Critiques

TOTEMS (Critique Saison 1 Épisodes 1×01 – 1×03) C’est du lourd…

SYNOPSIS: En 1965, en pleine Guerre froide, Francis Mareuil, un scientifique français, s’apprête à devenir espion. Tandis qu’il travaille pour les services secrets français et la CIA, il rencontre Lyudmila Goloubeva, une pianiste contrainte de collaborer avec le KGB. C’est le début d’une histoire d’amour… Mais comment savoir si les sentiments qui semblent les animer sont sincères ou guidés par des intérêts politiques ? 

On a longtemps laissé se répandre l’idée que les séries françaises manquaient d’ambition. Si ce  n’était évidemment pas une généralité, n’en déplaise aux haters, nos productions hexagonales ont gagnées avec les années en envergure romanesque, en densité, en rythme et ont enfin obtenues la reconnaissance qui leur est due. Totems, la nouvelle série proposée sur Amazon Prime Video créée par Olivier Dujols (Falco, Le Bureau des Légendes) et Juliette Soubrier (Zone Blanche) et produite par Gaumont se pose d’emblée comme une proposition d’envergure. Une série d’espionnage située alors que la guerre froide entre les Etats-Unis et l’URSS est à son paroxysme et qui, au-delà des questions géopolitiques, recontextualise également les problématiques sociétales de l’époque comme l’avortement ou la domination masculine. Si depuis la réussite du Bureau des Légendes, l’espionnage a la cote, revenir à ces décennies passées où les intérêts et les idéologies étaient séparés en deux blocs distincts impose une rigueur historique, une reconstitution pointue et une interprétation en adéquation avec le récit. Et si tout ici fonctionne comme il se doit, comble de la réussite, la série s’approprie le contexte et y insuffle un souffle de modernité. D’entrée, Totems nous propulse dans cet univers fait de miroir aux alouettes, de faux-semblants, d’énigmes, de manipulations, d’acronymes pour décrire les agences de renseignements qui se font face, elle met en place ses pions et les fait avancer au gré des rebondissements qu’elle distille.

La direction artistique de Totems nous plonge immédiatement dans le vif du sujet, sans jamais qu’on y trouve à redire sur les choix de décors ou de costumes.  La photographie (la charte graphique a initialement été décidée par Jérôme Salle et son directeur photo Antoine Sanier, les réalisateurs et techniciens suivants s’inscrivant dans leur sillage) à la fois sobre, froide et réaliste, concoure à une ambiance qui matche parfaitement avec le sujet. Tout fait sens et l’on est agrippé dès les premiers instants dans cette atmosphère pesante et tendue portée par une musique (signée Guillaume Roussel) qui donne aux séquences pivots un emballage des plus adéquats. La mise en scène (signée Jérôme Salle et Antoine Blossier pour les 4 premiers épisodes) sait se faire ample et spectaculaire malgré des moments plus posés et attentistes qui sont la norme de ce type de récit qui nécessitent au téléspectateur de se laisser porter par l’intelligence des enjeux dramatiques et la fluidité d’un montage incisif.

Mais si le récit d’espionnage n’est jamais négligé, la série sait aussi questionner la relation sentimentale naissante entre les deux personnages centraux que tout oppose en apparence et elle le fait avec une vraie subtilité voire même une certaine poésie. De fait, on y retrouve un peu l’âme de la série The Americans sur quelques thématiques communes et un souci de réalisme dans les histoires et la reconstitution fait penser à Au service de la France, des influences peut-être inconscientes  mais qui pour le coup ne dépayseront pas les amateurs de ces œuvres. Niveau casting c’est une quinte flush dont se pare Totems. Niels Schneider (Diamant Noir), Vera Kolesnikova, José Garcia, Lambert Wilson et Ana Girardot livrent des prestations très convaincantes. Les deux comédiennes ne sont fort heureusement pas réduites à des utilités et ont beaucoup de choses à jouer et de nuances à développer. Niels Schneider confirme lui l’ampleur qu’il a pris depuis quelques temps et la finesse du jeu qu’il déploie. Mais c’est surtout José Garcia qui impressionne le plus avec un rôle à contre-emploi qu’il incarne à merveille. Ces trois premiers épisodes de Totems donnent le ton d’une série qui allie panache et intensité dramatique, qui sait gérer l’action et la tension et qui sait poser les bases d’une histoire d’amour sans surligner ses intentions. On pourrait pinailler sur certains détails mais à quoi bon? Totems, c’est du lourd.

 

Crédits: Amazon Prime Video

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