Critiques Cinéma

LES JEUNES AMANTS (Critique)

SYNOPSIS: Shauna, 70 ans, libre et indépendante, a mis sa vie amoureuse de côté. Elle est cependant troublée par la présence de Pierre, cet homme de 45 ans qu’elle avait tout juste croisé, des années plus tôt. Et contre toute attente, Pierre ne voit pas en elle “une femme d’un certain âge”, mais une femme, désirable, qu’il n’a pas peur d’aimer. A ceci près que Pierre est marié et père de famille. 

Pour son quatrième long métrage Carine Tardieu va dans Les jeunes amants transcender ce qu’elle approche habituellement, dans notamment ce qui peut se jouer dans le cadre d’une rencontre. C’est en fait Solveig Anspach qui avait initié le projet, mais qui est décédée avant de pouvoir le mener à bien. Deux jours avant de mourir, elle a demandé à sa co-auteure, Agnès De Sacy de lui promettre que le film se fasse et idéalement réalisée par une femme sachant que Solveig Anspach a tiré cette histoire de ce qu’a vécu sa propre mère. Avec bien sûr une liberté que Carine Tardieu a pu prendre, et qui l’a amené vers plus de lumière que la première version, tout en restant fidèle à l’esprit de ce qu’a voulu dire Solveig Anspach. La grande histoire dans l’histoire, qui d’emblée installe une émotion, qui va être l’incroyable fil conducteur d’un film profond, délicat et terriblement bouleversant. Au-delà d’une rencontre amoureuse dans sa légèreté vertueuse, Les jeunes amants est une palpitante ode à une forme d’universalité. Une universalité de temps tout d’abord, le temps qui est compté, celui qui d’enfant insouciant, dieu du monde de ses parents, vous fait devenir un adulte en proie à des incurables turpitudes ; Puis un parent qui devient lui-même apôtre de son enfant ; Et enfin, cette vieille personne, qui comme le poétisait Jacques Brel « Ne parle seulement que du bout des yeux, en s’excusant déjà de n’être pas plus loin ». Le film est renversant en cet aspect, il vient nous rappeler le tic-tac mortifère et nous fait regarder partout sur notre propre temporalité… Cette douce violence est notamment théorisée dans le film quand Pierre dit à plusieurs reprises : « On respire encore le même air »… qui vient rappeler avec une infinie poésie l’allégorie latine du Carpe Diem.

C’est aussi une universalité d’émotions… « Quand tu aimes, il faut partir ». L’universalité de leur histoire se situe partout entre l’intemporel Love Story (1970) et les deux jeunes amants étourdis, qui au-delà d’aimer profondément l’autre, autant que Bach ou les Beatles sont amoureux de leur propre sentiment… Et également en proximité de Amour (2012) de Michael Haneke sur cet amour terriblement contrarié par l’épreuve de l’inexorable vieillissement et l’imminence d’une faucheuse ordurière…. On retrouve en effet des amours balbutiants avec ses folies, ses peurs, ses pudeurs. Cette perte de maitrise et de repères, ce caractère inexpliqué d’une alchimie amoureuse. Notamment quand Shauna se fait piéger par le correcteur d’orthographe dans ses envois initiaux de SMS à Pierre, et qu’elle a tellement peur dans une excitation presque adolescente qu’il ne comprenne pas… L’on est transportés et tétanisés avec eux dès le début de leur histoire électrisante, tant le temps s’arrête quand ils sont ensemble et où plus rien ne compte… Elle nous manque aussi viscéralement quand elle n’est pas là, car le magnétisme de leur histoire nous prend au cœur… Le pari du film est pleinement réussi dans cet enjeu de crédibiliser et émouvoir autour d’une histoire d’amour à 25 ans d’écart, avec une amante de 71 ans…



Leur histoire est d’autant plus enivrante qu’elle se vit du goût de l’interdit et de l’impossible, qui vient comme ajouter une grâce finale à cette rencontre déjà si passionnée. Ils ont tous deux si peur de ce qu’ils ressentent. Les autres, sa femme à lui, sa fille à elle, ne font qu’aimer eux aussi dans une sidération initiale au regard du rubicond franchi de cet amour hors normes et jugé indécent ; Mais qu’ils valideront finalement toutes et tous au regard de la puissance inébranlable qu’il en émane. La place des mains dans le film… Celle de Shauna marquée par le temps, celle de Pierre avec cette alliance omniprésente qui rappelle le délit amoureux dont il est question ici. C’est aussi un formidable film sur la conscience de soi et qui vient parler de ce qui est perçu comme inavouable, la vie affective et sexuelle à tous les âges de la vie. L’on pense ici à La Crise (1992) de Coline Serreau ou dans une scène bouleversement culte, Maria Pacôme, face à ses grands enfants pétrifiés nous dit et même nous crie « Mais moi aussi, j’ai un cul !! ». Fanny Ardant a pu dire à propos de son personnage dans le film qu’elle aimait tout d’elle… Dieu que ça se voit à l’écran, tant elle la défend avec sa virtuosité et luminosité habituelle. L’adage au sujet de Fanny Ardant se vérifie ici plus que jamais, car comment ne pas être amoureux d’elle… Elle passe en une minute de la candeur juvénile d’une iconique Scarlett Johannson dans Lost In Translation (2003) à celle qui pourrait être notre mère malade et vieillissante. C’est précisément bouleversant. Elle n’a plus d’âge… La caméra de Carine Tardieu arrive à magnifier le déjà sublime… Elle la filme sous tous les plans, et elle aussi est amoureuse de son actrice. Les effets visuels en attestent et dès qu’elle n’est plus à l’écran, autant qu’à son amoureux, elle nous manque. En ceci, le film est profondément vivant et empathique.



Il faut être deux pour une grande histoire, et Melvil Poupaud est particulièrement touchant également. Notamment dans l’expression aussi bien verbale que corporelle de la folie furieusement amoureuse qu’il porte à Shauna… Il est physiquement très engagé, et sa prestation est donc parfaitement aboutie. Au-delà de la magnificence dans l’art de filmer ses deux muses principales, la direction d’acteurs peut aussi se regarder à l’aune du jeu des autres qui gravitent autour. Et à ce jeu-là… Cécile De France est déchirante en femme blessée et trompée, mais persuadée que son destin s’écrit avec cet homme. Florence Loiret Caille, fille de Fanny Ardant dans le film, est toute en nuances et complexité et devient aussi belle que sa mère, quand on dissèque la couleur de ses émotions contrariées. Il est donc tellement question d’amour dans Les jeunes amants… Et celui-ci, qui s’exprime par tous les biais imaginables et dans de multiples équations est contée avec une authenticité d’une force romanesque. C’est une attente amoureuse comme il est montré dans une poignante mise en abîme d’un film dans un film avec Un homme qui me plait (1969) de Claude Lelouch et le moment où à l’aéroport, Annie Girardot attend, transie et transcendée d’émotions… Fanny Ardant dans le rôle de Shauna est cette « femme flamboyante qui traverse l’existence sur la pointe des pieds » dont il est question dans le film. Les fauteuils pleurent encore, et parce que l’utopie cinéphile est de toucher les étoiles émotionnellement, une spectatrice inconnue croisée à l’issue de la projection a parfaitement résumé sa forme d’ébranlement en résumant ainsi le film : «  En plein cœur  ».


Titre original: LES JEUNES AMANTS

Réalisé par: Carine Tardieu

Casting: Fanny Ardant, Melvil Poupaud, Cécile de France …

Genre:  Romance

Sortie le: 02 Février 2022

Distribué par : Diaphana Distribution

4,5 STARS TOP NIVEAU

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