Critiques Cinéma

LE CALENDRIER (Critique)

SYNOPSIS: Eva est paraplégique depuis trois ans. Pour son anniversaire, elle reçoit en cadeau un étrange calendrier de l’Avent. Mais ce ne sont pas les traditionnelles friandises qu’elle découvre chaque jour, mais des surprises plus inquiétantes, parfois agréables, souvent terrifiantes, et de plus en plus sanglantes. Cette année, Noël va être mortel ! 

La mode du cinéma d’horreur est depuis quelques années au High Concept. L’idée, c’est de faire tenir son film sur un concept tellement original qu’il suffit d’une paire de mots pour l’expliquer clairement en en faisant déjà ressortir les enjeux principaux. Dans Unfriended, on suit via un écran d’ordinateur une entité s’en prenant à un groupe de jeunes ; Dans American Nightmare, tous les crimes sont autorisés durant une nuit annuelle appelée La Purge ; dans Action ou Vérité, des étudiants se retrouvent maudits en lançant une partie de… on vous laisse deviner la fin du pitch. Ces trois exemples ne sont pas choisis au hasard, car le High Concept/Low Budget marque souvent les plus jolis succès (commerciaux et publics) dans le domaine de l’horreur, sous une certaine domination actuelle des studios de production Blumhouse, la firme américaine de Jason Blum. Et si le film de genre s’impose régulièrement en francophonie (prenons le récent succès de Titane de Julia Ducournau, auréolé de la Palme d’Or et en route pour les Oscars), force est de constater que le film d’horreur reste une dominante anglo-saxonne. En ce début Décembre de cette année 2021, un long-métrage franco-belge marche sur les plates-bandes de Blumhouse en étalant un high concept comme on n’en voit pas souvent, accrocheur autant qu’il est intriguant (et un brin ridicule, ce qui fait clairement le sel du film). Patrick Ridremont signe sa deuxième réalisation, 9 ans après Dead Man Talking, avec Le Calendrier. A High Concept, résumé concis : Le Calendrier suit Eva, ancienne danseuse désormais paraplégique. Lorsque son amie Sophie lui ramène un mystérieux calendrier de l’Avent d’Allemagne, Eva se lance sans le savoir dans une spirale infernale. Chaque jour, un bonbon va impacter un aspect de sa vie avant de semer la mort autour d’elle…


D’abord programmé en Décembre 2020 avant d’être repoussé pour raisons sanitaires évidentes (jusqu’en Décembre pour coller à la thématique du film), Le Calendrier nous emmène dans son univers monstrueux curieusement risible, dotant son antagoniste démoniaque d’un calendrier de l’Avent tueur. De prime abord, le pitch du Calendrier intrigue et peut faire sourire : son histoire n’est ni plus ni moins qu’un récit au concept accrocheur et répétitif (on suit les 24 ouvertures de cases, chacun provoquant un bouleversement majeur dans la vie d’Eva) qui finit par créer une vraie intrigue jouant sur les angoisses et les remises en question existentielles de la jeune femme. Elle se retrouve face à des dilemmes, laisse parfois une vengeance inconsciente se manifester. De cette façon, l’aspect simpliste et enfantin du concept du film se mue en un véritable déferlement d’horreur, de visions monstrueuses, de récits mystiques/ésotériques. En offrant à sa protagoniste et par conséquent à son spectateur un enjeu (on ne suit pas seulement le film pour savoir si Eva va survivre, ce qui densifie considérablement l’ensemble), Ridremont se tire avec justesse des pièges évidents de ce genre de production, qui ne peut en général s’empêcher de vouloir accumuler l’hémoglobine gratuite et les fils rouges narratifs tellement gros qu’ils sortent immédiatement du film. En construisant un semblant d’univers monstrueux qui développe assez bien ses légendes et ses mythes, Le Calendrier peut dérouler assez naturellement son histoire, apportant avec chaque ouverture de case une nouvelle sous-intrigue accompagnée d’un nouveau mini-concept qui accroche assez rapidement le spectateur et permet au film de constamment se renouveler pour ne pas tomber dans la redite ou dans l’ennui. La mise en scène reste efficace, collant aux esthétiques et aux façons de procéder du genre, jouant sur le hors-champ invisible, sur le spectaculaire ponctuant les scènes clefs du récit et sur un équilibre en séquences horrifiques et dramatiques bien balancé.


Le Calendrier se montre néanmoins relativement poussif dans certains points de bascule de son scénario, voire même timide dans une partie de ses résolutions. Il n’empêche que le contrat est rempli pour ce film fantastique au calendrier magique semant la mort autant que la tentation de sa détentrice. Cette Eva, incarnée très justement par Eugénie Derouand, joue sur une ambiguïté toute particulière quand elle découvre réellement les pouvoirs qu’elle détient grâce à son calendrier. Le long-métrage cherche alors à la questionner elle, ses choix et la notion de sacrifice. Accompagnée dans le casting par Honorine Magnier, Clément Olivieri, Cyril Garnier et Janis Abrikh, Derouand bénéficie d’un entourage proche et libérateur autant que destructeur et profondément toxique.


Jouant sur le terrain de l’horreur grand public tout en évitant les grands pièges du genre, Le Calendrier est une plongée satisfaisante et surprenante dans un univers mystique qui se défait rapidement des aspects artificiels installés par son concept pour proposer un récit horrifique bien dosé et bien équilibré qui n’en fait jamais trop tout en donnant toujours au spectateur ce qu’il attend de ce genre de produit. Convoquant par ses idées et sa forme les audaces formelles parfois récompensées des productions Blumhouse tout en restant franco-belge dans sa façon de traiter ses intrigues et ses personnages, ce Calendrier de l’Avent terrifiant et inarrêtable est un mélange étonnant et détonnant de genres qui, même s’il reste simpliste et trop lisse sous plein d’aspects différents, assure un spectacle de bonne facture où l’on prend un plaisir souvent cathartique à suivre la quête existentielle d’Eva et de son entourage. Assurément, passer Noël en famille aura un tout autre aspect et un tout autre goût après ce Calendrier.

Titre Original: LE CALENDRIER

Réalisé par: Patrick Ridremont

Casting : Eugénie Derouand, Honorine Magnier, Clément Olivieri…

Genre: Thriller, Epouvante-horreur

Date de sortie: 1er décembre 2021

Distribué par: Alba Films

3 STARS BIEN

BIEN

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s