Critiques

YELLOWJACKETS (Critique Saison 1) Une aventure angoissante, hybride et gore…


SYNOPSIS: A la suite d’un accident d’avion, les membres d’une équipe de soccer féminine se retrouvent être les seules survivantes du crash. Les lycéennes vont devoir lutter pour leur survie face à des clans cannibales. 

Diffusée sur Showtime fin 2021 où elle bat des records d’audience en se glissant à la deuxième place des séries les plus suivies de la chaîne derrière le revival de Dexter, Yellowjackets trace en ce début 2022 son chemin vers les écrans français sur Canal+. Un succès outre-Atlantique, public par les chiffres mais aussi critique, qui garantit d’ores et déjà une attente toute particulière chez nous. Pour contextualiser, Yellowjackets raconte l’histoire tragique d’une équipe lycéenne de football féminin. Après avoir remporté le championnat régional, les voilà en route vers le sacre national. Mais pendant le vol vers Seattle, l’avion est pris d’un dysfonctionnement et s’écrase dans une vallée en plein milieu de nulle part. La petite communauté de rescapés va devoir trouver des moyens pour survivre, alors que l’hiver arrive. 25 ans plus tard, les quelques survivantes essaient de mener leurs vies en tournant la page de ce qu’il s’est passé après le crash. Mais elles sont alors rattrapées par quelqu’un qui semble en connaître beaucoup sur des choses qu’elles cachent à tout le monde depuis tout ce temps.

Yellowjackets a la particularité de se découper en deux parties qui s’alternent tout au long de ces 10 premiers épisodes (car, on vous le donne dans le mille, une deuxième saison est déjà en route). En jonglant entre 1996 et 2021, la série parcoure ainsi deux temporalités, donnant à l’histoire une surprenante approche. Montrer certains personnages 25 ans après la tragédie sans jamais savoir entièrement ce qu’il s’est passé entre ces montagnes revient à casser certains enjeux du mystère présenté. Yellowjackets jouant clairement avec de multiples mystères qui s’imbriquent les uns dans les autres, on sera alors surpris de vite découvrir l’identité de quelques survivants, l’absence de personnages principaux dont on se doute clairement du sort et des arcs scénaristiques qui sont donc voués à commencer dans les séquences flashbacks autour de l’avion. Le choix paraît singulier, même s’il trouve parfois ses limites dans certaines sous-intrigues. Rien que la toute première scène du premier épisode, donnant le ton d’un tournant qu’on ne verra même pas dans cette première salve d’épisodes, affiche clairement la direction radicale de la série, rendant le final de la saison d’autant plus frustrant que le sujet n’est pas encore abordé. Ces 10 épisodes ressemblent alors plus à une introduction un peu trop longuette qu’à un véritable commencement, préférant poser une ambiance, un contexte et ses protagonistes avant de les jeter dans la gueule du loup.



Yellowjackets est une très libre adaptation du roman Sa Majesté des Mouches de William Golding, transposant alors l’histoire de cette bande d’enfants livrés à eux-mêmes dans la fin des années 90, faisant de ses survivants une quasi-majorité d’adolescentes (à l’exception d’un des coachs et des deux fils d’un des autres membres du staff). La série aborde alors frontalement la question de la féminité et du passage à l’âge adulte dans un contexte où la parole se libère doucement – le personnage de Travis ayant énormément de mal avec les questions de liberté sexuelle chez la Femme, la faute à une éducation très traditionnelle. Et en bonne adaptation du roman, il est bien question d’un semblant de construction de microcosme survivaliste parmi ses rescapés, petit univers qui se fragilisera et implosera quand la faim et les scissions dans le groupe deviendront de plus en plus fortes. On a alors le droit à quelques sous-intrigues classiques de la série ado, entre jalousie, triangles amoureux et fantasmes inavoués, qui tendent à faire éclater le groupe. Yellowjackets a donc une structure assez inégale, rendant certains épisodes particulièrement longs. Mais cette durée – même si on a la forte impression à la fin de la série que tout est un peu vain tant la conclusion n’en est pas vraiment une – permet de suivre de l’intérieur ce petit groupe peuplé de personnalités de tout genre. Chaque personnage suit sa propre aventure, quelques scènes permettant même à certains personnages secondaires de creuser leurs problématiques et leurs arcs scénaristiques.



Dans son univers visuel et thématique, il est ainsi difficile de passer à côté de la symbolique religieuse de la série, permettant de monter un doute important sur la nature des évènements : les filles font-elles l’inimaginable simplement pour survivre, par folie, ou par la participation d’une menace surnaturelle ? Yellowjackets brouille constamment les pistes en nous menant en bateau, se nourrissant d’inspirations diverses pour communiquer ses multiples visages. Si le postulat de départ rappelle Lost, certains points de bascule de l’intrigue semblent tirés de Evil Dead, de The Haunting of Hill House ou d’un roman de Stephen King – sans ne jamais montrer aucun fantôme ni créature démoniaque, bien entendu. Dans ce teen-movie mixé au drame social, au thriller psychologique et au survival horrifique, le spectateur est laissé libre de ses interprétations, conférant à ces premiers épisodes un léger parfum de jeu de piste qui permet de mettre momentanément de côté la maladresse de ses mystères posés alors que tout laisse déjà préfigurer la tournure des évènements.



Porté par un très bon casting qui doit sa grande force aux ressemblances nettes qui lient les interprètes des personnages à 25 ans d’écart (Christina Ricci, Melanie Lynskey, Tawny Cypress et Juliette Lewis en 2021 ; Sophie Thatcher, Ella Purnell, Sophie Nélisse, Jasmin Savoy Brown et Sammi Hanratty en 1996), Yellowjackets est une aventure angoissante, hybride et gore qui plonge dans les tréfonds de la nature humaine pour mieux la scalper. Relecture moderne, un brin décalée et violente de Sa Majesté des Mouches sur fond d’hormones adolescentes, de nostalgie 90’s et de trip aux champignons hallucinogènes, cette saison 1 porte ses mystères et ses twists avec habileté avant de s’arrêter en pleine course dans ses deux derniers épisodes. Alors qu’on s’attend à arriver enfin à LA bascule qui est vendue par toute la promotion et la première scène de la série, Yellowjackets appuie sur le frein, rendant le final carrément frustrant. En bref, la série sait y faire avec ses intrigues, même si souvent superflues, mais semble avoir bien du mal à gérer sa trame principale. On espère alors que la saison 2 (et les potentielles suivantes) saura répondre à ces questions tout en osant pour une fois s’attaquer frontalement à son sujet.

Crédits: Showtime / Canal +

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