Critiques Cinéma

THE POWER OF THE DOG (Critique)

SYNOPSIS: Originaires du Montana, les frères Phil et George Burbank sont diamétralement opposés. Autant Phil est raffiné, brillant et cruel – autant George est flegmatique, méticuleux et bienveillant. À eux deux, ils sont à la tête du plus gros ranch de la vallée du Montana. Une région, loin de la modernité galopante du XXème siècle, où les hommes assument toujours leur virilité et où l’on vénère la figure de Bronco Henry, le plus grand cow-boy que Phil ait jamais rencontré. Lorsque George épouse en secret Rose, une jeune veuve, Phil, ivre de colère, se met en tête d’anéantir celle-ci. Il cherche alors à atteindre Rose en se servant de son fils Peter, garçon sensible et efféminé, comme d’un pion dans sa stratégie sadique et sans merci… 

Peu de temps avant son sacre au Festival Lumière 2021, Jane Campion avait déjà fait sensation à la Mostra de Venise avec un come-back pour le moins tardif (si l’on considère que Bright Star a déjà douze ans d’âge et que les deux saisons de la série télévisée Top of the Lake ne comptent pas). C’est donc avec cette adaptation du roman éponyme de Thomas Savage et sous l’égide de Netflix que la précieuse réalisatrice néozélandaise se permet non seulement un grand cru de sa filmo, mais aussi un détail pour le moins inédit en quarante ans de carrière. En effet, pour une cinéaste à ce point attachée à explorer et à magnifier les composantes du féminin, voilà qu’un personnage masculin devient l’épicentre de son regard, avec d’autres personnages masculins placés en périphérie. Pour autant, tout est une question de regard, lequel retrouve très vite la subtilité qui irriguait déjà les plus beaux moments d’In the Cut et de La Leçon de piano. D’abord parce qu’il est encore question d’un triangle amoureux (deux frères et une femme) où les clichés sont systématiquement pulvérisés. Ensuite parce que filmer le masculin consiste chez Campion à placer en confrontation ses deux faces, à savoir la sensibilité et l’animalité, avec cette idée que l’un peut progressivement dériver vers l’autre, et vice versa. Quasi entomologiste la Campion, sans doute, mais toujours aussi inspirée et déployant pour le coup une incroyable puissance visuelle qui fait enrager sur la future diffusion d’un tel film ailleurs que dans une salle obscure.



Située dans le Montana des années 20, l’intrigue tient en quelques lignes : un cowboy charismatique et craint de tous se met à tourmenter sa nouvelle belle-sœur et le fils de celle-ci, les considérant comme trop sensibles, du moins avant que le vernis de la violence intériorisée ne se mette à craquer. C’est déjà par le biais d’un casting hors pair que l’on doit la richesse de cette lente confrontation de la sensibilité masculine à son envers rugueux et animal. Tandis que le couple (authentique dans la vie !) formé par Jesse Plemons et Kirsten Dunst se contente ici de subir ou de contempler les actions (la femme est ici l’enjeu des rivalités fraternelles et masculines), c’est au « duel  » entre Benedict Cumberbatch et Kodi Smit-McPhee que revient l’honneur d’ordonner la montée progressive de la tension. Le premier, regard magnétique, colère implosive et démarche autoritaire, suscite une crainte d’autant plus forte que ses actes provocateurs – en particulier cette musique qu’il joue au moment le plus inopportun – ne sont pas sans rappeler ceux du Robert Mitchum de La Nuit du chasseur. Le second, figure d’innocence et de douceur quasi féminine bientôt corrompue par la virilité masculine, devient l’objet d’une expérience, pour ne pas dire d’un transfert dont le plan final suggère la terrifiante réussite. Tout au long de ce western quasi contemplatif, la violence demeure donc sous-jacente, sorte de virus aérobie et invisible qui se transmet entre des individus à cheval entre le cœur brisé et l’âme sombre.



La force évocatrice des paysages, renforcée par les plans larges et la puissance picturale du Scope sur les vastes espaces du Montana, n’est pas uniquement exploitée en vue de souligner la petitesse de l’être humain face à la nature. Elle met en avant la symbolique de l’ombre et de la lumière, comme dans ces moments de contemplation où la gueule ouverte d’un chien semble se refléter en ombre sur les montagnes à l’horizon. Une façon pour Jane Campion d’évoquer la présence omnisciente de cette « bête » prête à mordre, dont les nuages déposent l’ombre croissante sur ces décors somptueusement éclairés et magnifiés comme des corps féminins. De par son casting irréprochable qui habite fiévreusement au lieu d’incarner schématiquement, et sa mise en scène imposante où chaque intention de montage est signe d’une évocation symbolique, The Power of the Dog entérine la magie cachée du style Campion : prendre un genre surcodifié et en cuisiner autrement les conventions pour aboutir à un envoûtement visuel et émotionnel. Un très grand cru, on vous dit.

Titre original: THE POWER OF THE DOG

Réalisé par: Jane Campion

Casting: Benedict Cumberbatch, Kirsten Dunst, Jesse Plemons  …

Genre: Western, Drame

Sortie le: 01er  décembre 2021

Distribué par : Netflix France

EXCELLENT

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s