suprême. « Tout est vrai sans que rien paraisse vraisemblable  » d’Antoine Rivaroli nous prévient le film en propos liminaire. Notre dame brûle, justement, c’est du vrai, et c’est aussi du beau, c’est du grand, c’est le moment où jamais d’aller sur grand écran en prendre plein les yeux, les oreilles et le cœur.  

Titre Original: NOTRE-DAME BRÛLE

Réalisé par: Jean-Jacques Annaud

Casting : Samuel Labarthe, Jean-Paul Bordes, Mikaël Chirinian…

Genre: Drame

Sortie le: 16 mars 2022

Distribué par: Pathé

EXCELLENT

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